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L'environnement, le fric et les pays pauvres

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Donner de l’argent presque sans condition aux pays pauvres pour lutter contre le réchauffement climatique est une mauvaise idée. Pour que cet argent soit investi efficacement, il faut exiger bien plus que des restrictions sur l’exploitation des ressources en hydrocarbures dans les pays en voie de développement (PVD). 

Il faut des changements de société profonds. Les élites politiques et économiques des PVD salivent à l’idée de s’enrichir grâce aux nouvelles politiques environnementales discutées à la COP27. Ces pays, parce qu’ils sont de graves victimes du réchauffement climatique, pourraient recevoir des milliards de dollars en dédommagements. En théorie, cet argent devrait leur permettre de construire des installations qui résisteront aux changements climatiques. En pratique, cet argent se retrouvera probablement dans les poches des plus riches, qui en profiteront pour polluer davantage. 

1. Pourquoi dédommager les PVD est-il un problème ?

Selon la liste des pays les plus corrompus établie par Transparency International, les pays les plus pauvres sont pratiquement tous très corrompus. Les pays africains en particulier sont extrêmement corrompus. Leur donner de l’argent n’implique donc pas une amélioration des conditions de vie de leurs populations et encore moins l’adaptation de leurs infrastructures aux changements climatiques. 

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2. Quels sont les autres obstacles ?

Les pays africains font en outre face à un autre problème criant : ils sont en pleine expansion démographique, alors que le reste du monde est plutôt en phase de stabilisation démographique, voire en phase de décroissance de la population. Cette croissance nuit à la stabilité économique. Pire, les PVD continuent à idéaliser un mode de développement de type américain, avec voitures et étalements urbains au centre de leur modèle. 

3. Pourquoi est-il difficile pour les PVD de renoncer aux hydrocarbures ?

Demander aux PVD de plafonner l’exploitation d’hydrocarbures revient à leur demander de renoncer au modèle de développement nord-américain. Les élites de ces pays en sont incapables. D’abord parce que ce modèle de développement rapporte beaucoup d’argent aux élites et ensuite, parce que ce modèle est à ce point dominant qu’il est difficile d’imaginer le développement autrement. C’est la raison pour laquelle il y a 40 ans, la Chine a choisi ce modèle, plutôt que d’inventer un développement économique plus rationnel. Les conséquences de l’engagement de la Chine dans cette voie ont été catastrophiques pour le réchauffement climatique. Il en sera de même pour les PVD s’ils suivent ce modèle de développement. 

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4. Comment faire ?

Les PVD doivent sortir de la logique de bouc émissaire qui les pousse à blâmer les pays développés pour tout ce qui va mal chez eux. L’excuse est commode pour dédouaner les élites locales des problèmes nationaux, mais elle est simpliste 70 ans après la fin de la colonisation. Un modèle économique vert est un gage de prospérité pour ces pays. Certains États, comme le Costa Rica, peuvent servir d’exemples aux autres PVD.

5. Le développement vert est-il suffisant ?

Les nouvelles technologies ne peuvent pas à elles seules sauver les PVD, pas plus que les injections massives d’argent. Les sociétés de ces pays doivent aussi évoluer. L’éducation est au cœur de ces changements, comme le rejet des croyances naïves. Ces sociétés doivent également évoluer vers une véritable démocratie, ce qui entre autres implique de s’éloigner de pays comme la Chine ou la Russie. Ces problèmes vont bien au-delà des discussions de la COP27, mais leur résolution est essentielle au succès de la lutte contre le réchauffement climatique.

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