/opinion/columnists
Navigation

Elon Musk et les entrepreneurs gourous

Elon Musk et les entrepreneurs gourous
AFP

Coup d'oeil sur cet article

Vous avez lu le livre Sapiens, de Yuval Noah Harari?

Vous avez été fascinés par ce récit passionnant de l’évolution humaine ?

Eh bien, l’auteur devra bientôt ajouter un nouveau chapitre à son best-seller mondial.

Car il y a quelques années, on a assisté, en Californie, à l’apparition d’une nouvelle espèce de primates jusque-là inconnue : le Gurus Entrepreneurus.

  • Écoutez l'entrevue avec Céline Morellon, experte en ressouces humaines à l’émission de Richard Martineau via QUB radio : 

UN LEADER DE SECTE

Reconnaissable à son penchant pour le col roulé et les lunettes funky, le Gurus Entrepreneurus (aussi connu sous le nom de Gurus Milliardarus) est, comme son ancêtre, l’Homo Entrepreneurus, particulièrement doué pour tout ce qui a trait à l’économie et à la finance.

Mais alors que l’Homo Entrepreneurus se contentait de faire de l’argent, de créer des emplois et d’enrichir ses actionnaires (ce qui était déjà pas mal), le Gurus Entrepreneurus, lui, se prend pour un philosophe.

Ce n’est pas suffisant, pour lui, de faire du fric. Il faut qu’il guide l’humanité vers des lendemains meilleurs.

C’est comme un croisement entre Henry Ford, Karl Marx et le Dalaï Lama.

Pour le Gurus Entrepreneurus, son entreprise n’est pas qu’une machine à imprimer de l’argent.

C’est une secte. Une religion.

Une idéologie.

Lorsqu’il lance un nouveau produit (par exemple, un nouveau modèle de téléphone avec 16 caméras et un bouton rouge qui fait Bip-Bip), il ne se contente pas de publier un communiqué de presse.

Il convoque ses employés et ses disciples à une grande messe, avec projections 3 D et jeux de lasers.

Ainsi, ses milliers de fidèles peuvent admirer, sur écrans géants, toutes les fonctionnalités du bouton rouge qui fait bip-bip.

Et remercier de vive voix leur pasteur qui leur a apporté la Bonne Nouvelle.

LE GOUROU DÉCHU

Vous avez un peu de temps libre devant vous ?

Un conseil : regardez, sur Apple TV, la série We Crashed.

Mettant en vedette l’extraordinaire Jared Leto, cette série de huit épisodes raconte l’histoire hallucinante d’Adam Neuman, un jeune entrepreneur israélien qui, en 2010, alors qu’il n’avait que 31 ans, a fondé WeWork, une entreprise qui permettait à des travailleurs autonomes de louer des locaux de coworking.

En neuf ans seulement, cette petite entreprise a fini par valoir... 47 milliards de dollars !!!

Malheureusement pour lui, Neuman a dégringolé les marches du podium aussi vite qu’il les avait grimpées. En effet, en 2019, les membres du C.A. de son entreprise lui ont montré la porte.

Pourquoi ?

Le bonhomme (qui marchait pieds nus) se prenait pour un gourou. Il ne voulait pas seulement augmenter son chiffre d’affaires, il voulait « élever le niveau de conscience de l’humanité » (c’était la devise de son entreprise !).

Comme Steve Jobs, Jeff Bezos, Mark Zuckerberg, Elon Musk et Travis Kalanick, le fondateur d’Uber.

Ces gars-là sont devenus tellement riches (« Ils chient des œufs Fabergé », comme m’a dit en rigolant Philippe-Vincent Foisy) qu’ils ont fini par se prendre pour des demi-dieux.

Regardez Musk : il n’a pas acheté Twitter pour faire de l’argent, nooon. Il l’a acheté pour « libérer » l’être humain.

On écoute ces Gurus Entrepreneurus parler, et on s’ennuie de la belle époque où les capitalistes voulaient juste... capitaliser.

Commentaires

Vous devez être connecté pour commenter. Se connecter

Bienvenue dans la section commentaires! Notre objectif est de créer un espace pour un discours réfléchi et productif. En publiant un commentaire, vous acceptez de vous conformer aux Conditions d'utilisation.