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Inflation: les régions avec peu d'épicerie y goûtent

Les prix, déjà plus élevés qu’ailleurs, grimpent plus rapidement dans ces endroits négligés par les épiciers

Maryse Goulet
Photo Valérie Lesage Maryse Goulet

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Une laitue iceberg à 7,99 $ ? Ce n’est pas une prédiction, mais une réalité pour une partie des Québécois en région. 

Dans les déserts alimentaires, l’inflation fait encore plus mal et payer l’épicerie peut tenir du cauchemar pour les plus démunis.

« Y a plus de place dans le budget pour des surplus ou des imprévus. Ça n’a pas d’allure comme c’est cher manger ! Comment ils font pour arriver, les petits salaires ? Ils ne mangent pas ? », se demande Nicole Dion, 66 ans, qui tire ses revenus de sa pension de vieillesse. 

Nicole Dion et Maryse 
Goulet, 66 et 69 ans, habitent 
Saint-Fabien-de-Panet, 
dans la MRC de Montmagny, où 
il n’y a qu’une petite épicerie 
et des prix si élevés 
qu’ils font peur.
Photo Valérie Lesage
Nicole Dion et Maryse Goulet, 66 et 69 ans, habitent Saint-Fabien-de-Panet, dans la MRC de Montmagny, où il n’y a qu’une petite épicerie et des prix si élevés qu’ils font peur.

Elle habite au sud de la MRC de Montmagny, dans le petit village de Saint-Fabien-de-Panet, à 1 h 45 de Québec. Comme ses quelque 1000 concitoyens, elle a accès à une seule épicerie de proximité. 

« La salade est tellement chère que je m’en passe souvent ! La viande, une chance que mon mari et mon fils chassent, ça aide », dit-elle. Parfois, elle roule quarante minutes en voiture pour trouver de meilleurs prix au Maxi de Montmagny.

Acheter en spécial

« Ça n’a plus aucun sens ! » témoigne de son côté Maryse Goulet, 69 ans, une dame qui vit seule.

« Il faut faire très attention et suivre les spéciaux, quand il y en a. C’est de moins en moins souvent. Les fruits, c’est fou ! », se désole Mme Goulet, inquiète devant les changements climatiques, qui exerceront une pression sur le prix des aliments à cause des sécheresses et des inondations, ennemies des récoltes.

La dame n’a pas de voiture, elle est obligée de faire ses emplettes au Marché Richelieu du village, là où un concombre anglais coûte 3 $ et le kilo de beurre d’arachides Kraft 8,99 $ au prix régulier. Les marques maison pour économiser ? Elles ne sont pas toujours disponibles, faute d’espace dans les étalages.

Un taxi pour courir de meilleurs prix à Montmagny ? À 80 $ l’aller-retour, c’est à oublier. 

« Il faut avoir de bonnes amies. J’en ai une à qui je passe des commandes quand elle va en ville. »

Maryse Goulet attend le chèque de Legault pour soulager le poids de l’inflation et se demande comment les familles se tirent d’affaire dans ce coin de pays où n’existe aucune banque alimentaire pour soutenir les plus vulnérables. 

Se serrer la ceinture

« Ça inquiète, ça monte trop vite », dit Maxime Lapointe, 31 ans, père de deux jeunes enfants et seul revenu familial. Il travaille chez Garant et a l’occasion de faire du temps supplémentaire, ce qui aide à joindre les deux bouts. 

Dans son village de Sainte-Euphémie, il n’y a aucune épicerie. Il se rend à Armagh, dans Bellechasse, pour compléter les gros achats qu’il va faire de temps à autre au Maxi de Montmagny ; un trajet aller-retour de 60 kilomètres.  

« On court les spéciaux, on ne se paie pas d’extra, pas de sorties. Heureusement, les maisons sont moins chères ici », se console le jeune homme.

Diane Bois-Théberge, 71 ans, est veuve et vit seule à Armagh. Elle trouve la situation pathétique et inquiétante.

