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Connor Bedard, premier à obtenir le statut de joueur exceptionnel dans l'Ouest

Connor Bedard
Photo fournie par Steve Marr

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Steve Marr avait déjà entendu parler de Connor Bedard. Entraîneur-chef du programme des moins de 18 ans de l’Academie West Van, on lui avait parlé en long et en large de ce jeune phénomène qui détruisait tout sur son passage depuis sa tendre enfance. Et dès qu’il l’a vu de ses propres yeux, il a compris l’engouement.

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Marr faisait partie des nombreux hommes de hockey qui espéraient recruter la jeune sensation en vue de la saison 2019-2020 et ce, malgré le fait qu’il dirigeait une formation de joueurs âgés de 16 ou 17 ans et que Bedard n’en avait que 13.

«Je me souviendrai toujours du premier match que j’ai vu de lui. Il n’avait que 12 ans au début de saison et il avait marqué six buts. J’étais sorti de l’aréna avec des problèmes au cou à force de me retourner vers mon directeur de programme, chaque fois que Connor faisait un jeu.»

Après la saison, Bedard accepte de se joindre à Marr avec les moins de 18 ans et d’y faire ses débuts, à 14 ans.

Connor Bedard a rempli les attentes placées en lui lors de la saison 2020-2021, pour finalement devenir le premier joueur de la WHL à obtenir le statut de joueur exceptionnel.
Photo fournie par Steve Marr
Connor Bedard a rempli les attentes placées en lui lors de la saison 2020-2021, pour finalement devenir le premier joueur de la WHL à obtenir le statut de joueur exceptionnel.

Bedard connaît des débuts modestes – selon ses standards, comprenons-nous bien – avec trois passes à ses deux premiers matchs. Puis, il explose avec deux buts et deux aides à sa troisième rencontre face à des joueurs deux ou trois ans plus vieux que lui. Il ne regarde plus derrière ensuite, en route vers une autre saison de domination lors de laquelle il récolte 84 points en 36 matchs, qui le placent encore une fois au premier rang des pointeurs du circuit.

Processus secret

Tout au long de la saison, les rumeurs circulent voulant que Bedard ait fait la demande à Hockey Canada afin d’obtenir le statut d’exceptionnel lui permettant faire le saut dans la WHL la saison suivante, à 15 ans. À ce moment, six joueurs avaient obtenu ce privilège: John Tavares, Aaron Ekblad, Sean Day, Connor McDavid, Shane Wright et Joseph Veleno, mais aucun dans l’Ouest. 

Et les rumeurs sont fondées. Le clan Bedard, en compagnie de Marr, a établi un plan bien précis afin de réaliser cet objectif. Mais ils n’ont pas le droit d’en parler.

«Tout le monde savait que Connor avait fait une demande, mais Hockey Canada nous avait demandé de garder ça secret. Ils nous avaient même fait signer une entente de confidentialité, se remémore Steve Marr. À l’interne, les joueurs étaient au courant, mais on ne pouvait pas en parler. C’était une situation assez particulière parce que je devais gérer en mettant l’accent sur la culture d’équipe, mais, de l’autre côté, je devais prendre des décisions afin d’aider un individu à atteindre ses objectifs et lui donner des privilèges que je n’offre normalement pas.»

En contact avec les représentants de Hockey Canada, Marr obtient alors l’information que des représentants de la fédération nationale seront présents lors de quelques fins de semaine prédéterminées, afin d’évaluer le jeu du jeune Bedard.

«À ce moment, je me demandais quoi faire avec Connor. Est-ce que je le mettais au courant et, si c’était le cas, est-ce que ça le rendrait anxieux? Ça m’a pris beaucoup de temps avant de décider d’un plan précis et à la fin je me suis dit que le but de Connor était de jouer dans la meilleure ligue au monde et que ce genre de pression ferait partie de sa vie.»

Impliqué dans les décisions

Marr décide donc de s’écarter de sa philosophie habituelle et d’inclure Bedard dans ses décisions stratégiques.

