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À quoi servent nos fédéralistes?

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Je lis ici et là d’excellents textes en appelant à une forme de renaissance intellectuelle des fédéralistes du Québec. On leur demande de ne plus se contenter d’une vision canadienne du Québec, mais de renouer avec une vision québécoise du Canada. On leur demande aussi de retrouver une vision véritablement fédéraliste du Canada, en se rappelant que la réforme de la Constitution demeure nécessaire, et qu’un État fédéré, comme l’est le Québec, ne saurait juger cette question secondaire.

À l’heure où le Canada se transforme et s’éloigne pour de bon de ce qu’on appelait autrefois la thèse des deux peuples fondateurs, cet appel est plus que légitime: il est nécessaire. Mais cet appel ne sera pas entendu, car il vient d’un autre siècle, et n’a plus grand-chose à voir avec ce que le PLQ est devenu – je parle à la fois de son idéologie, de sa base électorale et de ce que le Canada est devenu.

Colonisation idéologique

Le PLQ, depuis l’échec de Meech, en 1990, a changé de mission historique.

Comprenant qu’il ne serait plus possible de réformer la Constitution dans le sens de la vision québécoise du Canada, en le forçant à voir le Québec non pas comme une province parmi d’autres, mais comme une société distincte, c’est-à-dire comme une forme d’État-nation associé à la fédération, il s’est désormais voué à faire accepter le Canada tel qu’il est aux Québécois, même sans espoir significatif de modification de son architecture politique.

Le PLQ ne doit plus réformer le Canada dans la perspective des intérêts du Québec, mais réformer la mentalité des Québécois pour qu’ils acceptent le Canada à tout prix – quant au nationalisme québécois, il ne sait plus quoi en faire, et d’ailleurs, il ne parvient plus à se faire entendre par les électeurs francophones.

C’est dans cet esprit, par exemple, que le PLQ s’est rallié pratiquement au multiculturalisme canadien, même si cette doctrine condamne le peuple québécois à ne plus être une nation fondatrice, mais un groupe culturel parmi d’autres dans la diversité canadienne. On le constate dans son combat acharné contre notre laïcité.

C’est dans cet esprit qu’il juge que la Constitution de 1982 que n’avons pas signée a une valeur plus grande que les décisions de l’Assemblée nationale.

C’est dans cet esprit qu’il refuse tout renforcement de la loi 101 et bascule du principe du Québec français au principe du Québec bilingue, où les droits du français seraient préservés, mais où ce dernier ne serait plus qu’une langue sur deux, même si on lui conservera de manière formelle un statut «officiel».

C’est dans cet esprit qu’il est favorable à la transformation démographique en profondeur du Québec par l’immigration massive pour diminuer le poids de la majorité historique francophone au Québec et affaiblir par-là l’identité québécoise, toujours susceptible de se rebeller et d’entrer en tension avec le lien fédéral. Cette entreprise de dilution démographique de la majorité historique francophone est évidemment présentée sous le signe d’un progrès de la diversité et de l’inclusion.

Insistons: le Canada, depuis le dernier référendum, a tout fait pour verrouiller démographiquement l’avenir politique du Québec. Le PLQ a collaboré à cette entreprise. Il ne s’agit pas pour lui d’assurer la victoire du Non lors d’un hypothétique troisième référendum, mais de faire en sorte que les conditions démographiques et sociologiques d’un prochain référendum ne soient plus jamais rassemblées, car elles ne pourraient tout simplement «rassemblables».

Je l’ai déjà écrit et je reprends cette formule aujourd’hui: le PLQ a été colonisé idéologiquement par le PLC. Il a été trudeauisé mentalement. Il se comporte comme un fier larbin du régime canadien. C’est un parti succursale du parti central fédéral.

Sa fonction politique consiste à constituer un parti canadien radical au Québec faisant le procès de la légitimité même de la nation québécoise, même s’il est prêt, pour les exigences de la rhétorique politique, à utiliser ce concept, à condition de le vider de toute substance.

La fonction du PLQ consiste à atténuer, jusqu’à la neutraliser, la différence québécoise dans le Canada, pour faire en sorte que les Québécois ne se voient plus comme des Québécois d’abord, mais comme une variété parmi d’autres de Canadiens, ce qu’avait proposé Philippe Couillard dans un texte de doctrine qu’il vaudrait la peine de relire et qui nous en disait beaucoup sur l’évolution mentale de son parti.

Référendum

Tout cela est encore plus vrai devant la prochaine noyade démographique annoncée du peuple québécois à la suite de la hausse démentielle des seuils d’immigration par Ottawa. Cette hausse est l’événement politique le plus important des dernières années. Il condamne le Québec à la disparition linguistique ou à la marginalisation politique.

Il devrait y avoir un réflexe de survie chez tous les partis qui évoluent dans l’espace québécois. Mais ce réflexe, j’en parlais ce matin dans ma chronique, est absent. Et on peut s’attendre à ce que le PLQ le combatte et en fasse le procès à la manière d’un réflexe intolérant s’il en vient à se manifester.

Le PLQ n’a donc plus seulement pour mission de faire accepter le Canada aux Québécois, mais de dissoudre le Québec dans le Canada. Ceux qui ne l’ont pas compris et continuent de lui parler comme s’il était composé d’héritiers de Robert Bourassa se trompent de siècle et se racontent des histoires.

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