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Ducharme n’a jamais eu son vestiaire

Bergevin, c’était un adolescent, décrit Pierre Gervais dans son livre

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C’est simple. Vous allez capoter ben raide. Je parle des fans et des partisans du Canadien. Les autres lecteurs, vous allez juste capoter. Même ceux qui sont exigeants, vous allez rester scotchés dans le livre Au cœur du vestiaire de Pierre Gervais. 

Encore plus simple. Ça rappelle The Game de Ken Dryden par le coup d’œil et les histoires qui sont racontées dans le livre de Gervais... écrit par Mathias Brunet dans un style très simple rappelant le ton d’une conversation.

Vous allez tout comprendre. Comment on a pu se rendre en finale de la Coupe Stanley en juillet 2021 et être la honte de la Ligue nationale six mois plus tard.

Vous allez comprendre ce qu’on devinait. Que Marc Bergevin avait un bon flair de hockey, mais que, pour le reste, il avait trop souvent des réactions d’adolescent. À cent lieues d’avoir la prestance et la crédibilité d’un vrai directeur général de la Ligue nationale de hockey.

PAS FACILE POUR DUCHARME

Le gérant d’équipement lors de sa dernière photo d’équipe.
Photo Club de hockey Le Canadien
Le gérant d’équipement lors de sa dernière photo d’équipe.

Vous allez apprendre ce qui s’est passé avec Dominique Ducharme et ses joueurs, et tout le reste. Je vous le dis, j’ai dévoré le livre en trois heures et j’ai recommencé le lendemain.

Et je reprends ma lecture ce matin pour être certain de ne rien manquer.

Et on commence par Dominique Ducharme qui se fait écorcher et qui déjà fait les clics des sites de hockey à cash. Je vous fais lire quelques passages et Pierre Gervais vous explique :

- « Dominique n’arrivait pas à gagner l’estime des joueurs. Ça se voyait dans sa manière de s’adresser au groupe. Les gars pratiquaient trop souvent aussi, cet hiver-là, dans la division canadienne. » 

- « Parlant de désorganisation, trop souvent, les joueurs apprenaient qu’ils ne jouaient pas de la mauvaise façon. Cédric Paquette a su qu’il n’affronterait pas les Blackhawks en arrivant dans le vestiaire à Chicago parce qu’un de ses chums à Montréal le lui avait appris par texto. C’était sorti, je ne sais trop où. Il est entré dans le vestiaire et il a bien vu que son ami n’inventait rien, son uniforme n’y était pas... »

- « Quand j’entends les gens dire qu’il a perdu sa chambre à la fin, il ne l’a pas perdue parce qu’il ne l’a jamais vraiment eue. Luke, lui, avait la chambre. Les gars travaillaient pour lui... »

C’est évident que ça hurle en ville. Même que Dominique Ducharme a texté vendredi à Pierre Gervais pour se défendre et dire que ce qui était écrit dans son livre n’était pas vrai. Il a ajouté qu’il lui manquait trois matchs pour gagner la coupe Stanley et qu’il reviendrait dans la Ligue nationale pour les gagner.

« Je lui ai répondu que j’avais écrit ce que j’avais vu et entendu et que s’il revenait, je lui souhaitais bonne chance », raconte Gervais. 

RACONTER LA VÉRITÉ

Photo courtoisie

« Il y a quinze ans, Mathias Brunet m’avait lancé que si jamais je décidais d’écrire un livre un jour, il voulait être celui qui collaborerait. Jamais à l’époque je n’ai pensé que j’aurais cette ambition. Mais il y a tellement de monde qui me lançait que je devrais écrire un livre que je me suis mis à y songer. Au printemps, Richard Beaudry, l’éditeur, m’a encouragé et j’ai décidé de plonger. Au début, je me sentais un peu comme un imposteur. Mais j’ai appris à me raconter. Et j’ai pris la décision très ferme de dire les choses comme je les avais vues et entendues.

« C’était la deuxième fois que je faisais l’exercice. Quand Chantal Machabée a été nommée vice-présidente, on était à Vegas et je pense que Kent Hughes n’avait été embauché que la veille. J’ai dit à Chantal que je voulais manger avec elle et que je me sentais le devoir de la mettre au courant de la vraie situation. Je lui ai raconté à quel point tout était tout croche. Trois ou quatre fois, elle est quasiment tombée de sa chaise tellement elle était surprise. Elle n’avait aucune idée de ce qui s’était vraiment passé », raconte Gervais... 

