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Menaces et intimidation: un col bleu de retour en poste même s'il terrorise des collègues

Facebook Jonathan Emond
Photo tirée de la page Facebook de Jonathan Emond Le col bleu travaillant pour la Ville de Mont-Royal, Jonathan Emond, doit revenir en poste bientôt après avoir été tenu à l’écart en raison d’une probation qui lui interdisait d’être à proximité de son collègue, Éric Simard.

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La Ville de Mont-Royal maintient en poste un col bleu qui a plaidé coupable au criminel pour avoir menacé un collègue, et qui a aussi été sanctionné pour en avoir intimidé un autre.

Le mécanicien Jonathan Emond doit revenir au travail au début du mois de décembre.

Au cours des dernières semaines, des employés cadres et syndiqués de cette ville de 20 000 habitants sur l’île de Montréal ont confié leurs craintes à notre Bureau d’enquête. Ils ne comprennent pas pourquoi l’homme de 42 ans est toujours en poste. 

En avril 2020, il a été accusé au criminel d’avoir commis des voies de fait armées et d’avoir proféré des menaces à l’endroit de son collègue magasinier, Éric Simard. 

Facebook Jonathan Emond
Photo Martin Alarie

«Il m’a harcelé pendant un mois, il m’a intimidé, il m’a agressé. Il va aller jusqu’où, ce gars-là? Il n’y a personne ici qui peut lui faire entendre raison», affirme Éric Simard en entrevue.

M. Simard rapporte que son agresseur l’a bousculé et lui aurait même lancé une bouteille de produit chimique à la tête. Il dit avoir porté plainte à la police faute d’intervention de son employeur.

Son agresseur a reconnu sa culpabilité au chef de menaces et a reçu une absolution conditionnelle assortie d’une probation de 18 mois en juin 2021. 

«J’ai peur»

À partir de l’automne 2020, Jonathan Emond s’en serait aussi pris à un autre de ses collègues, Michel Lessard. Insultes, menaces, intimidation à caractère sexuel, M. Lessard affirme avoir vécu l’enfer jusqu’à ce qu’il craque dans le bureau d’un cadre.

Facebook Jonathan Emond
Photo Martin Alarie

«J’ai peur. Même si je suis un homme de 57 ans, puis que je mesure 5 pieds 10 pouces, puis que je pèse 200 livres, j’ai peur pareil», nous dit-il.

Messieurs Simard et Lessard témoignent à visage découvert même s’ils craignent des représailles, car ils disent ne plus faire confiance à leur employeur.

Quatre autres employés ont confirmé à notre Bureau d’enquête être au courant de gestes d’intimidation commis par M. Emond.

«En principe, il aurait été mis dehors si ça avait été dans le privé. On tolère l’agressivité ici», témoigne le contremaître Dave Potvin.

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Le maire a des doutes

La Ville de Mont-Royal a commandé une enquête externe à l’été 2021. Elle nous indique avoir pris des sanctions à l’endroit de son col bleu, mais refuse de dire lesquelles, prétextant la confidentialité des dossiers d’employés.

Joint au téléphone, le maire Peter J. Malouf a dit laisser son administration gérer le dossier. 

«Je connais les gars. Puis parce que je connais les gars, je connais comment les gars peuvent se plaindre pour aucune raison ou avoir des motivations», a-t-il commenté.

Jonathan Emond est depuis 18 mois sous le coup d’une probation prononcée par le juge qui lui interdit d’approcher Éric Simard. C’est parce que cette probation se termine qu’il pourra bientôt revenir sur son lieu de travail.

Il a décliné notre demande d’entrevue. La Ville a également refusé de nous indiquer si des mesures seraient mises en place pour son retour au travail. 

«La Ville prend soin [...] de soupeser tous les facteurs pertinents avant de prendre la décision qu’elle estime la plus appropriée», a indiqué le porte-parole, Alain Côté. 

– Avec la collaboration de Ian Gemme


Éric Simard, magasinier

  • 28 ans d’ancienneté
Facebook Jonathan Emond
Photo Martin Alarie

«Je suis rentré en 1994 et j’ai obtenu ce poste-là en 2013. J’ai attendu longtemps avant d’avoir cette job-là. C’est la seule et unique job que je voulais. Tous les matins, j’étais heureux de faire ce travail que j’aimais. [...] Depuis, ma vie est un enfer. Je ne suis pas heureux. M’en venir ici, c’est un calvaire.» 

