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Mon père aurait pu mourir au combat

Willem Dallaire
Photo courtoisie

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Habituellement, ma chronique est consacrée à la jeunesse de mon invité. En cette fin de semaine du Souvenir, je voulais découvrir la jeunesse du capitaine Willem Dallaire, dont le père est le lieutenant-général Roméo Dallaire qui est surtout connu pour avoir agi dans un cadre humanitaire au Rwanda.

Willem est né au Nouveau-Brunswick et il a déménagé dans 15 villes différentes. Est-ce que son père lui a manqué ? Il me confiait qu’à l’époque, non, mais aujourd’hui, la réalité, c’est oui. Le déploiement des soldats se faisait surtout au mois de septembre, ce qui signifie que son père n’a jamais été présent pour le début de son année scolaire.

En devenant conférencier, Willem désire répondre à son sentiment vocationnel qui est de normaliser les troubles reliés à la santé mentale.


Pourquoi la famille Dallaire manque-t-elle d’imagination ? 

À l’âge de deux ans, mon père, un immigrant hollandais, est arrivé au Canada dans un panier à pique-nique. Je suis la quatrième génération d’une famille de militaires. Ma conjointe, Chantal Soly, me taquine toujours en me rappelant que je ne suis pas un enfant-gâteau, mais plutôt un enfant-soldat.


Pourquoi ton père est-il un modèle pour toi ?

En juin 2000, il a posé un grand geste alors que, pour la première fois, un général de l’armée avouait qu’il avait un problème de santé mentale.


Tu avais 20 ans la première fois que tu as passé trois heures en compagnie de ton père.

À la suite de ses problèmes de santé mentale, mon père m’a demandé de l’accompagner dans un centre post-traumatique. Pendant cette période de trois jours, c’était la première fois que je passais trois heures avec lui.


Quel titre ton père portait-il dans l’armée ?

DAD!!! Pour moi, c’est le plus important titre qu’on lui a attribué dans la vie, et les titres militaires étaient secondaires.


Quelle est l’influence de tes parents ?

Mon père analysait les situations et il réagissait avec sa tête. Pour ma mère, Elizabeth Roberge, fille d’un militaire, c’était de réaliser les souffrances qui nous entouraient et de réagir selon son cœur.


Ta mère a contribué à améliorer la situation familiale des soldats.

Elle n’a jamais craint d’améliorer la qualité de vie des familles des soldats, car la plupart du temps, la femme et les enfants étaient seuls pendant que le soldat était en déploiement pour une longue période.


Parle-nous de l’UNICEF. 

Maman était très impliquée pour venir en aide aux familles de chez nous ou d’ailleurs. Ma sœur Catherine, mon frère Guy et moi devions vendre des cartes de souhaits des Fêtes de l’UNICEF.


Il manquait des camions pour la cueillette lors du Noël des enfants, à Québec.

Ma mère faisait partie du comité organisateur, et un jour, il manquait de camions. « Roméo, cela n’a pas de bon sens que nous ayons seulement un camion pour recueillir le linge ». Mon père communique alors avec la base de Valcartier, et les camions sont arrivés. Ce fut le début de la participation de l’armée, pour plusieurs années, au sein de l’organisme.


Le football t’a gardé sur les bancs d’école.

J’ai joué pour le Séminaire de Québec, alors que nos matchs étaient disputés sur les plaines d’Abraham, ensuite au cégep de Saint-Jean, et j’ai terminé ma carrière avec les Gee-Gees de l’Université d’Ottawa.


Ton père doit partir pour le Rwanda.

Il arrive à la maison, nous avise qu’on déménage dans une semaine à Valcartier, car son prochain déploiement est au Rwanda, et qu’il doit partir pour un an.


Tu croyais que c’étaient des exercices militaires.

Dans le passé, j’ai toujours cru que c’était tout simplement un déplacement. Cependant, après quelques semaines, j’ai réalisé que je pouvais perdre mon père au combat.


Vous écoutiez la radio en famille.

À 18 h 30, il y avait une émission à CBC Radio qui faisait des reportages sur la situation au Rwanda. À l’occasion, DAD était l’invité. Ma mère enregistrait de nombreuses émissions afin qu’on puisse écouter mon père si jamais, un jour, un malheur le frappait.


Chaque matin, tu te demandais si ton père était vivant.

La base de Valcartier n’était pas celle où mon père avait été assigné. Nous n’avions aucune communication, sauf avec une ligne 1-800, et la personne répondait à des milliers de familles militaires. Heureusement, le général Baril, un ami de la famille, communiquait avec nous sur une base régulière.


Une présentation sur les plus belles villes au monde.

Le 6 avril 1994, j’étais devant mes collègues de classe et je décrivais les plus belles villes du monde. J’ai terminé ma présentation avec l’annonce que ma mère m’avait faite avant mon départ pour l’école. L’avion transportant le président Habyarimana, un Hutu, avait été abattu en phase d’atterrissage. Il y a eu un silence dans la classe et, encore aujourd’hui, j’ai des frissons juste à y penser.


Tu croyais que ton père s’était fait tuer.

J’étais assis dans le deuxième banc de la deuxième rangée, le directeur de l’école s’est penché vers moi et il m’a soufflé dans l’oreille que ce n’était pas des Canadiens qui ont été tués .


Vous n’aviez pas pu fêter Noël en famille.

Nous avions hâte d’être réunis tous ensemble, mais DAD nous a appelés au téléphone pour nous dire que c’était impossible pour lui de se joindre à nous. Maman – quelle femme incroyable ! – a organisé un party de Noël pour nous.


« Will, tu es maintenant l’homme de la maison. »

Nous étions certains que notre père était pour se joindre à nous à Pâques. Il est au bout de la ligne téléphonique, alors qu’on entend le son des bombardements autour de lui. Il me dit : « Will, tu es maintenant l’homme de la maison ».


Ta vie de famille aujourd’hui.

Mon amour, Chantal Soly, et moi formons une famille reconstituée avec quatre filles qui m’ont permis d’avoir un rapprochement avec mon père. Je les envie, mais en même temps, je suis heureux de les voir glisser sur la neige et jouer avec mon DAD ! 

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