BERGEVIN L’ADOLESCENT

On avait rendu hommage à Gervais lors de son 2500e match, le 18 octobre 2014.
Photo d'archives
On avait rendu hommage à Gervais lors de son 2500e match, le 18 octobre 2014.

- « Marc pouvait être de commerce très agréable, mais il était d’humeur changeante. Il pouvait arriver le matin et tu te demandais s’il ne venait pas de vivre une catastrophe familiale. Je l’ai vu apostropher des joueurs, comme à l’époque où il jouait. On l’entendait crier jusqu’à l’autre bout. Il pouvait claquer la porte si fort qu’il en arrachait presque les pentures. Puis le lendemain, il arrivait avec le grand sourire. C’était ça, Marc. 

Il a fait d’excellentes choses, mais il a fait de gros dégâts aussi. Ça l’aurait beaucoup servi d’être l’adjoint d’un bon directeur général. On ne peut pas lui enlever son flair et ses connaissances du hockey, mais il aurait eu besoin d’un mentor pour apprendre à gérer du personnel, des budgets, à parler aux gens et à gérer sa notoriété aussi... »

- « Je percevais un certain désintérêt de sa part entre l’élimination en finale et le début de la saison 2021-2022. Il avait donné carte blanche à Dominique Ducharme pour l’embauche de personnel, comme l’entraîneur des gardiens et un spécialiste du conditionnement physique, par exemple, alors que par le passé, il avait son nez partout. Comme DG, tu dois rester informé... »

Le livre de Gervais contient 1000 perles. Et le ton est généralement positif. Il raconte le pour et le contre des centaines de personnages qui ont traversé sa carrière de plus de trente ans.

C’est souvent savoureux, parfois succulent, et parfois, le regard fait mal à celui qui est regardé. Comme c’est le cas pour Marc Bergevin. Les courts extraits qui enrichissent cet entretien racontent des points de vue explosifs. Mais l’ensemble est plus nuancé, il faut le préciser.

Ainsi, il raconte comment Marc Bergevin a été une bouffée d’air frais après le passage insensé de Pierre Gauthier et de ses pizzas au fromage végétal. Mais il souligne aussi à quel point Bergevin a changé au fil des ans et que son comportement et ses allures d’adolescent attardé ont miné sa crédibilité : « Et puis, il faut bien le dire, c’était trop souvent les émotions qui guidaient les décisions de Marc. De plus, il se sentait traqué en public et devenait invivable si des fans ou des amateurs venaient lui parler. Il les traitait comme des pouilleux. Je l’avais invité à la pêche avec mon groupe en Abitibi. Il avait été le fun dans le chalet et avec les amis. Mais à l’aéroport, ça avait été une catastrophe avec les gens », note Gervais en entrevue : « Mais tout ça est raconté dans le livre ». Il a raison. 

SUBBAN, PACIORETTY ET PRICE

Les joueurs pouvaient toujours compter sur lui, comme ici Tomas Plekanec se faisant arranger sa lame de patin.
Photo d'archives
Les joueurs pouvaient toujours compter sur lui, comme ici Tomas Plekanec se faisant arranger sa lame de patin.

Quand je dis qu’Au cœur du vestiaire est passionnant, je n’exagère pas. Vous aurez la confirmation que le journaliste Michel Villeneuve avait raison et que Michel Therrien n’en pouvait plus du capitaine Max Pacioretty. D’ailleurs, le titre du chapitre consacré à Pacioretty est éloquent : « Un mauvais capitaine ».

Tout comme on nous raconte les détails de l’écœurement chronique de nombreux joueurs pour P.K. Subban. L’entrevue avec Gervais est intéressante, mais ce qu’il écrit dans son livre est encore mieux :

- « P.K. Subban était juste un gars différent. Il fallait toujours qu’il se fasse voir, il pouvait changer la musique dans la chambre sans le demander alors que les gars étaient en train d’écouter du country, tranquilles. Il s’habillait de façon excentrique. Ce n’est pas son habillement ou ses goûts musicaux qui posaient problème, mais le fait qu’il avait toujours besoin de toute l’attention. Ça épuisait les gars à la longue.

