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L'inflation fait mal avant Noël: les organismes de charité croulent sous les demandes

Les organismes voient de plus en plus de gens frapper à leur porte à l’approche des Fêtes

Paniers Noël Gfpk
Photo Chantal Poirier Robert Myles et Andy Walter, de l’Association des Paniers de Noël de Greenfield Park, voient les demandes de paniers de Noël doubler par rapport à l’an dernier.

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Face à l’augmentation du coût de la vie, les organismes croulent sous les demandes pour les paniers de Noël, notamment de familles de classe moyenne qui lèvent la main pour la première fois de leur vie.

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«On se retrouve avec des gens qui donnaient [des denrées] avant et qui viennent maintenant demander de l’aide», confie Denise Ouimet, ancienne directrice générale de l’organisme qui est maintenant agente de développement chez le Relais Communautaire de Laval.

À moins d’un mois des Fêtes, les organismes communautaires commencent à recevoir de nombreux appels de familles qui cherchent de l’aide pour obtenir de la nourriture pour avoir un beau souper de Noël.

Mais ce qui inquiète le plus les organismes sur le terrain, c’est le portrait changeant de ceux qui les appellent.

Paniers Noël Gfpk
Photo Chantal Poirier

«Ce sont maintenant des gens qui ont une maison, une voiture, deux, trois enfants. [...] Ce sont des gens qui ne sont pas venus de l’année pour chercher de l’aide alimentaire, mais là, ils se sentent étranglés. Ce sont beaucoup de familles de la classe moyenne», déplore Chantal Proulx, coordonnatrice au Carrefour Alimenter l’Espoir de Blainville.

Demande en hausse

Et c’est le même son de cloche dans l’arrondissement de Rivière-des-Prairies où il devient difficile de répondre à toutes les demandes. 

«En plus de nos membres, on a des gens qui n’ont pas l’habitude de demander [de l’aide] qui nous appellent. C’est tout nouveau ça», soutient Yolette Café, directrice du Centre d’Entraide aux Familles. Selon elle, une dizaine de familles appellent chaque semaine pour demander de l’aide pour la première fois. 

Et la demande croissante se ressent dans toute la Belle Province.

«L’année dernière, on avait distribué entre 60 à 70 paniers de Noël, cette année, on est déjà à 121 demandes», affirme Robert Myles, vice-président de l’Association des Paniers de Noël de Greenfield Park, à Longueuil, sur la Rive-Sud de Montréal.

En Haute-Gaspésie, on remarque par exemple que les sollicitations augmentent de plus en plus, indique Marjorie Maurin, directrice générale de l’organisme Partagence.

«Depuis un an, on a une hausse de 25% des demandes de paniers alimentaires, c’est très gros pour nous», indique-t-elle.

Listes d’attente

Et si les organismes ont de plus de plus de misère à répondre à la demande, c’est parce que les effets de l’inflation se ressentent directement sur les dons que reçoivent les organismes (voir autre texte plus bas).

Au Regroupement Partage, qui s’occupe des Magasins Partage dans 20 quartiers montréalais, les listes de demandeurs explosent, affirme la porte-parole Audrey Renaud.

Pour elle, il est clair qu’à l’heure actuelle, beaucoup de ménages pensent d’abord à trouver des manières d’avoir des denrées pour subvenir à leurs besoins alimentaires qu’aux Fêtes, plutôt que de donner.

«On a déjà 15 000 personnes inscrites [pour les paniers de Noël] et beaucoup de gens sont déjà sur les listes d’attente. [...] On a des gens qui ont des emplois, des familles dont les deux parents travaillent et qui n’arrivent pas à joindre les deux bouts», explique-t-elle.

Selon cette dernière, la demande dans certains quartiers a carrément doublé par rapport aux années précédentes.

«On en est rendu là. La situation est critique», déplore-t-elle.

Les dons se font plus rares 

Si les demandes pour les paniers de Noël explosent, les dons faits aux organismes d’aide alimentaire sont quant à eux en forte baisse, ce qui fait craindre le pire.

«Les dons se font de plus en plus rares. Ce n’est pas par manque de solidarité, mais parce que les gens doivent d’abord répondre à leurs besoins, avant de donner aux autres», souligne Denise Ouimet, du Relais communautaire de Laval.

Si les organismes ont de plus de plus de misère à répondre à la demande, c’est notamment parce que les effets de l’inflation se ressentent directement sur les dons que reçoivent les organismes.

Au Carrefour Alimenter l’Espoir de Blainville, on se prépare à lancer la guignolée annuelle pour récolter des fonds afin d’acheter des denrées qui garniront les paniers de Noël. Mais cette année, on craint ne pas être en mesure de récolter autant de dons qu’à l’habitude.

«J’espère qu’on va en avoir autant [d’argent] que normalement, mais je ne suis pas très confiante. Les gens ont beaucoup plus de difficultés, ils n’ont plus les moyens de donner», s’inquiète la coordonnatrice de l’organisme, Chantal Proulx.

De gros défis

Du côté de Moisson Montréal, on sait déjà que l’hiver risque d’être difficile.

«On vit un défi d’approvisionnement, et les prochains mois vont nous apporter leur niveau de défi», explique Audrey Bernier, gestionnaire des communications pour l’organisation.

En 2021, Moisson Montréal indique avoir distribué près de 17 millions de kilos de nourriture dans les près de 300 organismes qu’il dessert.

«Là [pour cette année financière], après sept mois d’opération, on vient de distribuer 10 millions de kilos. Nos prévisions veulent qu’au mois de mars 2023, on donne au total 20 millions de kilos, soit 3 millions de plus que l’an passé», explique-t-elle.

L’organisme affirme toutefois être en mesure de répondre à la demande actuelle. 

«Pour être en mesure [de continuer à y répondre], c’est sûr qu’on est à la recherche de plus de denrées», ajoute Mme Bernier.

Organisation

Et la hausse du coût de la vie et des épiceries touchent évidemment aussi les grosses organisations qui préparent notamment les paniers de Noël.

«On a fait des ajustements avec l’inflation parce que ça affecte notre pouvoir d’achat», soutient Ann St-Arnaud, directrice des communications chez Jeunesse au soleil.

«On a réservé et acheté certains aliments il y a plusieurs mois pour s’assurer que le prix n’augmente pas, on a acheté de la nourriture en vrac pour couper dans certains frais», soutient-elle.

Malgré tout, l’organisation estime qu’elle sera en mesure d’aider environ 5000 familles encore cette année.

Contrairement aux années précédentes, il risque de ne pas rester de denrées pour aider d’autres familles après les Fêtes.

«Habituellement, on a des surplus qui nous aident à aider des familles pour les mois d’hiver. Mais là, on est inquiet de voir si on pourra aider plus de gens en janvier et février, où tout coûte plus cher», indique Mme St-Arnaud.

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