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Regain d’intérêt pour les exercices de confinement en cas de tireur actif

La préparation varie d’une école à l’autre

GEN-Rencontre avec la SQ concernant les exercices de confinement barricadé dans les écoles.
Mario Beauregard / Agence QMI Karine Chayer (gauche), responsable intérimaire de la division analyse et intervention au sein du service de proximité aux communautés de la SQ. La sergente Nicole Champagne (droite) est coordonnatrice régionale en police communautaire.

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Les exercices de confinement en cas de tireur actif font un retour dans les écoles après une pause de deux ans et suscitent encore plus d’intérêt depuis que trois cégeps ont fait l’objet de fausses alertes.

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« Je pense que les exercices de confinement, ça devrait être aussi évident qu’une pratique d’incendie. On est rendus là, en 2022 », dit Nicole Champagne, sergente coordonnatrice régionale en police communautaire à la Sûreté du Québec (SQ). 

Les 11 et 18 novembre derniers, trois cégeps de la grande région de Montréal ont été placés en confinement pendant plusieurs heures en raison de tirs à proximité ou de la présence d’un individu suspect.   

Cela venait s’ajouter aux nombreuses écoles secondaires qui ont dû être évacuées ou confinées pour des menaces en tous genres cet automne.  

Or, le niveau de préparation pour ce genre d’incidents varie grandement d’un établissement d’enseignement à l’autre, puisqu’il relève de la volonté des directions ou des centres de services scolaires (CSS).   

Dans les dernières semaines, des corps policiers ont noté une hausse de la demande pour les exercices de confinement barricadé, notamment à Québec et à Longueuil.  

Ancrer dans les mœurs

« J’en entends parler régulièrement depuis quelque temps [...] Il y a une certaine inquiétude », avoue Nicolas Prévost, président de la Fédération québécoise des directions d’établissement d’enseignement.  

« Avant, les gens se sentaient un peu loin de ça, comme si ça ne pouvait se passer qu’à l’extérieur du Québec. Mais là, on voit que ce n’est pas le cas. Les exercices, il va falloir ancrer ça dans les mœurs », croit M. Prévost.  

Il faut dire que pendant les deux ans de pandémie, la plupart de ces exercices avaient été mis sur pause. 

Savoir quoi faire

Depuis 2008, la SQ a un Plan de réponse pour des établissements sécuritaires (PRES). Les écoles ont un cartable qui doit être mis à jour chaque année et qui contient un protocole d’urgence et une foule d’informations pertinentes, comme un plan des bâtiments.  

En guise de formation, une vidéo peut être présentée. Certaines écoles ou universités n’ont jamais pratiqué le confinement. D’autres répètent cet exercice chaque année, avec ou sans élèves (voir autre texte). 

« Quand on sait quoi faire, on va moins figer [si on doit réellement se confiner] », explique la sergente Champagne.  

Par exemple, des enseignants ont réalisé lors d’une pratique que la porte de leur local ne se verrouillait pas. Ou encore, dans un centre de formation professionnelle, on a réalisé que le bruit des machines empêchait d’entendre l’interphone annonçant le signal d’alerte, illustre la policière. 

EXERCICES DE CONFINEMENT FAITS PAR LA SQ  

2017

  • Avec le personnel seulement: 130
  • Avec élèves: 46
  • Total: 176


2018

  • Avec le personnel seulement: 172
  • Avec élèves: 48
  • Total: 220


2019

  • Avec le personnel seulement: 149
  • Avec élèves: 47
  • Total: 196


2020

  • Avec le personnel seulement: 71
  • Avec élèves: 13
  • Total: 84


2021

  • Avec le personnel seulement: 51
  • Avec élèves: 2
  • Total: 53


2022*

  • Avec le personnel seulement: 58
  • Avec élèves: 13**
  • Total: 71

*Chiffres préliminaires 

**Depuis l'automne 2022 seulement 

Source: Sûreté du Québec 

Avec ou sans élèves ? La controverse perdure

GEN-Rencontre avec la SQ concernant les exercices de confinement barricadé dans les écoles.
Photo Adobe Stock

Encore beaucoup d’écoles, et même certains corps policiers, refusent de faire des exercices de confinement en présence d’élèves, même si cette pratique est recommandée par la Sûreté du Québec.

« C’est le gros bon sens. On ne veut pas traumatiser nos élèves », s’exclame Marie-Claude Gignac, secrétaire générale au CSS de Portneuf, où les exercices de confinement se font en présence du personnel seulement.  

C’est aussi le cas au CSS de la Pointe-de-l’Île, où l’on souhaite éviter de « réanimer des traumatismes » chez la clientèle immigrante, explique-t-on dans la réponse à une demande d’accès à l’information effectuée cet été.  

Au Service de police de l’agglomération de Longueuil, on recommande de pratiquer sans les élèves, car une formation en leur présence « serait d’une très grande envergure [...] et pourrait amener un stress important ».  

Minorité

Sur les quelque 2700 exercices réalisés sur le territoire de la SQ depuis le lancement du programme PRES en 2008, seulement 400 se sont faits en présence des élèves ou des étudiants.  

Mais ces exercices programmés d’avance sont-ils si anxiogènes ? À la SQ, on remarque plutôt qu’ils ont un effet « rassurant ».  

D’ailleurs, l’aspect violent est évacué. Personne ne vient jouer le rôle d’un faux tireur, explique Karine Chayer, criminologue de formation. 

« On ne cherche pas à simuler des émotions, mais à pratiquer des gestes et des réactions », ajoute Mme Chayer, qui a longtemps été la coordonnatrice provinciale du programme PRES.  

« Les enfants ont trippé »

Au Regroupement des comités de parents autonomes du Québec (RCPAQ), on n’a que de bons mots pour les exercices réalisés avec la SQ.  

« C’est fait avec un doigté exemplaire », estime le président Sylvain Martel. « Tout dépend de la façon dont c’est présenté », tant aux élèves qu’aux parents. 

Il donne l’exemple d’un cas au primaire où les jeunes devaient se pratiquer à se confiner en raison de l’intrusion potentielle d’un ours dans l’école.  

« Non seulement les enfants ont trippé [...], mais ils sont revenus enchantés parce qu’ils s’étaient cachés au lieu de faire des math », illustre M. Martel.  

Chacun son rythme 

Kathleen Legault, présidente de l’Association montréalaise des directions d’établissement scolaire, n’est pas certaine de saisir l’avantage de faire ces exercices avec les élèves.  

Mais elle croit qu’une mise à jour s’impose après deux ans de pandémie. «Il y a eu beaucoup de mouvement de personnel.» 

Évidemment, la formation du personnel, c’est la base, explique-t-on à la SQ. 

Une fois que le personnel est exercé et rodé, la SQ recommande d’inclure les élèves et étudiants, que ce soit au primaire ou à l’université. 

«Il y a moins de panique comme ça. Parce que [en cas de réel confinement], ce n’est peut-être pas le temps d’expliquer» les raisons de telle ou telle façon de faire, note la sergente Nicole Champagne.   

C’est aussi lors d’une pratique qu’une enseignante peut avoir l’idée de se garder des suçons ou des casse-têtes pour calmer ou occuper les tout-petits, illustre-t-elle.  

«Chaque école peut aller à son rythme, mais je pense que c’est important d’avancer.» 

Dans certains établissements, le personnel est tellement bien rodé qu’il n’a même plus besoin de la présence des policiers pour pratiquer, mentionne-t-elle.   

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