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Gangs de rue: pas de couleur mais une identité

Gangs de rue: pas de couleur mais une identité

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Hier, je donnais une formation sur les gangs de rue au Collège Bois-de-Boulogne. Un besoin d’en savoir plus sur ce phénomène qui préoccupe, avec raison, le milieu de l’éducation. Une volonté de comprendre pour mieux intervenir et prévenir. Il m’est alors posé une excellente question : « le SPVM ne veut plus utiliser le terme “gang de rue” et privilégie plutôt celui de “groupe criminel”. Qu’en pensez-vous ? »

Posons-nous cette question : pourquoi le SPVM prend-il cette tangente ? En fait, il s’est laissé convaincre qu’en cessant d’appeler un chat, un chat, il deviendra un dauphin. La raison principale étant que l’expression « gang de rue » fait beaucoup trop référence aux personnes racisées, particulièrement les Noirs. 

Racialisation

Depuis leur identification aux États-Unis, les gangs de rue souffrent d’un manque de consensus quant à leur définition. Qu’est-ce qu’un gang de rue ? Comment identifier les membres ? Des questions qui jusqu’à présent font l’objet de discussions incessantes dans les officines universitaires.  

Des chercheurs se sont alors amusés à décortiquer les caractéristiques des personnes qui s’engagent dans ce genre de groupe et à en analyser les structures et les organisations, l’objectif étant notamment de définir ce phénomène. Une des caractéristiques que certains de ces « brillants » chercheurs ont retenues est l’ethnicité des membres. Comme si la couleur d’un chat est importante en soi pour comprendre son fonctionnement!

Conséquemment, les gangs de rue sont devenus un problème d’immigration, un choc des cultures, voire la réaction d’une jeunesse étrangère violente face à une société dominante discriminatoire.  

La couleur de son territoire

Lorsque je suis allée au Salvador pour rencontrer des membres des MS13 et des 18, deux gangs majeurs, j’ai bien vite constaté que TOUS les membres étaient des Salvadoriens. Dans ce pays, il y a très peu d’immigration. Mon constat : un gang prend la couleur du territoire d’où il émerge. Cela est aussi le cas pour le Québec et le reste du Canada.

Il est d’ailleurs ironique qu’une organisation criminelle aussi raciste et blanche que les Hells Angels, dont la charte exclut les Noirs, ne soit pas définie par sa composition ethnique. Bizarrement, leur criminalité ne déteint pas sur tous les Blancs, tandis que celle des gangs de rue stigmatise et étiquette tous les jeunes Noirs. 

Cependant, ce n’est pas dans la dilution par un changement de terme, tel que celui de groupe criminalisé, qui ne veut d’ailleurs rien dire, que cette racialisation des gangs disparaîtra. 

La dé-racialisation demande du temps et nécessite plus que des changements esthétiques. Elle passe par la sensibilisation des policiers et la compréhension des gangs. Étonnamment, certains policiers ne savent même pas comment identifier un membre de gang et peuvent ainsi tomber dans les clichés.

Former, sensibiliser, continuellement, car le phénomène change. Il ne sert à rien de tomber dans les dédales terminologiques du politiquement correct.  

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