«C’est la seule fois dans l’année où je me suis permis de faire une exception. Je voulais vraiment que ça se passe le mieux possible pour lui. Durant la semaine avant ces matchs, on avait beaucoup de rencontres avec lui. On lui permettait de choisir avec qui il voulait jouer et comment il préférait être utilisé en avantage numérique. Chaque fois, Connor nous répondait la même chose : “faites ce qui est mieux pour l’équipe”. Il n’a jamais voulu être traité différemment. C’est là que j’ai vu que c’était un vrai.»

Parce qu’il ne faut pas croire que le succès lui est monté à la tête, assure Marr.

«Ce n’est pas le genre de joueur qui veut entendre ce qu’il fait bien. Il veut qu’on lui dise qu’il peut encore atteindre un autre niveau. Évidemment, on est tous humains et c’est important de se faire dire ce qu’on fait de bien, mais Connor veut être mis au défi chaque jour. Nous avions créé un système de statistiques avancées qui mesuraient plusieurs catégories et on pouvait voir à quel point il détestait connaître une mauvaise performance. Il voit l’opportunité d’être l’un des meilleurs au monde et c’est ce qui le nourrit.»

Un joueur marqué

Marr a un exemple très, très précis qui lui vient en tête lorsqu’il parle du niveau de compétition de Bedard. Et il s’agit de son moment favori.

Le 16 mars 2020, les Warriors de Bedard affrontent la Rink Hockey Academy de Winnipeg, menée par leur joueur vedette Matthew Savoie, qui, un an auparavant, s’était vu refuser le statut de joueur exceptionnel par Hockey Canada.

«L’engouement était à son plus haut, se remémore l’entraîneur. Tous les directeurs généraux de la WHL étaient dans l’aréna. C’était un match de séries entre deux bonnes équipes, mais, au final, c’était Connor contre Savoie.»

Un an plus jeune, Bedard confirme alors pourquoi ses chances d’obtenir le statut que Savoie n’a pas obtenu l’année précédente sont excellentes.

«Sans manquer de respect à Savoie, Connor l’a déclassé dans tous les aspects du jeu ce soir-là. On a gagné 5-1 et il a terminé avec un but et une passe. Il avait été dominant dans toutes les facettes du jeu, autant offensivement que défensivement.»

Malheureusement pour les Warriors, leur saison de rêve a été, comme celle de la majorité des hockeyeurs en 2020, freinée par l’arrivée de la COVID-19.

«Nous venions de terminer la période d’échauffement en vue de notre deuxième match des séries quand quelqu’un est descendu dans le vestiaire pour nous dire que tout était annulé. Ça nous a brisé le cœur parce qu’on avait une équipe qui pouvait aller loin, surtout de la façon dont Connor se comportait.»

Quelques semaines plus tard, toutefois, le jeune prodige obtient la confirmation : il deviendra le premier joueur de l’Ouest à faire ses débuts dans la WHL en tant que joueur exceptionnel.

Connor Bedard a démontré tout son savoir-faire dès ses premiers coups de patin dans la WHL

Au terme d'une première saison dans la WHL réussie, Connor Bedard avait aidé le Canada à remporter la médaille d'or lors du Championnat mondial des moins de 18 ans, présenté à Frisco et Plano, au Texas.
Photo d'archives, AFP
Au terme d'une première saison dans la WHL réussie, Connor Bedard avait aidé le Canada à remporter la médaille d'or lors du Championnat mondial des moins de 18 ans, présenté à Frisco et Plano, au Texas.

Dès qu’ils ont su que Hockey Canada avait octroyé le statut d’exceptionnel à Connor Bedard, les Pats de Regina ont affiché leurs couleurs: c’est lui qui sera le tout premier choix du repêchage de la WHL.

«Je l’avais vu jouer à quatre ou cinq reprises à 14 ans, et ce qui m’avait frappé, c’est qu’il lançait la rondelle plus fort que tous les joueurs de notre équipe», se remémore le directeur général des Pats, John Paddock.

