/investigations/justice
Navigation

Une victime du pasteur Guillot réclame 5,4 M$

Vous voyez cet article car vous êtes connecté.

Article réservé aux utilisateurs connectés. Se connecter

Quebec
Photo d'archives, Stevens LeBlanc Josh Seanosky, victime du pasteur Guillot

Coup d'oeil sur cet article

Une des victimes du pasteur Claude Guillot réclame 5,4 M$ à des institutions et dirigeants baptistes pour leur «inaction», leur «négligence crasse» et leur «complicité» face aux violences perpétrées durant 13 ans par le religieux à son endroit. 

Kathryne Lamontagne, Journal de Québec

• À lire aussi: Victimes du pasteur Guillot: la délivrance d’enfin voir leur tortionnaire prendre le chemin des cellules

• À lire aussi: Le pasteur Claude Guillot écope de 8 ans de prison pour avoir «brisé» 5 victimes

Quebec
Photo d'archives

«N’eut été des comportements hautement répréhensibles des défendeurs, qui ont mené à plusieurs fautes civiles distinctes, le défendeur ne serait pas détruit comme il l’est aujourd’hui», écrit Josh Seanosky, dans sa poursuite déposée lundi matin, au palais de justice de Québec. 

Josh Seanoky est l’une des victimes reconnues du pasteur Claude Guillot, 72 ans, condamné jeudi dernier à huit ans de pénitencier pour avoir imposé des sévices physiques et psychologiques à cinq jeunes qu’il avait sous sa garde. 

Le jeune homme est devenu pensionnaire dès l’âge de 8 ans à l’église-école clandestine que dirigeait Claude Guillot dans son sous-sol de Sainte-Foy. Il y est demeuré jusqu’à ce qu’il s’évade et alerte les policiers, en 2014. Il avait alors 21 ans. 

Durant toute cette période, «Josh a fait l’objet d’agressions physiques, d’abus psychologiques, de harcèlement criminel et sexuel», peut-on lire dans la requête introductive d’instance de 51 pages. 

Josh Seanosky réclame conjointement 4,7 M$ à l’Association des églises baptistes évangéliques du Canada, à l’Association d’Églises Baptistes Évangéliques au Québec, au Séminaire baptiste évangélique du Québec ainsi qu’aux Églises baptistes de Victoriaville, Chauveau et Québec-Est. 

Il accuse ces organisations d’avoir fait la promotion de la violence ou de s’être rendues «complices» des abus commis par Claude Guillot en ne le dénonçant pas aux autorités policières, alors qu’elles avaient la connaissance ou devaient avoir connaissance de cette violence. 

  • Écoutez la rencontre Gibeault-Dutrizac avec Nicole Gibeault, juge à la retraite au micro de Benoit Dutrizac sur QUB radio:

Il réclame aussi 200 000$ personnellement à l’américain Garry Ezzo, qui aurait propagé à partir des années 1980 aux États-Unis une «dérive de violence envers les enfants» et qui se serait associé avec la haute direction des associations baptistes canadiennes et québécoises. 

Dès la fin des années 1980, Ezzo aurait partagé ses enseignements par l’entremise de conférences faisant la promotion d’un mode de violence contre les enfants auprès des adeptes baptistes du Québec. Des livres ainsi que des bâtons de bois et des lanières de cuir pouvaient être distribués. 

Ces «principes violents» énoncés par Garry Ezzo auraient été prônés à l’église-école baptiste La Bonne Semence, à Victoriaville, que Claude Guillot a dirigé de 1982 à 1984. Guillot a été congédié de cette école en «en raison des abus démesurés» qu’il faisait subir aux enfants. Personne n’a contacté la police à la suite de ces événements.

Josh Seanosky dénonce la culture de violence, de silence et de complicité entourant cette décision, surtout que Claude Guillot a ensuite été accueilli à l’Église Chauveau, à Québec, où il a gravi les échelons. 

En 1999, l’Église baptiste Québec-Est – une église «fille» de Chauveau – aurait implanté dans le sous-sol de Claude Guillot une école clandestine qui prônait «la violence contre les enfants avec un objet contondant». 

C’est là que Josh Seanosky a été «soumis à de mauvais traitements déviants». 

Et encore une fois, personne n’a signalé le pasteur aux autorités compétentes. 

«[L’Église Québec-Est] n’a non seulement jamais dénoncée les abus dont Josh a été victime, mais plusieurs de ses membres ont également participé directement et activement aux nombreuses violences exercées contre les enfants», peste-t-il. 

Il réclame de plus un total de 300 000$ à trois «complices» et administrateurs de l’Église baptiste de Québec-Est soit son père, Réal Seanosky, la fille et «bras droit» du pasteur, Isabelle Guillot, ainsi que Daniel Jacques, qui n’ont pas non plus dénoncé les abus perpétrés par Guillot. 

