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Le papa d’une victime de féminicide est sans recours

Il voulait qu’on sévisse contre ceux qui ont libéré l’homme qui a ensuite tué sa fille

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Deux mois après le meurtre de sa fille retrouvée calcinée dans un véhicule en Beauce, le père de la victime de féminicide est consterné par le fait qu’il n’a aucun recours contre les responsables de la remise en liberté de l’ex-conjoint. 

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« Les deux bras m’en sont tombés quand j’ai su que non, je ne pouvais pas les poursuivre, ils sont intouchables », lance Noël Gagnon, le père adoptif de Karine Bélanger. Le 25 septembre dernier, la mère de famille était retrouvée dans une camionnette incendiée en Beauce.  

Trois semaines plus tard, Keven Deblois, son ami de cœur des dernières semaines, était arrêté et accusé du meurtre de la femme de 36 ans. Sous le coup d’une peine de 42 mois qu’il purgeait dans le système provincial, Deblois était une vraie bombe à retardement, selon les rapports de la Commission québécoise des libérations conditionnelles, qui faisaient état d’une « grande agressivité latente ».  

Devant plusieurs manquements manifestes de la commission et de la maison de transition, Noël Gagnon a donc fait des démarches pour poursuivre ces organismes. 

« Pour moi, il est trop tard, mais pour les autres, pour ne pas que ça se reproduise », dit-il.  

Au terme de ses démarches, un avocat a formulé un conseil juridique à M. Gagnon en lui conseillant de ne pas tenter une telle contestation. 

« Il n’y a rien à faire, ne perdez pas votre temps avec ça », lui aurait conseillé l’avocat.  

M. Gagnon est convaincu que si les responsables de la remise en liberté de Deblois avaient été imputables, ils auraient agi différemment devant ce « psychopathe ». 

« Ils doivent le savoir en dedans d’eux qu’ils sont responsables, plaide le père endeuillé. Vous avez un degré de responsabilité quand vous libérez quelqu’un », sermonne-t-il.  

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L’avocat expert en droit carcéral Pierre Tabah explique que la commission, « dans le cadre de ses décisions, a une grande latitude ». 

« Tout organisme est imputable, mais de là à les poursuivre, c’est une autre affaire, c’est comme si on commençait à poursuivre un juge », illustre-t-il. 

Le sénateur Pierre-Hugues Boisvenu rappelle toutefois qu’il y a des exemples où des familles ont poursuivi l’État pour des erreurs flagrantes. C’est le cas de la famille d’Alexandre Livernoche qui a reçu 90 000 $ dans une entente hors cour pour la libération de Mario Bastien en raison d’un manque de place en prison, mais admet qu’une telle démarche est longue et coûteuse. 

Les commissions de libération devraient toutefois avoir une obligation de rendre des comptes dans le cas de manquement, croit M. Boisvenu. Dans le cadre de la réforme de la Charte canadienne des droits des victimes, le sénateur espère ainsi proposer quelque chose en ce sens.  

« Lorsqu’il y a une erreur dans un dossier, le droit à l’information devrait obliger une implication de la part de la commission d’informer les familles et le public », croit-il. En attendant, Noël Gagnon n’a eu aucune communication avec ces responsables. 

« Je n’ai même pas eu d’excuse, rien », déplore-t-il.  

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