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Le jour où Jean Lapointe a voulu rendre mon père sobre

Jean Lapointeie
Photo d’archives

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Jean Lapointe n’est plus. En même temps, l’artiste aux mille passions et au cœur grand comme la terre est éternel. Une vie riche et aimante comme la sienne ne s’effacera jamais de nos mémoires, aussi vacillantes soient-elles.

Jean Lapointe, pour moi, c’est aussi une rencontre mémorable et bouleversante. Permettez-moi de vous la raconter.

1976. C’est ma dernière année au secondaire. En classe, on nous assigne un travail de recherche original. Chacun doit faire le portrait d’une «vedette» d’ici ou d’ailleurs. OK...

Sur le champ, je pense à Jean Lapointe. Je l’adore. Ma mère l’adore. Son album Démaquillé fait un véritable tabac. Chaque chanson est un mégasuccès.

Sur l’endos de la pochette, je trouve les coordonnées de la maison de production. À 15 ans, je prends mon courage à deux mains. Je téléphone. Je demande si je peux interviewer M. Lapointe pour ma recherche.

On me répond qu’il est trop occupé. On me donne néanmoins rendez-vous. On me dit qu’on me donnera une photo autographiée de Jean Lapointe et de la documentation sur son impressionnante carrière.

J’insiste quand même. En vain, bien sûr. Donc, j’y vais. On m’installe dans un petit bureau. La personne me dit qu’elle reviendra avec le matériel et la photo. J’attends. Puis, la porte s’ouvre derrière moi.

Jean Lapointe est là, devant moi

J’entends alors cette voix unique, qui me dit : «Bonjour. C’est toi, Josée?» Incrédule, je me retourne. Jean Lapointe est là. Devant moi. En personne. Accueillant et tout sourire. 

Je suis vraiment surprise. Aux larmes, en fait. Il s’assoit et m’invite à lui poser mes questions. Ce que je fais. Je prends des notes détaillées. Il est tellement gentil et chaleureux que j’en suis renversée. Complètement. 

On termine l’entrevue. Il me signe une photo dédicacée. Me fait un câlin et me félicite d’avoir eu l’audace de demander à le voir. Avant de partir, je lui demande si je peux lui poser une question plus personnelle.

Je lui confie que mon père a un grave problème d’alcoolisme. Que c’est cruel à la maison pour ma mère et pour nous, les enfants. 

Je lui demande s’il aurait la gentillesse de téléphoner à mon père juste pour lui parler. Je le fais parce que je sens qu’il a un grand cœur. Comme tout le monde, je sais aussi qu’il a vécu l’alcoolisme lui-même.

Merci pour tout

M. Lapointe m’écoute. Intensément. Les larmes lui montent aux yeux. Il me promet de le faire. «D’ici là, ajoute-t-il, tiens bon, ma belle Josée. Et salue bien ta maman pour moi».

Quelques jours plus tard, Jean Lapointe téléphone chez nous. Mon père répond. Lorsqu’il réalise qui est au bout du fil, son regard se fige.

Cachée, je le regarde écouter M. Lapointe. Après dix minutes, il le remercie pour son appel, mais ajoute qu’il n’a pas l’intention d’aller chercher de l’aide pour tenter d’arrêter de boire.

La semaine suivante, M. Lapointe rappelle. Je réponds. 

Mon père refuse de lui parler. Je reprends alors le téléphone. Il me dit doucement de ne pas me décourager et de prendre bien soin de moi, de ma mère et de ma sœur.

Impossible d’oublier une telle grandeur d’âme. Un homme si généreux. Humble. Bon. Hyper sensible. Espérant le meilleur tout en sachant qu’il n’arrive pas toujours à se frayer un chemin. Merci pour tout. Pour toujours.

Mes plus sincères condoléances à sa famille et à ses proches. Cet homme, nous l’aimons d’amour comme il aura tant aimé jusqu’à son dernier souffle.

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