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À Québec, les élus devront «prêter serment» à Nathalie Roy

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Nathalie Roy deviendra présidente de l'Assemblée nationale cet après-midi.

L'ancienne ministre de la Culture, députée de Montarville depuis 2012, est reconnue pour son tempérament sanguin.

Dans l'opposition, ses questions comportaient un haut indice de partisanerie. Dans les banquettes gouvernementales, ses réponses étaient souvent teintées d'une colère non contenue à l'endroit des membres de l'opposition, vers qui elle pointait invariablement un doigt accusateur.

Bref, depuis son arrivée dans la mêlée politique, elle a semblé raffoler de la bataille. Mais comme présidente, elle devra s'élever au-dessus de la mêlée. Tout un défi.

Comme l'illustrait habilement le chef parlementaire de QS Gabriel Nadeau-Dubois mardi matin, «c’est elle qui devra distribuer les cartons jaunes», entre autres «à son ancienne équipe».

Elle aura pour fonction de protéger la voix des oppositions face à l'énorme caucus dont elle est issue. Elle doit se faire gardienne de leurs «privilèges parlementaires»; dont jouissent aussi —faut-il le rappeler — les nombreux "simples députés".

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Climat difficile

Nathalie Roy prend la tête de l'institution multiséculaire de l'Assemblée nationale à un moment où plusieurs tensions fortes la bouleversent.

La question du serment au roi, relancée par le Parti Québécois, qui remet en question le caractère monarchique de l'institution, la forcera dès aujourd'hui à prendre des décisions difficiles.

Pour marquer sa différence avec son «ancienne équipe», elle pourrait désavouer la jurisprudence sur cette question, invoquée et développée récemment par son prédécesseur François Paradis. Des sommités du droit constitutionnel le réclamaient d'ailleurs dans une lettre ouverte, mardi.

Au reste, nous vivons, comme l'a bien dit Manon Massé ce matin, «la rentrée des distorsions». Et c'est source de tiraillements, de différends.

La 2e et la 3e oppositions, Québec solidaire et le Parti Québécois, sont à couteaux tirés à l'issue des négociations pour le partage des budgets des oppositions et des temps de parole.

La légitimité de l'opposition officielle est minée par le fait que le parti qui la constitue, le PLQ, a obtenu moins de votes que les deux autres groupes d'opposition.

Le Parti conservateur, qui n'a obtenu aucun élu malgré l'appui de quelque 13% des voix, frappe à la porte de l'hôtel du parlement et maraude dans la députation dans l'espoir de débaucher un député qui deviendrait une sorte de passe magique donnant accès aux travaux parlementaires.


Eaux

Nathalie Roy devra naviguer sur ces eaux agitées, faire face à un premier ministre ultra-puissant, François Legault, dont la patience, dans la campagne électorale, a semblé plusieurs fois être très limitée. Dans le passé, des présidents ont dû quitter leur trône parce qu'ils étaient en délicatesse avec le chef du gouvernement. Michel Bissonnet, par exemple.

De plus, face au premier ministre Legault, Marc Tanguay, chef de l'opposition, ne donne pas sa place en matière de partisanerie. Et l'homme adore les effets de toge et les tirades mouillées d'acide.

Le leader du gouvernement, Simon Jolin-Barrette est en poste depuis 4 ans et sait se faire redoutable, notamment dans ses fameuses «questions de règlement». L'hyperactif politicien a aussi déposé en 2019 un projet de réforme parlementaire ambitieux et nécessaire dans plusieurs de ses aspects. Mais il mourra au feuilleton si Nathalie Roy n'y consacre pas d'énormes énergies. Mais quel défi de négociation!

D'autres personnages, rompus à la joute parlementaire, devraient prendre aussi beaucoup de place. On pense à Pascal Bérubé, qui agira comme leader du mini caucus péquiste. Mais aussi à son chef Paul Saint-Pierre-Plamondon, nouveau au Salon bleu, mais qui est un habitué de ses couloirs; et qui est en mal de visibilité.

Les risques que Nathalie Roy se retrouve contestée, voire désavouée par "son" parlement sont importants. Certains de ses prédécesseurs —on pense à Yvon Vallières— ont carrément dû quitter leur poste pour cette raison.

Afin d'éviter ce sort, la nouvelle présidente devra réussir à susciter l'adhésion; être «rassembleuse», comme dit le cliché bien de notre époque. En somme, les élus de tous les partis devront finir par «prêter serment» à Roy.

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