Je disais toujours à la blague : si vous voulez punir P.K., emmenez-le dans le bois, sans caméra ni miroir, et au bout d’une journée, il va capoter, c’est sûr... »

- « Pacioretty avait beaucoup de misère avec P.K. Les deux s’engueulaient souvent. Avec les autres joueurs, c’était juste correct, mais tout le monde savait quel genre d’individu il était. Personne n’était plus important que lui. Il n’avait pas beaucoup de respect de la part des gars. Je lui cherche des amis dans le vestiaire et il m’est difficile de lui en trouver... »

Quand il parle de Carey Price, quand il écrit sur lui, Pierre Gervais a un ton tout autre.

« J’ai aimé et j’aime profondément Carey Price. C’est un cœur extraordinairement généreux. Il a les deux pieds bien sur la terre. En fait, il a un pied planté dans la terre. Il arrivait tôt le matin, vers 7 heures et demie, et on jasait pendant qu’il faisait des étirements. C’est un homme simple qui aime la nature et le plein air. Je suis tombé à la renverse quand j’ai appris qu’il s’en allait en désintoxication. Quand j’ai appris que c’était l’alcool, je n’ai pas compris du tout. Jamais, jamais il n’a donné un signal. J’en ai vu des gars rentrer soûls à l’hôtel ou poqués le lendemain dans le vestiaire, Carey Price, jamais », soutient Gervais.

Quant aux autres aspects de la vie de Price, ça s’est discuté dans une conversation privée et nous sommes arrivés aux mêmes conclusions. Ça sera dans mon livre. Peut-être. 

COREY PERRY, SHEA WEBER, MARTIN ST-LOUIS

Le légendaire Bob Gainey et l’ancien capitaine du CH Shea Weber ont remis une plaque à Pierre Gervais pour son dernier match dans la LNH, le 29 avril dernier.
Photo d'archives
Le légendaire Bob Gainey et l’ancien capitaine du CH Shea Weber ont remis une plaque à Pierre Gervais pour son dernier match dans la LNH, le 29 avril dernier.

Le livre regorge de belles pages sur les vrais leaders des dernières années. Shea Weber, cet homme tranquille qui imposait un respect absolu dans le vestiaire et chez les adversaires, a droit à des paragraphes à découper et à coller sur une porte de frigo.

Corey Perry, c’est encore plus fort : « Je n’arrive toujours pas à comprendre comment Marc Bergevin n’a pas offert au moins un contrat de deux ans à Corey Perry. Les jeunes joueurs de cette année enthousiasmés par son leadership seraient encore meilleurs et se développeraient encore mieux », dit-il.

Quant à Martin St-Louis, il a droit à la plus belle prose du duo Gervais-Brunet. Et ces compliments sont désintéressés puisque Gervais est à la retraite.

- « Martin a pris la parole. J’étais très curieux à ce moment-là. Et c’est vite devenu extrêmement intéressant. J’en ai vu passer des coachs dans les dernières décennies. Martin a parlé aux gars d’une façon tellement éloquente... la perfection n’existe pas, mais c’était le plus proche qu’on aurait pu aller. Il était direct, il regardait les joueurs dans les yeux, il parlait bien. Il n’y avait aucune nervosité, il s’est même permis quelques petites jokes, mais il passait un message.

— Wow ! a lancé Josh Anderson. »

Vous trouverez tout dans le livre. Pat Burns, Serge Savard qu’il admire et respecte, Bob Gainey, Guy Carbonneau, le voyage à Moscou, celui de Londres, Jean Perron, Jacques Demers, Réjean Houle, Michel Therrien, Alain Vigneault, José Théodore...

Une richesse inouïe.

Et voici comment Pierre Gervais termine son bouquin. Ça dit tout de lui.

- « Les patins du défenseur David Savard auront été les derniers que j’aurai aiguisés. Il m’avait demandé s’il pouvait être le dernier. Je lui ai promis. Je les ai aiguisés en fin de journée avant le match et je n’ai pas eu à en aiguiser d’autres pendant la rencontre. Si ça avait été le cas, j’aurais refait sa paire pour m’assurer de respecter ma parole. » 

DANS LE CALEPIN

La vice-présidente aux finances du Groupe CH, Anna Martini, quitte l’organisation. Une grosse perte...

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