« Ça va devenir de plus en plus difficile. Va falloir revenir comme quand j’étais petite et qu’on ne pouvait manger que les légumes de notre jardin », craint-elle.

À Armagh, d’autres citoyens ne souhaitant pas être identifiés nous ont dit faire leurs achats au Marché Tradition du village malgré les prix élevés, parce qu’ils veulent garder leur épicerie. À Saint-Nérée, village voisin, la coopérative d’alimentation a dû fermer ses portes et à Saint-Philémon, au sud, il n’y a plus qu’un dépanneur.  

Des prix prohibitifs  

L’exemple de Saint-Fabien-de-Panet 

Laitue iceberg

  • 3,99 $ / Maxi Québec
  • 5,49 $ / Marché Tradition Bellechasse
  • 7,99 $ / Marché Richelieu Saint-Fabien-de-Panet

Farine Robin Hood

  • 5,99 $ / Maxi Québec
  • 8,99 $ / Marché Tradition Bellechasse
  • 8,99 $ / Marché Richelieu Saint-Fabien-de-Panet

Beurre d’arachides Kraft / 1 kg

  • 5,00 $ / Maxi Québec
  • 7,99 $ / Marché Tradition Bellechasse
  • 8,99 $ / Marché Richelieu Saint-Fabien-de-Panet

Mayonnaise Hellman’s / 750 ml

  • 5,99 $ / Maxi Québec
  • 8,99 $ / Marché Tradition Bellechasse
  • 8,49 $ / Marché Richelieu Saint-Fabien-de-Panet

Une carence de concurrence dans beaucoup de villes 

Des monopoles, pas d’épicerie à escompte, peu de choix d’aliments, des prix élevés : les citoyens de certaines régions sont prisonniers de leur désert alimentaire. 

« Quelqu’un qui dit que ça ne lui fait pas peur, il n’est pas bien ! » témoigne Gérald Asselin, un homme âgé qui vit seul à Saint-Fabien-de-Panet, une municipalité que Le Journal a tout récemment visitée. 

Isabelle Genest.
Centraide Québec 
et Chaudière-Appalaches
Photo Stevens LeBlanc
Isabelle Genest. Centraide Québec et Chaudière-Appalaches

Dans son village, il y a une seule petite épicerie Richelieu, où l’espace tablette est si restreint qu’on ne trouve pas forcément les marques maison, moins chères. Lors de notre passage, les bananes, à 2,18 $ la livre, coûtaient trois fois plus que dans un Maxi à Québec et les concombres, le double du prix. Et cette situation existe dans plusieurs endroits au Québec. 

Est-ce que les monopoles et les coûts de transport vers des régions plus éloignées ont un impact sur les prix? Metro, qui possède la bannière Richelieu, dit avoir la même « zone de prix » partout dans la province. Entre deux marchés Tradition dans Bellechasse, nous avons pu observer des différences de prix, mais Sobeys n’a pas répondu à nos questions.

Metro est absent en Côte-Nord et en Abitibi-Témiscamingue et peu présent en Gaspésie, où IGA règne dans plusieurs municipalités. Hors des villes de taille moyenne, comme Gaspé, Sept-Îles ou Rouyn-Noranda, les bannières à escomptes Maxi et Super C sont introuvables. Si on habite Tadoussac, il faut rouler 125 km pour en atteindre un. 

Et moins de services d’aide

Or, ces bannières sont la planche de salut des familles à faibles revenus. À Lac-Mégantic, la fermeture d’un Maxi, pour cause de conflit de travail, crée une crise sociale, selon le maire. 

L’inflation provoque des situations d’urgence alimentaire jamais vues. À Thetford Mines, trois organismes qui ont d’autres vocations que l’alimentation se sont regroupés pour ajouter ce volet, avec le soutien de Centraide Québec et Chaudière-Appalaches. 

« C’est différent la pauvreté dans les milieux ruraux. Tout est loin et il y a moins de services d’aide quand on sort des grands centres », souligne la PDG Isabelle Genest.

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