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Xavier Dolan en demande beaucoup

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La nuit où Laurier Gaudreault s’est réveillé est une série remarquable qui en demande beaucoup aux spectateurs.

J’avais grande envie de voir comment Dolan avait adapté la pièce de Michel-Marc Bouchard, lui qui avait porté à l’écran avec tant de maestria Tom à la ferme, une autre pièce du même dramaturge.

Comme pour Tom à la ferme, l’argument de La nuit où Laure Gaudreault s’est réveillé est assez mince. La pièce et la série racontent le retour de Mireille Larouche (Julie Le Breton), thanatologue réputée, des années après qu’elle ait coupé les ponts avec sa famille et ses frères, Julien (Patrick Hivon), Denis (Éric Bruneau) et Elliot (Xavier Dolan). Dans ses dernières volontés, la mère (Anne Dorval) a exigé que sa fille Mireille veille à son embaumement. 

L’argument ne suffit pas pour une série de cinq heures. Dolan a donc imaginé un passé à chacun des membres de cette famille, devenue dysfonctionnelle, semble-t-il, à cause du lourd secret que dévoile le dernier épisode. Mais les nombreuses scènes de sexe, les beuveries, les apparitions quasi symboliques d’un motocycliste masqué cachant un protagoniste, les beuveries et les multiples séances de coke et de mutilation brouillent les pistes, égarent les spectateurs, mais elles n’arrivent pas à faire oublier un scénario trop mince qui s’étire indûment. 

Comment ce diable de Dolan peut-il diriger ses acteurs avec autant de méticulosité alors qu’il joue lui-même et qu’il est occupé à la mise en scène ? Dolan a sûrement des yeux tout le tour de la tête. Mais écoute-t-il ses acteurs aussi attentivement qu’il les dirige? Beaucoup trop de répliques sont inaudibles, ce qui ne favorise pas la compréhension de l’histoire.

DES ACTEURS REMARQUABLES

Patrick Hivon est impeccable dans un rôle très exigeant. Xavier Dolan ne s’est pas fait de cadeau, s’enlaidissant à souhait. Son cou se couvre de pustules repoussantes qu’on devine être la conséquence de son mal-être. L’abondance de gros plans sur Mireille dessert un peu l’excellente Julie Le Breton, qui finit par être à court d’expressions. Quant à Anne Dorval, qu’on aperçoit à des âges différents, elle est toute en nuances. Le réalisateur s’est payé la traite en «refaisant» pour sa comédienne fétiche la scène d’anthologie de J’ai tué ma mère. Cette fois, la mère ne s’en prend pas à son fils, mais à sa fille qu’elle admoneste de verte façon.

PRESQUE LA PERFECTION 

La photographie d’André Turpin est incomparable. On reste sans mots devant des cadrages si étonnants qu’ils ne peuvent être que le résultat d’une parfaite complicité entre lui et le réalisateur. La musique est souvent le parent pauvre de nos séries. Ce n’est pas le cas ici. La trame sonore de Hans Zimmer (2 Oscars, 4 Grammy, etc.) et de David Fleming envoûte sans rien écraser. Presque la perfection. Ce n’est pas un mince compliment dans une série où les excès abondent.

Il pleut énormément à Val-des-Chûtes. Pas des averses romantiques comme dans Les Parapluies de Cherbourg, mais des orages style car wash dans lesquels Gene Kelly n’aurait pu faire trois pas de danse. Même abondance du côté des décors. Les accessoiristes ont dû vider toutes les pawn shops du Québec pour en arriver à charger les décors à ce point.

Faut-il voir la série? Oui, mais elle est exigeante. À moins d’être fait fort, mieux vaut ne pas regarder les cinq épisodes d’affilée. Oui, parce que la série est emblématique de l’œuvre de Xavier Dolan et de son monde si particulier. 

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