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L’art de s’écraser

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Les temps sont durs pour le français dans le « plusse meilleur pays du monde ». 

La semaine dernière, on a appris que trois hauts fonctionnaires francophones s’étaient adressés en anglais à la commission Rouleau. Et on a appris que les droits des Québécois francophones à se faire soigner en français dans les hôpitaux sont bafoués dans l’indifférence générale.

Il y a une chose en commun entre ces deux histoires : la servitude volontaire. Des francos qui se résignent devant l’anglais pour ne pas faire de vagues, pour ne pas déplaire, pour ne pas faire de chicane, pour ne pas déranger.

AVEC PAS DE PLAINTE

« Les tyrans ne sont grands que parce que nous sommes à genoux », disait La Boétie. On pourrait dire : « L’anglais n’est tout puissant que parce que nous, les francophones, sommes à genoux. » 

C’est à cette phrase que je pense quand je lis que des francophones refusent de porter plainte quand ils se font soigner en anglais. Ou quand je vois que trois hauts fonctionnaires francophones du SCRC choisissent eux-mêmes, sans que personne ne les force, à témoigner en anglais à la Commission sur l’État d’urgence. 

On a toujours le choix de parler français, Mais chaque fois qu’on se résigne à se faire traiter en citoyen minoritaire, on contribue à la toute-puissance de l’anglais.

Je veux vous donner deux exemples. 

Première anecdote : Comme ces dizaines de patients qui se sont confiés à mes collègues Héloïse Archambault et Hugo Duchaine, j’ai moi aussi été soignée en anglais à l’Hôpital général juif en 2021. Trois résidents unilingues anglais l’un après l’autre m’ont traitée avec mépris quand j’ai exigé qu’ils s’adressent à moi en français. Pourtant, quand j’ai raconté ce mauvais traitement sur la place publique (à QUB radio avec Benoit Dutrizac), j’ai été inondée de courriels qui allaient de « On se fout de la langue, l’important c’est que tu te fasses soigner » à « Tu parles anglais couramment, pourquoi tu chiales ? ». Mais ces messages ne venaient pas de « angry anglos ». Ils venaient de francophones qui m’encourageaient à plier l’échine, à me soumettre, à me mettre à genoux.

Deuxième anecdote : je fréquente un club sportif où de nombreux clients sont anglophones. Quand les professeurs voient qu’il y a ne serait-ce qu’un anglo parmi un groupe de francos, ils passent à un cours bilingue (c’est-à-dire majoritairement en anglais et des miettes en français). 

Un jour, je me suis pointée à un cours de yoga et j’ai été estomaquée quand la prof a commencé à donner son cours entièrement en anglais. Quand j’ai rouspété, cette femme de 70 ans m’a confié qu’elle avait toujours vécu au Québec mais qu’elle n’avait jamais réussi à apprendre un mot de français. Même pas « gauche » et « droite ».

Pouvez-vous croire qu’à la fin de la classe, deux francophones sont allés voir la prof ? Ils se sont excusés, en anglais, au nom des francophones parce qu’un des leurs (c’est-à-dire moi) avait osé réclamer un cours en français. 

Ils se sont excusés que j’aie exercé mes droits, que j’aie demandé le minimum syndical. Comme deux paysans qui iraient voir le grand seigneur pour s’excuser parce que le voisin a osé exiger de meilleures conditions de travail... 

Plus colonisé que ça, tu meurs. 

NON À L’APLAVENTRISME

En anglais ou en français, ce que je demande s’écrit de la même façon : R-E-S-P-E-C-T.

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