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Harcèlement: attention à la double-victimisation

Stop sexual harassment and violence against women, rape and sexual abuse concept, The concept of stopping violence against women and rape. International Women's Day
Photo Adobe Stock Une victime recherche d’abord etavant tout une reconnaissance desa victimisation.

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Mes trois dernières chroniques portaient sur le harcèlement. Celui qui touche les jeunes et que l’on nomme «intimidation» ; et celui qui se retrouve dans le milieu du travail, soit le harcèlement psychologique, sexuel et discriminatoire. Plusieurs personnes m’ont contactée afin de me faire part de leurs expériences.

Deux éléments émergent de ces témoignages : la dénonciation et la fausse accusation. Deux solitudes qui vivent pourtant les mêmes préjudices. Les victimes de harcèlement tout comme celles de fausses accusations ne sortent généralement pas indemnes d’un processus de dénonciation : impact sur leur carrière et la famille, épuisement, anxiété, dépression, perte de revenu et, pour certains, suicide.  

Quelques histoires...

Sylvain travaille dans le domaine de la santé mentale dans un CIUSS. Il me raconte qu’à la suite d’un changement de gestionnaire, le climat de travail devient vicié à un tel point que plusieurs membres de son équipe sont transférés ou en maladie. Un de ces collègues se serait même suicidé en 2013 après une rencontre, une de trop, avec cette gestionnaire. Cependant, Sylvain résiste et dénonce. Avec l’appui plutôt mollasson de son syndicat, un revirement de situation s’opère : sa gestionnaire l’accuse d’être un harceleur. Sylvain finit par quitter cet endroit avec une entente, mais garde encore une marque, celle de ne pas avoir été traité comme une victime. 

Marcel a été accusé de harcèlement psychologique par une de ses collègues. Au bout du processus d’enquête, il s’est avéré que la plainte était frivole. La soi-disant victime a été sanctionnée, mais Marcel vit dans la peur du regard des autres. Il a tout de même été transféré dans un autre département comme s’il était fautif. Incompréhension, colère, sentiment d’injustice. 

Éric est ingénieur et gestionnaire. Il a occupé plusieurs postes de direction. Durant sa période universitaire, il a été victime de harcèlement psychologique. Dénigrement, insultes, vols intellectuels. Il a tout expérimenté sous l’omerta professorale et celle de la direction. Éric reste marqué par cette période sombre de sa vie, parce que les harceleurs s’en sont sorti. 

Quel est le dénominateur commun de ces histoires? Un processus de dénonciation qui laisse un goût amer. 

Que veulent les victimes ?

Bien plus que la sentence, la punition ou la conséquence, une victime veut être crue et reconnue. L’accueil de sa souffrance et de son histoire est déjà un pas vers la guérison. 

Par conséquent, si une dénonciation tourne mal, la souffrance de la victime et son impuissance décuplent. Elle a le sentiment d’être incomprise, rejetée et seule face à l’événement traumatique. Elle vit une déception profonde face à ce système en qui elle avait de grandes attentes. 

Ce phénomène est bien connu en victimologie. Il porte le nom de double ou seconde victimisation. Il ne découle pas forcément du résultat d’une dénonciation, mais bien plus de la manière dont elle a été traitée.  

En terminant, je tiens à vous souhaiter une belle période des fêtes dans la joie et la bienveillance. À l’année prochaine!

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