/opinion/columnists
Navigation

Harcèlement au travail: que faire avec ces entreprises qui entretiennent un climat toxique?

Exhausted african american manager feeling sad and desperate
Photo Adobe stock

Coup d'oeil sur cet article

Les violences au travail émergent très souvent de terreaux fertiles. La grande majorité du temps, un harceleur opère dans une entreprise permissive qui ferme les yeux ou qui valorise des comportements irrespectueux, humiliants et dégradants, ou qui cautionne la violence physique. Ces entreprises utilisent même la rivalité et le principe de performance extrême pour éliminer ceux qu’elles considèrent comme moins «rentables». Le harcèlement devient un outil de sélection.

• À lire aussi: Le harcèlement au travail: en êtes-vous la cible?

Par un discours paradoxal et des stratégies de management autoritariste, pervers ou laxiste, ces entreprises centrées sur la production entretiennent un climat de travail toxique et propice au harcèlement. Il est vrai que toutes les entreprises ne sont pas toxiques et personne n’est à l’abri de fausses accusations qui peuvent avoir un impact majeur dans la vie des individus concernés. 

Il est donc crucial que les employeurs implantent une bonne stratégie de traitement des plaintes afin d’être à l’écoute des victimes, tout en sachant identifier les dénonciations abusives ou fallacieuses.  

L’art de l’inaction

Bien que les taux varient d’une étude à l’autre, on sait que peu de travailleurs dénoncent le harcèlement dont ils sont la cible. Le harcèlement psychologique semble la forme la plus rapportée, et est suivi par la forme sexuelle. Dans une Enquête québécoise sur des conditions de travail, d’emploi et de santé et de sécurité du travail, menée en 2011 auprès des travailleurs de 15 ans et plus, 14,8% ont mentionné avoir fait l’objet de harcèlement psychologique et 2,5% de harcèlement sexuel. 

Ce faible taux de dévoilement, particulièrement en ce qui concerne le harcèlement sexuel, est grandement attribuable à la peur de ne pas être cru et de ne pas être reconnu comme victime. Certains employeurs vont jusqu’à protéger les harceleurs pour des raisons économiques (ce sont leurs vedettes, leurs clients, leurs partenaires), familiales, ou pour protéger l’image de la compagnie.

L’inaction des gestionnaires et celle des témoins deviennent alors un catalyseur de harcèlement.

Obligation des entreprises 

Depuis le 1er janvier 2019, les employeurs doivent implanter dans leur entreprise une politique de prévention et de traitement des plaintes de harcèlement. Outre la Loi sur les normes du travail qui proscrit le harcèlement psychologique, sexuel et discriminatoire, la Loi sur la santé et la sécurité du travail réitère à l’article 51 l’obligation de l’employeur de prendre toutes les mesures pour protéger la santé, la sécurité et l’intégrité physique des travailleurs.

L’employeur a donc la responsabilité légale et morale de protéger ses employés de toutes les formes de harcèlement par l’implantation et la diffusion, certes, d’une politique de prévention, mais également par la mise en place de mesures concrètes pour contrer ce genre de comportement. L'employeur doit aussi faire la preuve qu’il a agi avec diligence dès qu’il a été informé de situations de harcèlement. S'il ne satisfait pas à ses obligations au regard de la loi, il risque de se voir imposer des amendes, voire d’être condamné par le Tribunal administratif du travail. 

Cependant, peu d’entreprises se conforment à ces obligations et les victimes préfèrent encore se taire.

Commentaires

Vous devez être connecté pour commenter. Se connecter

Bienvenue dans la section commentaires! Notre objectif est de créer un espace pour un discours réfléchi et productif. En publiant un commentaire, vous acceptez de vous conformer aux Conditions d'utilisation.