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Le journalisme à la croisée des chemins

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Le journalisme est à la croisée des chemins. À l’heure du « journalisme militant », du harcèlement envers les journalistes sur les réseaux sociaux et la violence physique à leur égard, des politiciens qui les discréditent, il me semble important de voir quel est l’impact sur notre profession.

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Les journalistes québécois n’ont pas d’ordre professionnel, contrairement aux médecins et aux avocats. Ils peuvent être membres de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) ou de l’Association des journalistes indépendants du Québec. Encore là, ce n’est pas obligatoire. Les reporters sont cependant tous soumis à des codes de déontologie rigoureux, en particulier à Radio-Canada où les Normes et pratiques journalistiques régissent tout le travail.

Rebâtir la confiance envers les médias

La baisse actuelle de la confiance des citoyens envers les médias est inquiétante, dans la mesure où elle alimente le cynisme envers la société et la démocratie.

Dans ce contexte, il faut envisager à court, moyen et long terme des programmes robustes d’éducation civique aux médias dans les écoles primaires et secondaires (voire les cégeps) afin d’expliquer le fonctionnement des médias, la sélection des informations, la détection des fausses nouvelles et de la désinformation et la distinction entre l’opinion et l’information factuelle.

En fait, la zone est de plus en plus grise au Québec dans une société où le commentariat règne, tout comme les influenceurs, blogueurs et trolls. 

Les attaques physiques et virtuelles envers les journalistes sont inacceptables. Jamais je n’ai vu depuis 30 ans une telle haine ou une telle incompréhension envers notre travail. Pas normal d’avoir des gardes du corps dans des manifs pour nous protéger.

L’impact sur la profession ? Beaucoup de burnouts, de préretraite, de réorientations de carrière et une grave pénurie de main-d’œuvre en ce moment. Et que dire du roulement de personnel ?

Et aussi : des remises en question. Peut-on demeurer neutres et objectifs envers Donald Trump ? Doit-on prendre position contre Pierre Poilievre qui veut abolir CBC News et tente d’éviter les médias parlementaires ? Selon moi, le journalisme exclut le militantisme, mais l’objectivité est un idéal bien difficile à atteindre en raison des biais personnels de tout un chacun. La jeune génération de journalistes a une autre vision des choses : le journalisme de combat doit exister plus que jamais pour dénoncer les inégalités. Il y a une place pour le journalisme de combat ici ou ailleurs, c’est évident. Mais il doit être encadré par les codes d’éthique.

La focalisation des médias généralistes sur la COVID-19 depuis mars 2020 n’a pas aidé la cause des journalistes. Bien des citoyens en ont assez du « mono news » et d’entendre parler surtout de nouvelles anxiogènes (COVID, climat, guerres, Trump, pénuries, inflation, faits divers).

Retour à l’essentiel

En ce sens, un appel à la diversification des contenus est essentiel pour rebâtir cette confiance à long terme. En fait, il faut revenir à l’essentiel. C’est-à-dire dénoncer les iniquités, enquêter plus que jamais, vérifier les informations comme toujours, valoriser le journalisme de solutions où on explique comment régler des problèmes de société ou autres, développer le journalisme de données pour mieux comprendre notre monde, et surtout expliquer l’information. Dans un monde où il y a trop d’informations, il faut expliquer, analyser les événements, donner du contexte aux statistiques, etc. Il faut vulgariser les infos scientifiques. Mieux couvrir l’information internationale et aussi penser à se spécialiser. 

Les Québécois veulent davantage de nouvelles locales et hyper locales. Ils aiment les nouvelles spécialisées. Il faut donc poursuivre la diversification des contenus et aller chercher les jeunes où ils sont : soit sur leurs téléphones, TikTok, Instagram ou Twitch. Les contenus doivent être adaptés pour les 15-35 ans et le virage numérique de nos médias doit être amplifié.

Je demeure optimiste à l’égard du journalisme au Québec mais il faudra s’accrocher avec une possible récession en vue. La crise des médias est permanente. Il ne faut pas l’oublier.

Photo courtoisie

Patrick White, journaliste et professeur de journalisme à l’École des médias, UQAM.

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