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Jean Lapointe: cette rencontre qui a changé ma vie

Jean Lapointe: cette rencontre qui a changé ma vie
Photo courtoisie

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Jean Lapointe, un grand homme, simple, aimant, bourru parfois, à l’esprit ouvert, dévoué à la cause de l’alcoolisme et des autres toxicomanies. Il était tellement talentueux et versatile qu’avec lui, on pouvait croire parfois que tout était possible. 

Au début des années 1980, sa consommation d’alcool et de médicaments devient problématique et, après plusieurs tentatives infructueuses, il entre en traitement à la Maison Querbes, un petit centre de traitement privé pour les problèmes d’alcool qui allait devenir, quelques années plus tard, la Maison Jean Lapointe. Contre toute attente, à la suite de ce séjour, il devient abstinent et fréquente assidument les réunions des AA.

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Un précieux conseil

Je souffrais des mêmes problèmes et un jour, au bout du rouleau, je décide des suivre ses traces et d’entrer à la Maison Querbes à mon tour. Le lendemain de mon arrivée, à l’heure des visites, je remarque un brouhaha dans l’entrée du centre. Je reconnais Jean Lapointe qui vient d’arriver. Il me regarde et me dit simplement : « C’est toi le nouveau! Finis ton stage ici et fais au moins 3 meetings par semaines chez les AA et ta vie va changer pour toujours. »

Si quelqu’un d’autre m’avait dit la même chose, je ne l’aurais probablement pas écouté, mais, venant de lui, le conseil prenait une tout autre signification. J’ai complété mon stage et j’ai suivi son conseil.

Un an plus tard, lorsque j’apprends qu’il sera bientôt en spectacle au Grand Théatre à Québec. Je décide d’y assister et après le spectacle je me rends à sa loge pour lui dire que tout va bien et le remercier de son accueil à la Maison Querbes.

Il me reconnait et nous parlons quelques minutes et, sans préambule, il me dit : « Nous venons d’ouvrir un nouveau centre de traitement dans le Vieux-Montréal qui portera mon nom. « La Maison Jean Lapointe ». Nous avons besoin d’intervenants. Pourquoi ne viens-tu pas travailler avec nous à Montréal. Tu n’as pas d‘expérience, mais tu apprendras en travaillant avec les autres intervenants.

Il avait cru en moi plus que j’y croyais moi-même et c’est ainsi que notre relation a démarré au début des années 80. Elle durera jusqu’à son récent décès.

Je l’ai appelé des centaines de fois. Parfois pour rendre visite à une personne qui le connaissait et qui voulait être admise à la Maison Jean Lapointe. Parfois pour une activité de levée de fonds. Il était parfois bourru, mais il répondait toujours et je savais qu’il était incapable de dire « non » lorsqu’il s’agissait de la Maison Jean Lapointe.

Jean Lapointe: cette rencontre qui a changé ma vie
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Mission accomplie

Il était aussi tellement intense au niveau de ses sentiments qu’un jour, durant son téléthon, lorsque nous avons amené sur scène le premier adolescent qui fêtait une année d’abstinence, il a éclaté en sanglots avec le micro en main et il ne pouvait plus parler. Le téléphone se mit à sonner et des sommes importantes ont permis de faire avancer la prévention des dépendances chez les adolescents.

Je remercie le ciel pour le bonheur d’avoir pu partager ta vie et tes derniers instants. Merci, Jean, pour tous les alcooliques et les toxicomanes que tu as aidés. Pour ceux qui ont cru qu’ils pouvaient se rétablir parce que tu l’avais fait. Merci d’avoir fait avancer la cause du traitement de l’alcoolisme et des autres dépendances au Québec. Mission accomplie!

Rodrigue Paré, ancien directeur de La Maison Jean Lapointe, aujourd’hui retraité

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