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Commission sur l’état d’urgence: le français en prend un coup... une fois de plus

Commission sur l’état d’urgence: le français en prend un coup... une fois de plus
MARTIN ALARIE / AGENCE QMI / JOURNAL DE MONTREAL

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OTTAWA | La Commission sur l’état d’urgence n’est pas encore terminée, mais on connaît déjà une de ses sinistres conclusions. 

Ce n’est toutefois pas celle qu’on croit, qu’on souhaite. 

La voici: la marginalisation du français au gouvernement fédéral se porte merveilleusement bien. 

La Commission a entendu une soixantaine de témoins depuis cinq semaines.

Des citoyens, quelques politiciens locaux, des policiers, des militants du supposé «Convoi de la liberté», un paquet de fonctionnaires fédéraux.

Un train d’enfer. 

Au début des audiences, le 13 octobre, le juge Paul Rouleau, lui-même franco-ontarien, avait déclaré que les témoins pourraient «témoigner en français ou en anglais».

Combien de personnes ont témoigné en français? Une seule, Steeve Charland, le Farfadaa en chef. 

Choisir l’anglais

Ce n’est pas par manque de témoins francophones, au contraire. 

Hier, trois d’entre eux l’étaient, francophones. 

Ils étaient là, en rang d’oignon, Michelle Tessier, David Vigneault et Marie-Hélène Chayer, pendant des heures, à se faire questionner. 

M. Vigneault est le grand patron du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS). 

Il a étudié à l’Université de Montréal et l’Université Laval. 

Ses deux collègues sont des têtes dirigeantes du principal organisme responsable de la sécurité nationale.

Michelle Tessier, la sous-directrice aux opérations du SCRS, a déjà témoigné en français en comité parlementaire. Tout comme Marie-Hélène Chayer, la directrice du Centre intégré d’évaluation du terrorisme du SCRS. 

Ils ont choisi, tous les trois, de témoigner en anglais. Ils avaient pourtant le choix, mais ont choisi l’anglais. 

Par aisance, par facilité? Je ne le sais pas. 

Il n’est pas ici question de personnaliser la question de la langue.  

Mais comment ne pas voir dans l’absence chronique du français à cette commission une autre preuve que la langue française dans la fonction publique fédérale est moins celle des décisions que celle de la machine à café?

Une des plus hautes fonctionnaires, la greffière adjointe Nathalie Drouin, a été la seule de l’appareil fédéral à avoir témoigné en partie en français. Et qu’en petite partie, même si elle est clairement plus à l’aise dans sa langue.

Là encore, je ne veux pas personnaliser ce débat, mais ça en dit long.

Un droit? 

En théorie, les fonctionnaires fédéraux qui travaillent dans certaines régions, dont celle d’Ottawa-Gatineau, ont le droit de travailler dans la langue de leur choix. 

Tout comme les témoins de la commission sur l’État d’urgence, qui ont le droit de témoigner dans la langue officielle de leur choix, en théorie. 

En pratique, c’est une autre histoire, et c’est ce qui compte. 

«Ce n’est pas parce qu’un droit existe que l’environnement contribue positivement à l’exercice de ce droit», m’a écrit un fonctionnaire fédéral avec qui j’en discutais hier. 

Bien dit, car, en effet, près de la moitié des fonctionnaires francos se sentent mal à l’aise d’utiliser leur langue au bureau, selon un sondage du Commissaire aux langues officielles.

Pendant ce temps, le gouvernement Trudeau tente d’adopter une mouture édulcorée et sous bâillon de sa réforme de la Loi sur les langues officielles, contre l’avis d’experts et de Québec.

Plus tard cette semaine, la commission Rouleau entendra le premier ministre Justin Trudeau. 

Dans quelle langue fera-t-il valoir ses arguments? Je ne veux présumer de rien, mais on se doute de la réponse.

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