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Délobotomiser le fédéralisme québécois

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J’ai plaidé ici, récemment, pour la création d’un Parti Québécois authentiquement fédéraliste.

Des libéraux outrés m’ont répliqué qu’ils étaient les seuls à pouvoir revendiquer cette «étiquette».

Des souverainistes fâchés m’ont rétorqué que les libéraux et des caquistes prônent déjà le maintien du Québec dans la fédération. (Aucun caquiste ne m’a écrit...)

Aux souverainistes, j’ai répondu que la souveraineté ne me semble pas avoir le vent dans les voiles. En attendant, ne faut-il pas défendre les intérêts de la «nation québécoise» dans cette fédération à laquelle elle appartient, qu’elle le veuille ou non?

Aux libéraux, j’ai répondu qu’ils ne sont plus «fédéralistes» à proprement parler, mais «canadianistes». À les écouter, il faudrait accepter le Dominion tel qu’il est. Et à leurs yeux, la constitution, ça n’intéresse personne. (Dixit un ancien ministre rouge.)

États-Unis

Curieusement, nos chroniqueurs experts en politique américaine abordent fréquemment, avec passion et force détails, des aspects complexes du système politique américain. Sa constitution fédérale, amendée 27 fois, ses effets actuels (ex. : perte de contrôle des démocrates à la Chambre des représentants).

Quand on parle de constitutions étrangères, c’est passionnant! Mais quand on veut discuter de la nôtre, on n’entend que railleries ou presque, même dans les élites. Et beaucoup de fatalisme : impossible à changer, «le fruit n’est pas mûr», «pas d’appétit», etc.

Courant mourant

Pourtant, le Dominion se transforme rapidement. Son contrat fondamental mériterait d’être révisé en profondeur.

Ceux qui disent vouloir défendre les intérêts du Québec et se définissent comme «fédéralistes» devraient avoir une réflexion solide à ce sujet. Et des propositions concrètes. Ça devrait être urgent.

Mais ils semblent lobotomisés, à l’instar de «L’Idée fédérale», ce «réseau québécois de réflexion sur le fédéralisme» fondé en 2009 par l’ancien éditorialiste de La Presse André Pratte. Hier, son site web et sa page Facebook n’avaient pas été mis à jour depuis 2018. L’organisme, m’a-t-on confié, est sur le point de s’éteindre. Il faut dire que même lorsqu’il était en activité, il nourrissait plus l’antisouverainisme que la réflexion fédéraliste.

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Quant à la CAQ, elle pourrait se dire «fédéraliste». Mais, pour des raisons tactiques, elle ne s’assume pas. Et semble même vouloir renier les 21 propositions de son intéressant «Nouveau projet pour les nationalistes du Québec» de 2015.

Exemple : le projet du gouvernement Trudeau rêve d’accueillir bientôt quelque 500 000 immigrants par année. La Presse écrivait hier que cela pourrait faire passer le poids du Québec dans la population canadienne à 18,4 % en 2047 (c’était 28 % en 1970). Le nombre d’élus québécois à la Chambre des communes chutera proportionnellement.

Comment utiliser les principes du fédéralisme afin d’éviter, pour la nation québécoise, une perte radicale du poids politique? Pourquoi par exemple ne pas réclamer une réforme du Sénat fédéral afin que le Québec (par le truchement de l’Assemblée nationale) nomme ses représentants? (Les Länder allemands le font.)

Ce n’est là qu’une de nombreuses propositions que d’authentiques fédéralistes pourraient faire, s’ils se «délobotomisaient».

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