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La dictature des pantoufles

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Vous souvenez-vous de l’époque où l’Occident défendait ses valeurs bec et ongles ?

Probablement pas, vous êtes trop jeunes pour ça.

Mais il fut une époque où les Occidentaux étaient prêts à tout pour sauvegarder leur culture et leur civilisation.

Ils trouvaient même leur système tellement bon qu’ils voulaient l’exporter à travers le monde !

  • Écoutez l'édito de Richard Martineau diffusé chaque jour en direct 8 h 30 via QUB radio :

ÇA SENT LA BOULE À MITES

Je vous parle d’un temps que les moins de 40 ans ne peuvent pas connaître.

C’est loin, tout ça.

Aujourd’hui, l’Occident ne veut plus prendre le monde à bras-le-corps : il s’est recroquevillé sur lui-même comme une fleur fanée.

Tout ce que les Occidentaux veulent, maintenant, c’est qu’on les laisse tranquilles.

Avec leur écran, leur connexion internet et leur doudoune.

C’est le sujet du dernier essai du philosophe français Pascal Bruckner : Le Sacre des pantoufles, publié chez Grasset.

Comment les Occidentaux ont renoncé au monde.

« La maison, de nos jours, n’est pas un simple abri, elle est devenue un espace en soi, douillet et connecté, qui supplante le globe, écrit Bruckner. Tout ou presque peut nous être livré à domicile. Pourquoi dès lors sortir du cocon et s’exposer ? »

Les Occidentaux ne se battent plus et ne veulent plus conquérir le monde, comme Malraux et Hemingway : ils geignent.

Se plaignent.

Comme des vieux.

Plus ça va, plus l’Occident sent la naphtaline, la tisane au tilleul et le sirop Lambert.

L’HOMME AFFALÉ

« La seule interruption de nos vies est d’aller du siège au sofa, et du lit à la salle de bains, écrit Bruckner.

« On déménage de son salon à la cuisine et vice versa. Le paradis a la surface de notre pièce. »

Comme les personnages des Frustrés, la célèbre série de la bédéiste Claire Bretécher, l’homme et la femme modernes sont avachis, affalés.

Allongés sur des coussins IKEA.

Leur grande aventure, maintenant, n’est plus de grimper le Machu Picchu, mais d’aller au cinéma ou au théâtre.

Ça, c’est tout un périple !

Sortir, prendre l’auto, faire la queue aux côtés d’inconnus... Ouf ! Quelle odyssée !

Et quand des ennemis déclarent la guerre à nos valeurs, on se contente de hausser les épaules...

Après tout, ils ont le droit ! À chacun ses valeurs, non ?

Qui sommes-nous pour dire aux autres comment vivre ?

Si ça se trouve, c’est nous qui l’avons cherché, tiens. On s’est mêlé de choses qui ne nous regardent pas.

On aurait dû rester chez nous. Peinards.

Sans faire de vagues.

  • Écoutez l'entrevue avec l'auteur à l’émission de Richard Martineau via QUB radio : 

LA PETITE VIE

Même notre littérature est devenue intimiste, souligne Bruckner.

C’est le règne de l’autofiction, le journal intime considéré comme l’un des beaux-arts.

Au lieu d’inventer des mondes, on se gratte le bobo et explore la banalité du quotidien.

« Le rétrécissement est devenu une passion. »

On n’additionne plus : on soustrait.

On se blottit, on se ratatine.

On est comme le héros de ce film de science-fiction des années 50, L’Homme qui rétrécit.

On se retire de plus en plus du monde.

Foutez-moi la paix ! Laissez-moi tranquille !

On larmoie, on se pose en victime.

Et on accueille l’imposition d’un couvre-feu comme une bonne nouvelle...

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