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Le Canadien, Price et l’art de mal paraître

Le gardien a affirmé qu’il savait ce qu’était la tragédie de Polytechnique

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Photo d’archives, Chantal Poirier Carey Price lors d’un point de presse, en septembre 2019, lors du Tournoi de golf annuel pour la Fondation des Canadiens pour l’enfance.

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Contrairement à ce que le Canadien avait déclaré, Carey Price a affirmé mardi qu’il était au fait de la tragédie de Polytechnique. Ce qui signifie que l’une des deux parties ment, affirment des experts en gestion de l’image publique. 

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Et « la règle de base en gestion de crise, c’est de ne pas mentir », explique Sophie Villeneuve, vice-présidente stratégie chez Catapulte.  

Aux yeux de Mme Villeneuve, « le Canadien vient s’inscrire dans un déficit de crédibilité, car il y a une déclaration formelle qui a été désavouée ». 

« Pour [l’organisation], cela pourrait avoir un impact au niveau de la crédibilité auprès des journalistes et du public, quand elle va tenter de dévier une histoire ou d’amener des excuses », précise-t-elle. 

« Ce n’est pas par une recrue qui pourrait plaider qu’elle n’est pas habituée à concilier avec des enjeux publics, ajoute Mme Villeneuve. Price, ça fait 15 ans qu’il a un micro sous le nez après chaque match, après chaque entraînement. Il connaît le fonctionnement de tout ça. »

Lundi, France Margaret Bélanger, présidente, sports et divertissement du Groupe CH, a dit à Radio-Canada que Price « n’était pas au courant des événements tragiques du 6 décembre 1989 ».

Price ne savait pas plus des initiatives marketing de la Coalition canadienne pour les droits des armes à feu [CCDAF], qui offrait aux clients magasinant des articles à son effigie d’utiliser le code promotionnel « POLY » pour obtenir un rabais.

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Il comprend « le poids »

Puis, mardi, Price a démenti cette affirmation par l’entremise de son compte Instagram. 

« Malgré une déclaration publiée précédemment, j’étais au courant de la tragédie », a-t-il publié, mentionnant également qu’il « fait partie de la communauté montréalaise depuis 15 ans » et « qu’il comprend le poids que cette journée représente dans la communauté. » 

« Soit Carey Price n’était pas au courant, mais il n’a pas voulu porter le poids de dire qu’il a été à Montréal pendant 15 ans et qu’il n’était pas au fait d’une telle tragédie, soit le Canadien a voulu l’excuser et ne pas porter l’odieux d’une telle affirmation », s’interroge Mme Villeneuve. 

« Visiblement, la coordination ne s’est pas faite ou l’une des deux parties n’a pas dit la vérité, c’est possible », a analysé Patrick Howe, président de Consulat RP, en entrevue à LCN.  

Un « bris de confiance »

M. Howe se disait aussi « curieux de savoir comme le Canadien allait [maintenant] réagir », considérant que les options de l’organisation « étaient limitées ». 

Mme Villeneuve, elle, estime « que quelqu’un va devoir prendre le blâme pour un mensonge et ça, c’est un bris de confiance ». « Publiquement, c’est un prix très lourd à payer. »

France Margaret Bélanger et Geoff Molson, le propriétaire et président du Canadien, ne donneront pas d’entrevue à ce sujet, a d’ailleurs répondu l’organisation aux demandes du Journal

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« Indécent »

La controverse a trouvé écho jusqu’à l’Assemblée nationale, mardi, en cette journée de commémoration de la tragédie. Le gardien y a essuyé des critiques des libéraux et des solidaires. 

Chef par intérim du Parti libéral du Québec, Marc Tanguay, a jugé que Price a fait preuve d’un « manque de jugement », tandis que Manon Massé, la porte-parole de Québec solidaire, a qualifié « d’indécent » l’appui du numéro 31 à la CCDAF. 

Paul St-Pierre Plamondon s’en est plutôt pris à ceux qui ont « mal informé » Price. « Ce que je veux savoir, c’est qui [l’]a approché en préparation de cette sortie ? » a commenté le chef du Parti Québécois.

Même si la polémique des derniers jours « n’est bonne pour personne » et que « c’est sûr qu’il y a des échanges qui n’ont pas eu lieu », Bernard Motulsky, professeur au Département de communication sociale et publique de l’UQAM, croit que Carey Price a peut-être remis « un peu le couvercle sur la marmite ».

« Ce sont des excuses, il s’est expliqué. Il n’y a pas grand-chose d’autre à dire que ça », estime M. Motulsky. 

– Avec la collaboration de Jean-François Chaumont et de Gabriel Côté, Agence QMI 

Le fil des événements

22 novembre

La prémisse

Le député libéral Paul Chiang, un ancien policier, propose d’amender le projet de loi C-21 concernant le contrôle des armes à feu au Canada. Il souhaite modifier la définition « d’armes prohibées » qui est prévue au Code criminel pour ainsi interdire d’autres types que celles qui sont déjà bannies. La proposition soulève un débat houleux.

