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Romans d’ici: fragile comme un arbre

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Et si sous l’écorce les arbres étaient aussi fragiles que nous ? Un récit poétique pousse avec sensibilité et intelligence la comparaison.

Le premier roman de Mireille Gagné, Le lièvre d’Amérique, était en fait une fable animalière. Son nouveau récit, Bois de fer, est présenté sous la catégorie « Poésie », mais le mot « fable » convient davantage puisque Gagné recourt encore à la métaphore pour parler de nous, humains.

Dans Le lièvre d’Amérique, c’était notre course perpétuelle qui amenait son héroïne, Diane, à se transformer peu à peu en lièvre roux. Avec Bois de fer, les caractéristiques humaines sont transposées à un arbre.

Dans les deux cas, l’audacieux exercice est reçu avec crédibilité et il s’avère aussi inspirant que beau. Gagné, à qui l’on doit aussi des recueils de poésie et de nouvelles, est une orfèvre des mots.

Avoir recours à la figure de l’arbre est particulièrement intéressant parce que celui-ci est devenu synonyme de réconfort dans nos vies survoltées. La sylvothérapie nous invite ainsi à serrer un arbre dans nos bras pour diminuer le stress.

Gagné prend le parti inverse : l’arbre ne va pas bien. Au début, ce sont des taches qui le révèlent, mais il y a moyen de faire semblant. « Pour camoufler mes taches, c’est simple, j’attire votre attention ailleurs, vers le ciel, sur les écureuils, la maladie de l’arbre d’à côté, la fleur sur le point d’être écrasée. »

Les soins arrivent sous forme de mixtures en tout genre, car arroser semble le secret, quoique mettre l’arbre en pot et le rentrer pour l’hiver serait l’idéal. Pourtant, n’est-ce pas plutôt d’un besoin d’espace dont il est ici question ?

L’arbre du récit est un tilleul. Mais celui-ci lorgne vers d’autres essences, mieux adaptées à leur environnement ou mieux entretenues. « J’ai malheureusement grandi du mauvais côté de la rue, écartelée, avec les fils électriques qui me passent au travers. »

Conclusion inattendue

Gagné nous invite à voir au-delà de ce qui semble immuable et solide, dans la nature comme en nous-mêmes. Et elle pousse loin l’identification : ainsi de la séance de yoga de la narratrice, où l’on craque le tronc et allonge les racines.

Les vignettes vont de l’introspection, quand le bois pourrit par en-dedans, jusqu’aux attaques extérieures : les élagueurs qui égalisent sans discernement les cimes du quartier ou bien l’hiver, avec son gel et sa neige. Impossible de résister, encore moins quand l’heure d’être abattu a sonné.

Mireille Gagné a néanmoins trouvé une conclusion inattendue au drame de « son » arbre (car le tilleul qui l’a inspirée a bel et bien été défiguré par des travaux municipaux). Semble-t-il que des souches abandonnées arrivent parfois à rester en vie grâce aux racines des arbres voisins.

L’arbre solitaire devient donc un arbre solidaire, un bois de fer – comme l’est l’indestructible ostryer de Virginie dont c’est le surnom.

Ce récit poétique arrive ainsi à fusionner la difficulté de survivre et les trouées lumineuses dans le feuillage.

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