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Le nombre de plaintes pour service en anglais explose

L’explosion du nombre d’immigrants non permanents influence la dynamique linguistique, explique un expert

café Van Houtte
Photo Hélène Schaff Le Journal s’est rendu deux fois la semaine dernière au café Van Houtte du Palais des Congrès de Montréal, le service y était offert en anglais seulement. Pour se faire servir en français, il a fallu faire appeler une employée affairée à d’autres tâches.

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Preuve qu’il est de moins en moins aisé de se faire servir en français : les plaintes sur la langue de service reçues par l’Office québécois de la langue française (OQLF) ont augmenté de 80 % par rapport à l’année passée. 

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Entre avril 2021 et mars 2022, l’OQLF a reçu près de 2000 plaintes sur la langue de service, une hausse marquée par rapport aux 1082 plaintes reçues l’année passée.« C’est sûr que quand (...) il y a une explosion des immigrants non permanents et qu’il y a une croissance beaucoup plus forte d’immigrants récents qui viennent de pays où on ne connaît que l’anglais, cela aura une influence sur les dynamiques linguistiques qu’on observe quand on se balade au centre-ville de Montréal », commente Jean-Pierre Corbeil, professeur à l’Université Laval.

café Van Houtte
Tableau créé à partir de données fournies par l’OQLF

Plus d’immigrants anglophones

L’expert en démolinguistique le constate dans les données révélées hier par Statistiques Canada. Entre 2011 et 2016, le Québec a connu une hausse de 5000 travailleurs qui ne connaissaient que l’anglais. De 2016 à 2021, la hausse a atteint 60 000 travailleurs, soit 12 fois plus. Près de 90 % sont des immigrants et près de la moitié sont des immigrants non permanents, ajoute le professeur. Or certains travaillent pour des commerces de proximité, ce qui a «nécessairement une influence sur la présence de l’anglais et parfois l’incapacité à servir le public en français».

Le Journal a pu l’observer par deux fois la semaine passée au café Van Houtte du Palais des Congrès de Montréal. Palak, arrivée au Québec un mois plus tôt, était assignée au comptoir de vente et prenait les commandes. Si elle commence à comprendre certains mots et attrape les «café latte» et autre «chocolatine» lancés par les clients, elle confirme ne pas être capable de s’exprimer en français. 

Elle commencera à suivre des cours en janvier. En attendant, elle peut compter sur sa collègue Patricia pour l’aider à apprendre la langue et sur certains clients « gentils » qui répètent la commande en français et ne se formalisent pas de réponses en anglais. Mais plusieurs clients se plaignent ou se fâchent, ajoute la collègue. Pour les autres, ils passent à l’anglais. 

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Exiger un minimum avant l’arrivée

«Il faudrait exiger un minimum de connaissance du français avant d’arriver au Québec», déplore Patricia qui est établie au Québec depuis 40 ans. 

Jean-Paul Perreault, président d’Impératif Français est du même avis. «Une personne qui manifeste son intérêt à venir au Québec qui est allophone ou anglophone, il devrait lui être demandé d’apprendre le français avant de venir», soutient-il. 

Au-delà du service à la clientèle, M. Perreault s’indigne aussi pour les collègues de ces travailleurs : on ne respecte pas leur droit de travailler en français. 

La direction de la bannière se défend : en situation de pénurie de main-d’œuvre, ses franchisés ont besoin de ces travailleurs. Et le service en français peut être demandé. 

«Effectivement ça peut arriver que des personnes unilingues anglaises se retrouvent sur la ligne. Normalement, on ne les laisse pas seuls, si quelqu’un a besoin de se faire servir en français, il devrait y avoir quelqu’un d’autre pour prendre la relève pour offrir le service en français », lance Eric Lefebvre, PDG du groupe MTY.

Inexcusable

«On n’a pas à demander le service en français au Québec, il devrait être là en tout temps, s’offusque Jean-Paul Perreault, président d’Impératif Français. Des cours de français, il s’en donne même en ligne. Il n’y a aucune excuse d’embaucher des gens, de surcroît en relation avec la clientèle, qui ne parlent pas français». Le défenseur du français conseille aux consommateurs de ne pas accommoder les entreprises: «Surtout ne jamais passer à l’anglais, recommande-t-il. Si vous passez à l’anglais, vous offrez à l’établissement un service que lui devrait vous offrir.»

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