Michel Lessard, col bleu

  • 36 ans d’ancienneté
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Photo Martin Alarie

«Tout est sorti. Je me suis mis à pleurer. Je ne pouvais plus arrêter. [...] Les deux boss sont sortis. Ils m’ont demandé ce que j’avais [...] Je leur ai expliqué. Ça ne peut plus continuer. Il est toujours après moi. Je ne suis plus capable d’endurer ça.» 

Son délégué syndical lui réserve une promotion 

Pendant que Jonathan Emond termine à domicile une probation qui lui interdit de s’approcher d’un collègue, son délégué syndical cherche à lui réserver une promotion. 

Au cours des dernières semaines, la Ville de Mont-Royal a affiché le poste de mécanicien en chef, que pourraient convoiter plusieurs cols bleus. 

Or, un délégué du Syndicat des Cols bleus regroupés de Montréal a fait comprendre à tous que le poste était réservé à M. Emond. 

«J’aimerais que solidairement persinne (sic) n’applique se (sic) poste reviens (sic) à JONATHAN merci», a notamment écrit le délégué Robert Babajko sur la page Facebook du syndicat local. 

Joint au téléphone, M. Babajko a dit « assumer » sa position, qui ne rallie pas tous les cols bleus, parce que M. Emond aurait les compétences requises pour le poste.

Un poste «qui lui revient»

«Selon la convention collective, le poste revient à monsieur. [...] Dans mes fonctions syndicales, je vais tout faire en mon pouvoir pour octroyer à monsieur ce qui lui revient», nous a-t-il indiqué. 

M. Babajko n’a toutefois pas répondu clairement à notre question à savoir pourquoi il était nécessaire qu’il intervienne de la sorte dans un processus pourtant bien encadré selon les compétences et l’ancienneté des candidats.

Le SCFP 301 a indiqué qu’il s’agissait là d’une initiative «personnelle» de M. Babajko et non d’une position officielle du syndicat. 

«Tous les membres du syndicat ont le droit d’être entendus et représentés. [...] Il va sans dire que le 301 condamne toute forme de harcèlement», a déclaré Luc Bisson, président du SCFP 301.

Contestation

Le syndicat a également déposé un grief pour contester la sévérité des sanctions imposées à M. Emond en lien avec deux cas de harcèlement, nous a confirmé la Ville. 

Rappelons que le 301 se relève d’une tutelle mise en place de 2017 à 2020 en raison de problèmes de climat de travail et de dysfonctionnements internes.  

Le syndicat craint d’autres cas semblables 

Jonathan Emond ne serait pas le seul cas à avoir commis des gestes d’intimidation à Mont-Royal, craint le Syndicat des fonctionnaires municipaux de Montréal, qui démarre sa propre enquête de peur que la situation dégénère. 

Des employés de la Ville ont fait part à notre Bureau d’enquête de relations tendues, voire de climat de peur entre certains cols bleus et d’autres employés comme des cadres et des cols blancs. 

«Il y a quelque chose de toxique. La Ville s’arrange toujours pour balayer ça en dessous--- du tapis pour ne pas avoir une mauvaise image», nous a confié un cadre sous le couvert de l’anonymat. 

«Emond n’est pas le seul cas. La direction du service est au courant, mais ne fait rien», dit un autre cadre. 

Le contremaître Dave Potvin affirme avoir téléphoné au maire Malouf à quelques reprises pour l’informer du climat malsain au sein des cols bleus. Ce dernier lui aurait indiqué vouloir laisser son administration gérer la situation. 

La situation inquiète le Syndicat des fonctionnaires municipaux de Montréal. 

«On s’aperçoit que c’est plus gros qu’on pensait. Ce n’est pas juste un individu, apparemment il y aurait plusieurs individus. On va entreprendre des démarches», a indiqué le porte-parole Patrick Dubois. 

Il donne en exemple le suicide en 2012 d’un col blanc du Service de sécurité incendie de Montréal (SIM), Stéphane Archambault, notamment en raison du climat de travail toxique. «On ne veut pas se rendre là. [...] Il faut protéger notre monde.»

Après avoir d’abord indiqué qu’elle n’était pas au courant, la Ville de Mont-Royal nous a écrit qu’elle «veillera à enquêter de manière proactive sur la situation». 

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