Josh Seanosky dit souffrir aujourd’hui d’un choc post-traumatique complexe et d’un trouble de la personnalité. Il est entre autres incapable d’assumer les activités quotidiennes, se sent constamment épuisé et est intolérant à toutes formes de stress. 

Notons que cette poursuite survient alors que Josh Seanosky s’est retiré, en juillet dernier, de l’action collective initiée contre son agresseur et des organisations baptistes. Cette dernière suit son cours.  

Extraits: 

«Guillot a fait de Josh une personne isolée, sévèrement limitée dans sa capacité de développer son identité, son autonomie, sa personnalité et sans système de défense, bref à sa merci totale.» 

«Les défendeurs sont responsables conjointement et solidairement des dommages subis par Josh, autant ceux qui ont pratiqué la violence armée, que ceux de la haute direction par leur inaction, leur aveuglement volontaire et leur complicité tacite, que ceux qui ont conçu cette dérive de violence puis en ont fait la promotion et que ceux qui ont fourni les outils de violence ainsi que les armes à ceux qui pratiquaient la violence armée.» 

«Cette dérive a fait de ce milieu un endroit dangereux pour les enfants où un agresseur a été protégé par les institutions de ce milieu au détriment d’enfants, des êtres vulnérables, dont le demandeur, qui eux devaient et méritaient d’être protégés.» 

«Les abus dont Josh fut victime ont été faits au vu, au su et avec l’approbation des membres de [l’Église Québec-Est], dont Guillot était le pasteur principal et le président du conseil.» 

«Cette culture du silence favorise la protection des abuseurs ainsi que la perpétration et la continuation de leurs abus.» 

«Le demandeur a été victime d’un système dont les nombreux acteurs ont échoué lamentablement à leur mission première qui était non seulement d’assurer la protection de l’enfant, mais aussi de garantir le respect de ses droits fondamentaux.»  

« Josh n’est jamais sorti de chez Guillot »

Martin Lavoie, Le Journal de Québec

Quebec
Photo Stevens LeBlanc

Josh Seanowsky a livré, lundi devant les médias, un vibrant témoignage des tortures subies et de ses motivations derrière sa poursuite de 5,4 millions $.

« Je vis au quotidien avec plusieurs diagnostics de santé mentale ainsi que des limitations physiques et psychologiques sévères résultant des 13 années de tortures chez Claude Guillot. Les experts médicaux qui m’ont examiné tour à tour ont confirmé mes limitations à fonctionner normalement en société et à pouvoir vivre et travailler normalement », a d’abord expliqué la victime, parlant avec aplomb.

Il a ensuite affirmé qu’il ne pouvait plus travailler, et ne le pourra pas dans un avenir prévisible.

« Je ne suis pas qui je suis maintenant parce que je suis né ainsi, mais parce qu’on m’a torturé. Je conserve ses séquelles malgré des années d’efforts assidus en thérapie et en réadaptation. Pratiquement tout a été essayé », a-t-il raconté.

Si maigre

Le célèbre psychiatre Pierre Mailloux agira comme témoin expert dans la cause. 

« Josh a été exposé à des traitements dont je ne croyais pas qu’ils pouvaient exister en l’an 2000. Il a été séquestré et torturé dès l’âge de 8 ans. Vous n’oserez pas croire, il pesait 106 livres (48 kg) lorsqu’il s’est enfui à 21 ans. La misère a été extrême », a-t-il rappelé. 

Le psychiatre, Pierre Mailloux
Photo Stevens LeBlanc
Le psychiatre, Pierre Mailloux

« Au quotidien, il revit ce qu’il a vécu durant 13 ans. Le handicap est là. Il ne pourra pas avoir une vie décente. Josh n’est jamais sorti de chez Guillot. Il est encore mentalement presque dans le sous-sol de Guillot », a ajouté le réputé expert.

Un article à revoir

Josh Seanowsky affirme demeurer solidaire des autres victimes de Claude Guillot qui ont lancé une action collective.

Avec elles, il entend continuer de demander au gouvernement fédéral d’abroger l’article 43 du Code criminel.

Cet article confère à une personne qui remplace le père ou la mère d’employer la force pour corriger un enfant confié à ses soins pourvu que la force ne dépasse pas la mesure raisonnable.

« Guillot était convaincu qu’il utilisait une force raisonnable. Cet article est un crime envers les enfants de par son existence. Guillot et sa clique le connaissent. C’est leur élément de défense devant les tribunaux », a dénoncé le docteur Mailloux. 

Incidemment, il a coécrit un livre pour dénoncer cet article en 2002, « un an après que Josh ait été séquestré chez Guillot ».

« Je souhaite aussi que les gouvernements provinciaux examinent ces situations où des enfants comme moi se retrouvent dans des milieux religieux fermés et abusifs », a ajouté Josh Seanowsky.

