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La libellule: apprivoiser le deuil périnatal, un jour à la fois

Claudia Turgeon
Photo courtoisie, Sarah Tailleur Claudia Turgeon

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Maman de trois enfants et chargée d’enseignement en médecine à l’Université Laval, Claudia Turgeon a choisi d’aborder un sujet difficile et très personnel, le deuil périnatal, dans son tout premier roman. La libellule, roman contemporain et très touchant, lève le voile sur cette épreuve et ses conséquences, dont on commence à parler plus ouvertement, même si le sujet reste encore tabou.

Ce roman réaliste, ancré dans le quotidien d’une famille, raconte le parcours d’une trentenaire, Émilie, qui perd son bébé à 21 semaines de grossesse. Bouleversée par cette épreuve et rongée par la culpabilité, elle a le sentiment de plonger dans une nuit noire de l’âme.

Émilie traverse son deuil, en se questionnant sur cet enfant qui a bel et bien existé dans son corps, dans son esprit et dans son cœur. Un jour à la fois, grâce au soutien de ses proches et de sa psy, elle chemine, tout en honorant la mémoire de sa petite libellule.

Au Québec, environ une grossesse sur cinq se solde par une fausse couche. Claudia Turgeon sait de quoi il en retourne parce qu’elle a perdu un bébé à presque 17 semaines de grossesse, il y a trois ans. 

« J’ai vécu l’accouchement. J’ai été témoin de l’accompagnement qui a changé à l’hôpital. Avant, c’était très caché. Les gens ne voyaient pas le bébé. C’était mieux de ne pas le voir après la naissance. Maintenant, ils ont vraiment changé ça. Il y a tout un beau protocole, à l’hôpital, et j’en parle dans le livre », dit-elle, en entrevue.

« C’est très humain, comme accompagnement, ce qui est offert. Il y a une proposition de rencontre avec l’agent de pastorale, avec une travailleuse sociale. Le photographe peut venir à l’hôpital. Beaucoup d’aide est offerte et il y a vraiment un grand pas de fait, du côté du système de santé. »

Claudia Turgeon est d’avis que dans la population en général, les gens seront mieux informés, éventuellement. 

« L’objectif de ce livre, c’est d’en parler davantage pour faire tomber les tabous autour du deuil périnatal. Si on en parle dans la culture, à la télé, dans les journaux, dans les romans, qu’on le voit à la télévision, c’est là qu’on va comprendre. En fait, on ne comprend pas à quel point les parents sont dévastés quand ça survient. »

En mode écoute

L’autrice raconte le trauma du deuil périnatal au quotidien dans son roman, le désarroi de l’entourage, les maladresses aussi. 

« Les phrases qui sont difficiles viennent de l’entourage proche, au début : les parents, les amis. Il y en a qui sont très compréhensifs et qui vont comprendre très rapidement qu’il faut qu’ils soient en mode écoute. Je pense que c’est ça qui aide le plus. Mais pour plusieurs, c’est leur fille, leur amie. Ils veulent qu’elle aille mieux, rapidement, et vont tomber en mode solution. »

« C’est là, le danger : quand on tombe trop rapidement en mode solution, on va sortir des phrases qui se veulent réconfortantes, mais qui ne le sont pas vraiment. Le parent endeuillé a davantage besoin de se faire demander s’il a besoin d’en parler. Et encore là, ce n’est pas une recette toute faite. »

Accueillir les émotions

Claudia Turgeon rappelle que le parent endeuillé a besoin de vivre son deuil, de vivre ses émotions et que quelqu’un soit là pour les accueillir.

« C’est ça qui fait le plus de bien : quand on se fait poser des questions, ne serait-ce que c’était quoi, le prénom du bébé. Quand c’est possible, il y a un grand sentiment de reconnaissance. C’est important de sentir que notre deuil est valide. » 


♦ Claudia Turgeon est maman de trois enfants.

♦ Elle est chargée d’enseignement en médecine à l’Université Laval.

♦ La libellule est son premier roman.

EXTRAIT

Claudia Turgeon
Photo courtoisie

« Quand le matin arrivait, j’étais frustrée de pas avoir avancé et, pire encore, parfois, je sentais que j’avais reculé. J’ai réalisé que le facteur temps a pas d’importance. Il faut prendre un élément de mon deuil à la fois et cheminer à mon rythme. »

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