Excités de voir le jeune prodige joindre leur équipe, les Pats devront toutefois user de patience : la saison 2020-2021 est mise en arrêt complet en raison de la pandémie. À la recherche d’une place où jouer, Bedard décide de s’exiler en Europe, où il joint le programme junior du HV71, en Suède.

Il s’y entraînera plusieurs mois et y disputera cinq matchs, un avec l’équipe des moins de 18 ans, lors duquel il récoltera un but et une passe, puis quatre avec celle des moins de 20 ans, au sein desquels il marquera deux buts et récoltera deux aides.

«Il n’avait que 15 ans et jouait contre des gars de 19 et 20 ans et tu pouvais déjà voir à quel point il était dominant, se remémore son partenaire de trio avec le HV71 Alexander Suzdalev, qui est aujourd’hui son coéquipier avec les Pats. Il dominait chaque pratique et chaque match.»

En février, la WHL annonce finalement qu’elle a trouvé un terrain d’entente pour permettre à ses joueurs de disputer des parties. Les équipes de la Saskatchewan et du Manitoba se retrouveront au sein d’une bulle, établie à Regina, pour y disputer une vingtaine de matchs.

Des débuts anticipés

La première rencontre des Pats est alors prévue pour le 13 mars. L’équipe recommence donc à s’entraîner et dès les premiers coups de patin, John Paddock comprend qu’il a un joueur spécial sous la main.

«Puisque nous étions dans une bulle, je n’étais pas dans l’entourage de l’équipe et je devais regarder les entraînements des gradins. Quand j’ai vu Connor s’entraîner, je suis descendu et j’ai dit à notre entraîneur de l’époque, Dave Struch, à travers la baie vitrée : “il a 15 ans et il paraît mieux que nos 20 ans”», se rappelle-t-il en riant. 

Le 13 mars venu, l’excitation est à son comble chez les Pats. À la résidence des Bedard à North Vancouver, toutefois, c’est un peu différent.

«À sa première présence sur la glace, j’étais tellement nerveux, raconte le paternel. Les joueurs étaient tous vraiment gros et forts. Je me suis alors demandé : “mais qu’est-ce que j’ai fait?”»

Rien pour dissiper les craintes de Thomas Bedard : dès les premiers instants du match, le coéquipier de Connor, Jakob Brook, fonce au filet et est accueilli par le défenseur des Raiders de Prince Albert, un certain Kaiden Guhle. Ce dernier bloque le chemin, Brook perd pied et frappe violemment la bande.

Résultat : fracture à la jambe gauche.

Heureusement, les minutes passent et, comme il l’a fait tout au long de sa jeune carrière, Bedard démontre qu’il peut rivaliser contre des joueurs plus vieux et plus forts que lui physiquement.

«John Paddock m’avait dit qu’il serait correct et qu’il paraissait bien dans les entraînements, mais j’avais hâte de le voir dans une situation de match. Après quelques présences, j’étais soulagé : il était en mesure de suivre le rythme, de se sortir du pétrin et de créer des jeux.»

Entrée fracassante

Et c’est le moins que l’on puisse dire : Bedard inscrit deux buts dans une défaite de 6-3. Il terminera son passage dans la bulle de Regina avec une récolte de 28 points en seulement 15 matchs.

Devant l’éclosion de son jeune prodige, Paddock reçoit alors un appel du directeur du personnel des joueurs au sein du programme d’excellence de Hockey Canada, Alan Millar. L’équipe canadienne se prépare alors en vue du Championnat mondial des moins de 18 ans, au Texas.

«Alan m’a appelé et il s’est informé sur lui. Il n’était pas certain de vouloir inviter un joueur de 15 ans à ce tournoi. Je lui ai dit : “tu veux l’avoir dans ton équipe”».

Bien vu, John ! Bedard termine au deuxième rang des pointeurs du tournoi avec 14 points en sept parties et aide le Canada à remporter la médaille d’or.

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