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Réveiller les Québécois

Jean-François Roberge
Photo d’archives, Pierre-Paul Poulin Jean-François Roberge intègre la diplomatie à sa stratégie pour la sauvegarde du français.

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Jean-François Roberge a le pas léger. Il a retrouvé le sourire. Il fait même des blagues avant de s’asseoir pour sa première entrevue télévisée.

Il semble libéré, optimiste même, porté par un premier succès.

À la louisianisation du Québec de son patron qui a tant fait controverse, le nouveau ministre de la Langue française a offert une alternative rassembleuse, celle du « réveil national ». Beau slogan, mais encore ? répondront les sceptiques. Il y a de quoi.

Appeler un chat un chat

La tâche est loin d’être simple.

Comment convaincre que la loi 96 ne suffira pas à freiner le déclin du français quand le gouvernement Legault a passé un an à la brandir comme une solution essentielle ? Comment être crédible, quand son propre gouvernement a renoncé à LA solution la plus structurante, celle de la loi 101 au cégep ?

Le ministre Jean-François Roberge semble être en voie de faire le pari de dire enfin « les vraies affaires ». Le français au Québec continuera de décliner tant que les Québécois francophones le laisseront décliner.

« Lorsqu’on n’est pas servi en français, faut le demander. Et si c’est pas possible, il faut porter plainte. » Et les collègues anglophones, cessons de nous incliner devant leur préférence, parlons-leur français, ajoute le ministre !

Et il a raison ! Car si on endure de se faire servir en anglais à Montréal, c’est parce qu’ils savent bien qu’au bout du compte, la majorité du temps, on rouspète, mais sans plus.

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Essentiel, mais loin d’être suffisant.

Or, les débuts du ministre Roberge révèlent également un virage en faveur de la diplomatie plutôt que de la confrontation de son prédécesseur.

Car pendant que son successeur à l’Éducation parlait ventilation, Jean-François Roberge était à Ottawa. Signe qu’il a compris que, tant que le Québec reste dans le Canada, freiner le déclin du français ne peut se faire dans une logique d’isolement. Il faut des alliés.

L’immigration

Ça commence bien sûr par la ministre fédérale des Langues officielles, Ginette Petitpas Taylor, dont le projet de loi, pour l’instant, offre un refuge contre la loi 96 aux entreprises fédérales.

Mais le nerf de la guerre demeure l’immigration.

Loin d’être triomphaliste, il espère bien avoir convaincu le fédéral de mettre un terme à la discrimination implicite envers les étudiants francophones. Régler le dossier avant Noël et voir enfin accordé un visa à ceux qui espèrent rester et faire leur vie ici offrirait au ministre une première victoire stratégique.

C’est d’autant plus vrai face à un gouvernement central qui veut accueillir 500 000 immigrants par an !

Dans un tel contexte, convaincre les étudiants francophones de rester devient une solution facile pour hausser les seuils d’immigration québécois sans trop de risques pour le français.

Mais tous ont compris que ça ne suffira pas.

Dans un pays où le poids démographique du Québec est en déclin, la relation avec les communautés francophones hors Québec doit être entretenue.

Plus celles-ci gagneront leur combat pour l’immigration francophone, plus le Québec comme berceau de la francophonie canadienne verra son rôle consolidé.

Finalement, le réveil national, c’est aussi celui d’un gouvernement qui comprend qu’il doit bâtir des ponts.

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