Il a souligné qu’au fil des années « cinq ou six dénonciations à la DPJ » des actes perpétrés chez Claude Guillot n’avaient pas été retenues.

Quebec
Photo Stevens LeBlanc

Josh Seanowsky avec une reproduction de la palette en bois avec laquelle Claude Guillot le battait.

Le célèbre psychiatre Pierre Mailloux sera témoin expert dans la cause de Josh Seanowsky.

CE QUE JOSH SEANOWSKY A DIT

-« La semaine passée, j’ai pu savourer la fin de ce combat pénible lorsque celui qui fut mon bourreau pendant 13 ans, le pasteur Claude Guillot, a pris le chemin de la prison. Ce furent huit années très difficiles, coûteuses aux niveaux physique, psychologique et émotionnel. »

-« Je ne suis plus le même homme qu’avant d’entreprendre cette démarche. Je ne regretterai jamais d’avoir dénoncé. En plus de m’avoir fait énormément grandir, ce processus a donné le courage à tant d’autres victimes de dénoncer elles aussi. »

-« Claude Guillot n’est que le symptôme et le disciple de leur idéologie déviante. Il n’aurait pas pu faire tout ce mal sans apport du milieu religieux qui l’a endossé, protégé et promu en position d’autorité. »

« Il y a au-delà de Guillot tellement d’organisations et d’individus qui partagent la responsabilité de ce dont j’ai souffert. Ils n’ont pas mis fin à ses crimes ni dénoncé cet homme. Mais surtout, ces organisations ont mis en place une idéologie de violence systémique, de violence armée envers des enfants. »

« La culture d’agression des enfants dans ce milieu est le résultat d’un effort concerté des plus hautes instances baptistes vers les pasteurs et ensuite les parents. S’ils n’ont pas dénoncé Guillot, c’est que la très grande majorité d’entre eux ne peuvent pas le pointer du doigt parce qu’ils ont du sang sur les mains. »

« C’est une philosophie de violence selon laquelle un enfant est un monstre dès sa naissance, donc un être humain inférieur à l’adulte, donc de le frapper avec des objets est vital pour extraire le mal de son être. »

« Guillot s’est fait enseigner cette philosophie et en bon élève il a su appliquer à la lettre ce qu’il a appris. »

« Je suis loin d’être le seul à avoir conservé des séquelles de ces gestes et Guillot est loin d’être le seul agresseur dans ce milieu. »

« J’aimerais m’adresser aux gens de ces organisations baptistes. C’est le temps pour vous de vous lever et d’afficher votre dissidence. De vous repentir collectivement de ces dérives, de vous tenir debout pour la justice et la vérité. C’est à vous de faire le ménage parmi vos dirigeants corrompus. »

« Il y a eu un avant Guillot et un après Guillot. Les choses vont changer en profondeur et je compte bien y contribuer significativement. »

« On se faisait dire que c’était de notre faute si on se faisait frapper, qu’on était des monstres, de mauvais enfants, qu’on méritait ce qui nous arrivait. »

« J’ai développé une grande résilience. Je me réfugiais dans un autre monde et dans ma tête un jour ça allait être terminé. J’ai cheminé depuis. J’ai passé près de me suicider. Mais j’ai compris que j’allais devoir transformer cela en positif. C’est cette énergie d’avoir une raison d’être qui m’amène à me battre comme ça. »

 Guillot était loin d’être un cas isolé. J’invite toutes les autres organisations baptistes à dénoncer. Je l’ai fait, ce n’est pas facile, mais c’est très libérateur. C’est de même qu’on va faire changer les choses. »

CE QUE PIERRE MAILLOUX A DIT

« Josh a de l’énergie par rapport à ça (le combat contre les abus subis). Mais dès qu’il s’adonne à une tâche même minuscule, il tombe comme une roche. Aider les autres est probablement une voie qui pourra l’aider à s’en sortir graduellement. »

« Les individus comme Guillot dans ma carrière ont causé beaucoup de tort à des personnes qui m’ont consulté au point que j’ai pris 12 000 $ de ma poche pour faire un bouquin afin de faire abolir l’article 43 du Code criminel du Canada qui incite les parents à frapper les enfants. » (Il a écrit le livre Pour l’amour des enfants, non aux châtiments corporels avec Jacques Beaulieu en 2002.)

« Cette palette (utilisée par Guillot) peut tuer ou causer des fractures importantes. »

Vous avez un scoop à nous transmettre?

Vous avez des informations à nous communiquer à propos de cette histoire?

Vous avez un scoop qui pourrait intéresser nos lecteurs?

Écrivez-nous à l'adresse ou appelez-nous directement au 1 800-63SCOOP.

Commentaires

Vous devez être connecté pour commenter. Se connecter

Bienvenue dans la section commentaires! Notre objectif est de créer un espace pour un discours réfléchi et productif. En publiant un commentaire, vous acceptez de vous conformer aux Conditions d'utilisation.