Fin novembre

L’élément perturbateur

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Photo tirée du compte Instagram @cp0031 (Carey Price)

Via sa boutique en ligne, la Coalition canadienne pour les droits des armes à feu, un lobby proarme, offre jusqu’à 10 % de rabais sur des vêtements et différents produits dérivés à l’effigie de sa marque aux clients qui utilisent le code promotionnel « POLY ». Une promotion faisant référence à la tuerie du 6 décembre 1989, survenue à Polytechnique Montréal, dans laquelle 14 femmes ont été assassinées.

3 décembre

Price ajoute son grain de sel

Sur son compte Instagram, Carey Price publie une photo de lui où on le voit debout dans un champ, vêtu d’un habit de camouflage, un fusil de chasse en main. Une publication qui vise à dénoncer vivement le projet de loi C-21. Il fustige Justin Trudeau et affiche son soutien à la Coalition canadienne pour les droits des armes à feu.

« J’aime ma famille, j’aime mon pays et je me soucie de mon prochain. Je ne suis pas un criminel ni une menace pour la société. Ce que Justin Trudeau essaie de faire est injuste. Je soutiens la CCDAF (Coalition canadienne pour les droits des armes à feu) afin de garder mes outils de chasse. »

5 décembre

L’appel au calme

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Photo d'archives, Agence QMI

Marco Mendicino, ministre fédéral de la Sécurité publique, précise que l’arme que tient Price sur la photo, un Benelli de calibre .12 et comprenant un chargeur détachable, est légale et continuera de l’être même après l’adoption de la loi C-21 et de ses amendements. « Nous ne ciblons pas les chasseurs, les propriétaires des armes à feu. Nous ciblons les armes d’assaut, les armes de style
de guerre. » 

Midi

Les pompiers au travail

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Photo d’archives, Chantal Poirier

Le Canadien tente d’éteindre le feu sur différents fronts. D’abord, France Margaret Bélanger, présidente, sports et divertissement du Groupe CH, déclare à un journaliste de Radio-Canada que Price « n’était pas au courant des événements tragiques du 6 décembre 1989 ni des récentes initiatives marketing de la Coalition ». Chantal Machabée, vice-présidente, communications hockey, y va d’une déclaration similaire sur les ondes de TVA Sports.

Après-midi

La ligne de parti

Après l’entraînement matinal tenu à Vancouver, coéquipiers et entraîneur du Canadien adoptent la ligne de partie et répètent le même message. « Je ne suis pas certain que Carey soit au courant de tout ce qui s’est passé [...] Côté circonstances, la date approche, mais Carey, c’est un gars sensible, un gars de famille. Je ne crois pas qu’il avait des intentions malicieuses. » 

Fin d’après-midi

Il réagit sur Twitter

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Photo tirée Twitter

Cette fois, c’est via son compte Twitter que l’athlète de 35 ans sévit dans deux publications distinctes.

D’abord : « Mes opinions sont les miennes et j’y tiens. La seule raison pour laquelle j’ai soulevé cette question, c’est en raison de ce qui est discuté en ce moment et non pas pour manquer de respect à qui que ce soit. Je ne suis pas non plus en accord avec le code promotionnel. »

Puis, il ajoute : « Je continue d’appuyer mes amis chasseurs et tireurs sportifs qui ont acquis leur bien de façon légale et de façon sécuritaire. »

Soirée

La tentative de sauvetage

Une fois de plus, le Canadien tente d’étouffer l’affaire, en annonçant avoir fait un don à la campagne Semaine de la rose blanche, un organisme affilié à Polytechnique Montréal. Dans le même communiqué, réitérant que « Carey n’était pas au fait de la récente campagne marketing du CCDAF ni du synchronisme non intentionnel de sa déclaration », l’organisation montréalaise s’excuse « à tous ceux offensés ou bouleversés par le discours engendré à ce sujet dernièrement. »

6 décembre

La pointe au Canadien

Tourné en ridicule sur différentes tribunes, Price refuse de plaider l’ignorance, ce qui va à l’encontre du message véhiculé, la veille, par le Tricolore. Sur Instagram, il y va de la déclaration suivante : « Malgré une déclaration publiée précédemment, j’étais au courant de la tragédie. Je fais partie de la communauté montréalaise depuis 15 ans et je comprends le poids que cette journée représente dans la communauté. »

Plus loin, il poursuit : « N’ayant pas le contrôle sur le moment du dépôt de cet amendement, les opinions que j’ai partagées restent identiques. Je comprends toutefois que les conversations relatives aux armes ont fâché cette semaine plusieurs personnes ayant été touchées par les événements de 1989 et je tiens à m’en excuser. »

– Jonathan Bernier

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