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J’avais 18 mois quand mon père est décédé

Rangers c. Canadiens
Photo d’archives, Martin Chevalier

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Justin St-Pierre, le petit gars d’Albanel, une localité du Saguenay–Lac-Saint-Jean, a arbitré plus de 1000 matchs dans la LNH. À l’âge de 15 ans, il a décidé d’aller rejoindre son frère aîné qui arbitrait les fins de semaine à la patinoire locale de Dolbeau-Mistassini afin de gagner quelques dollars. 

Ses sœurs, Sylvie et Jacinthe, ses frères, Yvon, Carol, ainsi que lui-même ont été choyés d’avoir pu compter sur leur mère, Claudette, car leur père Léon-Paul est décédé alors que Justin était âgé de seulement 18 mois. 


Ton oncle André était ton deuxième père.

J’avais 18 mois quand mon père est décédé et ma pauvre mère a été victime d’une dépression. Pendant deux ans, ma tante et mon oncle André m’ont pris sous leur aile avant que je ne retourne vivre avec ma mère.


« On n’a pas besoin d’être riche pour bien vivre ».

C’est la plus belle leçon de vie que notre mère nous a inculquée. Nous n’avions pas les moyens d’aller en vacances.


Est-ce que ton père t’a manqué ?

Je dirais, dans ma jeunesse, non, car j’avais un autre défi. À l’âge de 10 ans, on m’a diagnostiqué un diabète de type 1. Je devais m’injecter de l’insuline dix fois par jour. 


Tu avais honte d’être diabétique.

Crois-le ou non, cela fait à peine quatre ans que j’ai avoué publiquement que j’étais diabétique. Maintenant, je parle régulièrement aux jeunes diabétiques pour les encourager.  


Est-ce que la présence de ton père te manque aujourd’hui ?

Après mon premier match Junior A, j’étais mi-figue et mi-raisin. Autant j’étais joyeux d’arbitrer mon premier et mon 1000e matchs dans LNH, autant j’étais triste de ne pas pouvoir lui en parler. Heureusement que mon oncle André et mes amis étaient présents et disponibles. 


Est-ce que ta mère assistait aux matchs que tu arbitrais ?

La seule fois, c’était à mon premier match dans LHJMQ. Les insultes envers son fils la blessaient, mais lorsqu’un partisan a lancé un bouillon en ma direction, c’était trop pour elle, car la vie de son fils était en danger. La santé fragile de maman l’a empêchée de me voir dans la LNH.


Quels ont été tes premiers emplois ?

J’ai été camelot pour Le Progrès-Dimanche, j’ai travaillé à l’épicerie et, l’été, au moulin à Normandin.  


As-tu pensé à cesser d’arbitrer ? 

Oui. J’avais 17 ans et j’étais désigné d’office au Tournoi midget de Saint-Léonard. J’ai dû être escorté par la police après le match. 


Tu as arbitré 14 matchs un certain dimanche.

L’année de mes 17 ans, j’ai réussi cet exploit au tournoi Midget de Dolbeau-Mistassini. J’aimais mieux faire ces matchs que de travailler à l’épicerie.  


Tes débuts au Midget AAA ont été fracassants.

Je traversais le parc des Laurentides vers Québec avec la cravate au cou, le veston, et dans ma première voiture d’occasion, une Geo Metro. Soudainement, je ressens une énorme chaleur dans la voiture avant de m’apercevoir que l’huile coulait du véhicule. Une remorque est venue à mon secours et le chauffeur de la remorque est venu me conduire à Québec pour mon match.


Tu t’es fait voler ton équipement d’arbitre.

J’arrive à mon appartement sur la rue Saint-Joseph à Montréal et le lendemain, je devais arbitrer un match de la LHJMQ. Pendant que je monte une valise à l’appartement, un voleur s’enfuit avec mon sac d’équipement d’arbitre.


Est-ce que tu l’as rattrapé ?

Je courais rapidement en lui criant qu’il était mieux de laisser tomber mon sac, sinon il ne savait pas ce qui allait l’attendre. Il a laissé tomber le sac au sol.


Tu te considères chanceux d’avoir eu deux mentors.

Sylvain Milton, de ma région, m’a recommandé à Doug Hayward qui m’a ouvert les portes vers la LNH.


L’ancien arbitre Andy Helmond veut t’engager.

Il est responsable des arbitres de la East Coast League. Le téléphone sonne à trois occasions et chaque fois, je ferme la ligne.


Pourquoi ?

Sois patient, tu vas connaître la suite. Doug Hayward me téléphone sans nécessairement vouloir me réprimander, il voulait savoir pourquoi je raccrochais la ligne. Je lui réponds : « Doug premièrement, je ne savais pas que c’était Andy, mais encore plus important, je ne parle pas et je ne comprends pas l’anglais ». Andy m’a engagé par la suite.


Tu pleurais quand tu es parti pour Pensacola.

Pleurer ! Du Québec jusqu’à Pensacola en Floride. Une fois arrivé en Floride, je me retrouve les deux pieds dans le sable et je me parle en me disant que c’était une occasion en or pour moi. Ce que je veux te raconter, c’est drôle, mais si tu veux réussir tout peut t’arriver.


On t’écoute.

Je dois effectuer un changement d’huile à Pensacola, alors que je ne parle pas l’anglais, j’ai invité le mécanicien à me rejoindre sous l’auto pour lui montrer ce que j’essayais de lui dire. Sur la patinoire, les joueurs et les entraîneurs-chefs me criaient en anglais. Je ne réagissais pas, car je ne les comprenais pas.


Tu devais cesser de penser en français ?

Andy me fait venir à son bureau pour m’expliquer de penser en anglais et non pas en français pour amorcer mes conversations.


Est-ce que cela t’a aidé ?

Crois-le ou non, je me suis mis à rêver en anglais. C’est-à-dire que je parlais en anglais dans mes rêves, et à compter de ce moment, j’ai pu communiquer en anglais. Rodger et les lecteurs, ne tentez pas de me comprendre. 


Tu as une magnifique fille.

Valérie, qui a 15 ans, est une merveilleuse fille qui fait partie du sport études en soccer. Elle est dynamique et elle est ma source d’inspiration.


Est-ce que tu veux partager autre chose ?

Je n’ai pas eu la chance de connaître papa, mais sa présence est toujours près de moi. J’aimerais remercier mes sœurs et mes frères pour leur l’appui. Quant à ma regrettée Maman, où serais-je aujourd’hui, sans son amour et sa compréhension de mes désirs.

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