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La construction ralentit et ça augure mal

Vacances construction
Photo Chantal Poirier Un chantier de construction résidentielle, l’été dernier, dans l’agglomération de Montréal. Le nombre de chantiers comme celui-ci baissera très nettement, au Québec, au cours des prochains trimestres, notamment à cause de la hausse des taux d’intérêt.

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Quand la construction ralentit, comme c’est présentement le cas dans le marché du logement neuf et de la rénovation résidentielle, ça augure plutôt mal, économiquement parlant. 

Pourquoi ? Parce que le moindre ralentissement aura un impact négatif sur le nombre d’heures travaillées et le nombre de salariés.  

Comme la construction offre des emplois payants, tout ralentissement générera forcément une baisse sensible de revenus chez ces travailleurs.  

En 2021, les salariés de l’industrie de la construction gagnaient un salaire horaire moyen de 44,15 $, soit environ 15 $ de plus l’heure que la rémunération moyenne au Québec. On parle ici d’un écart de 50 %.  

Les 287 000 travailleurs de la construction se sont partagé l’an dernier quelque 8,7 milliards $ en salaires. 

  • Écoutez l'édito économique de Michel Girard diffusé chaque jour en direct 7 h 35 à QUB radio :

La situation

Après deux florissantes années (2020 et 2021), le marché de l’habitation au Québec tire sérieusement de la patte depuis mai dernier. Et ça va empirer en 2023 !  

À cause de quoi ? Des coûts de financement qui ne cessent de grimper en raison de la forte, très forte remontée des taux d’intérêt à la suite du relèvement du taux directeur de la Banque du Canada dans le but de contrer les pressions inflationnistes. Lequel taux directeur est passé de 0,25 % en début d’année à 3,75 %. Et ce n’est pas fini, ledit taux directeur devrait dépasser les 4 % sous peu.  

Les taux hypothécaires ont subi une flambée. Alors qu’on pouvait se négocier il y a à peine un an une hypothèque d’un terme de 5 ans pour aussi peu que 2 %, aujourd’hui le taux moyen tourne autour des 6 %.  

Autres facteurs de ralentissement dans l’industrie de la construction et de la rénovation résidentielles : les coûts ont continué de grimper à cause de l’augmentation du prix des matériaux, de la hausse des coûts de main-d’œuvre, des retards engendrés par la pénurie de certains matériaux.  

Conséquences de tout cela, selon Hélène Bégin, économiste principale chez le Mouvement Desjardins ? Les ventes des propriétés existantes ont déjà diminué de 5,5 % entre avril et septembre dernier. Les mises en chantier ont reculé de 19,7 % depuis un an et de près de 60 % depuis le sommet historique de janvier 2021.  

Qui plus est : « La remontée en cours des taux d’intérêt, ajoute l’économiste Bégin, n’a pas encore produit le plein effet restrictif sur le marché immobilier résidentiel. Les ventes de propriétés, la construction neuve et les dépenses de rénovation seront par conséquent à la baisse au cours des prochains trimestres. »  

  • Écoutez l'édito économique de Michel Girard diffusé chaque jour en direct 7 h 35 à QUB radio :

Les perspectives

Comme on peut dans le tableau plus bas, le nombre de mises en chantier dans le marché du logement neuf au Québec va décroître radicalement l’an prochain.  

On anticipe 13 000 mises en chantier de moins que cette année, soit une baisse de 21,7 p. cent. C’est d’autant plus significatif que l’année 2022 accuse, elle aussi, une baisse importante des mises en chantier, soit 11,5 % à comparer à 2021.  

En termes de chiffres d’affaires, la construction neuve va rapporter en 2023 quelque 5,1 milliards de dollars de moins qu’en 2021, en recul de 29 %. 

Du côté du secteur de la rénovation, on note ces derniers mois un important ralentissement. Mais le Québec va tout de même boucler l’année 2022 en hausse appréciable, voire de 17,4 % sur 2021.  

Mais l’an prochain, le portrait sera nettement différent. À la lumière du tableau, on prévoit en 2023 une chute des dépenses de rénovation de 3,5 milliards de dollars par rapport à cette année, soit de 15,6 %.  

En 2023, on dépensera 19 milliards $ en travaux de rénovation résidentielle, le même montant qu’en 2021.  

Outre l’industrie de la construction qui va manger un méchant coup de marteau l’an prochain, on s’attend à ce qu’il en soit de même au niveau du marché de la revente de propriétés résidentielles. 

Selon les analystes du marché, le nombre de transactions accuserait une chute de 36 % comparativement à 2021. En termes de chiffres d’affaires pour les courtiers immobiliers, on parle d’une diminution de 16,6 milliards $.  

Derrière cette correction immobilière, il y a toutefois une bonne nouvelle pour les futurs acquéreurs de maison ou copropriété : le prix moyen devrait baisser d’environ 12 %.  

Le marché de l’habitation au Québec 

Constructions neuves

  • 2022: 16,7 milliards $
  • 2023: 12,5 G$

Mises en chantier

  • 2022: 60 000
  • 2023: 47 000  

Dépenses en rénovation

  • 2022: 22,5 milliards $
  • 2023: 19 G$

Revente de maisons (transactions)

  • 2022: 87 925
  • 2023: 69 950 

Prix moyen de revente

  • 2022: 485 000 $
  • 2023: 425 000 $  

Chiffre d’affaires (revente de maisons)

  • 2022: 42,6 milliards $
  • 2023: 29,7 G$ 

Prix moyen des loyers par mois

  • 2022: 915 $
  • 2023: 965 $  

Taux d’inoccupation / logements

  • 2022: 1,8 %
  • 2023: 1,5 %  

Sources : SCHL, Statistique Canada, Association canadienne de l’immeuble, Desjardins

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