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Pourquoi l'école va mal?

Quand l’élève entre à l’école, il doit plutôt découvrir un nouveau monde, inconnu et mystérieux, qui ébranlera ses certitudes au lieu de les conforter, qui élargira ses horizons au lieu de les sacraliser.
Photo d'archives, Agence QMI Quand l’élève entre à l’école, il doit plutôt découvrir un nouveau monde, inconnu et mystérieux, qui ébranlera ses certitudes au lieu de les conforter, qui élargira ses horizons au lieu de les sacraliser.

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J’ai un ami qui est professeur de cégep.

Il exige de ses étudiants qu’ils écrivent trois pages par semaine.

Une étudiante lui envoie un courriel: monsieur, dit-elle, votre charge de travail est exagérée, vos collègues demandent quelques pages pour toute la session.

Le prof me dit: ce sont mes collègues qui abaissent systématiquement leurs exigences pour acheter la paix.

Ici, c’est un peu la poule et l’œuf: est-ce que les profs baissent leurs exigences parce qu’ils voient que le niveau des étudiants baisse ou est-ce que le niveau baisse parce qu’ils sont moins exigeants?

  • Écoutez l'édito de Joseph Facal à l'émission d'Isabelle Maréchal via QUB radio :

Chute

Ça se discute. Ce qui ne se discute pas, c’est que le niveau moyen baisse.

Je nuance immédiatement: les étudiants d’élite, ceux dans des programmes de doctorat par exemple, sont plus forts qu’ils ne l’ont jamais été.

Quand vient le temps d’embaucher de jeunes profs d’université, il est gênant de voir des collègues porter de durs jugements sur des candidats exceptionnels et infiniment supérieurs à eux-mêmes au même âge.

Mais en général, du secondaire à l’université, le niveau moyen baisse: maîtrise de la langue, capacité à comprendre ce qu’on lit, capacité à se concentrer, culture générale, etc.

On le constate en dépit du fait que les statistiques sont massivement truquées.

Quand on se donne comme critère de réussite non pas la quantité de savoir appris, mais le pourcentage de diplomation, on va inévitablement baisser les exigences pour distribuer le plus de diplômes possible.

Des tas de raisons expliquent cette baisse de niveau: intoxication numérique, désengagement parental, volonté d’endoctrinement idéologique des enfants, quasi-disparition du redoublement, intégration forcée dans les classes régulières d’élèves problématiques, quincaillerie technologique nuisible, obsession de l’«estime de soi» et de la «non-stigmatisation», etc.

Chacune mériterait de longs développements.

Mais la cause la plus importante me semble, curieusement, une des moins discutées, une des moins remises en question, une des plus difficiles aussi à expliquer.

Depuis quelques décennies, on pense que l’école doit être à l’image de la société.

On dit au jeune: viens comme tu es, avec ton identité et ton cellulaire, exprime ton ressenti, sois toi-même, et faisons de l’école un miroir, un nid douillet dans lequel tu te reconnaîtras.

Non! L’école doit au contraire promouvoir ce que la professeure Camille Dejardin appelle le «décentrement de soi», le refus de l’immédiat et du présent.

Quand l’élève entre à l’école, il doit plutôt découvrir un nouveau monde, inconnu et mystérieux, qui ébranlera ses certitudes au lieu de les conforter, qui élargira ses horizons au lieu de les sacraliser.

  • Écoutez l'édito de Joseph Facal à l'émission de Richard Martineau via QUB radio :

Objectivité

Dès lors, le vrai rôle de l’école redevient clair.

C’est d’enseigner des savoirs fondamentaux et objectivement démontrés, sans agenda idéologique, et sans cette intention chimérique de se substituer à la famille.

Non, l’école ne doit pas inculquer toutes les idéologies du moment et tous les savoirs pratiques. C’est tout simplement impossible.

Si elle veut tout faire, elle fera tout mal.

C’est ce qui se passe aujourd’hui, malgré de formidables exceptions.

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