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Homicide en 2022: un sommet jamais vu depuis 2004

Le Québec a atteint le cap des 110 victimes d’homicide pour la première fois en près de 20 ans

FD-MEURTRES-MONTREAL
Photo d'archives, Agence QMI André-Fernand Lemieux, le père du boxeur David Lemieux, a été tué en attendant l’autobus à Montréal, le 2 août dernier. La balle a traversé la vitre de l’abribus du boulevard Jules-Poitras. Il a été une des victimes choisies au hasard par le tireur fou Abdoula Shaikh.

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L’année qui s’achève aura été particulièrement meurtrière au Québec. Pour la première fois depuis près de 20 ans, on y a dénombré 110 victimes d’homicides.

Au moins 110 personnes ont été tuées au Québec en date d’hier, selon une recension du Journal. L’an dernier, Statistique Canada en comptait 88 dans la province. 

Il faut remonter à 2012 pour atteindre le cap de la centaine, alors qu’on a dénombré 109 victimes. Le Québec s’approche aussi d’un triste sommet inégalé depuis 2004, où 111 individus avaient été tués.

Les enquêteurs spécialisés n’ont donc pas chômé. «Ç’a été une très grosse année, clairement la plus occupée depuis les cinq dernières», a lancé le sergent Mathieu Boulianne, de l’unité des crimes contre la personne de la Sûreté du Québec (SQ).

Son équipe a travaillé depuis janvier dernier sur 51 enquêtes d’homicides. C’est 12 de plus qu’en 2021.

Le rythme des meurtres était parfois si intense que ses enquêteurs n’avaient même pas le temps de boucler une scène de crime qu’un nouvel événement s’ajoutait, les obligeant à appeler leurs collègues de garde à la rescousse.

Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a aussi connu son année la plus meurtrière de la décennie, avec 40 meurtres. «On a eu beaucoup de dossiers avec arme à feu jusqu’en septembre, ç’a été un été très chaud, particulièrement en août», a indiqué le commandant des crimes majeurs du SPVM, Jean-Sébastien Caron.

Il faisait notamment référence au tireur fou, qui a fait trois morts en 24 h, à une victime vraisemblablement sans histoire tuée dans le stationnement d’une école secondaire et à deux meurtres commis en plein jour en 30 minutes.

Beaucoup de crime organisé 

Le crime organisé a beaucoup occupé les enquêteurs. Après une accalmie en 2021 avec cinq meurtres, la SQ s’est retrouvée avec neuf décès à élucider.

À Montréal, il y a eu 13 règlements de compte mortels, dont seulement quatre ont été réglés, a confirmé M. Caron. «Lorsque ça concerne le crime organisé, c’est beaucoup plus long, il y a plusieurs intervenants et moins de gens qui collaborent», a-t-il noté.

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PHOTO D'ARCHIVES, AGENCE QMI (MAXIME DELAND)

Certains de ces événements qui frappent l’imaginaire sont survenus à Laval et Longueuil, mais ont été pris en charge par les enquêteurs de la SQ.

C’est le cas de la fusillade en plein restaurant à Laval, dans laquelle Bernard Cherfan, un homme lié au crime organisé libanais, a été tué à bout portant alors qu’il dégustait une soupe.

Meurtres dénués de sens

Mais un meurtre sur cinq commis en 2022 au Québec serait le fruit de banales chicanes entre voisins, amis et proches.

«Parfois, pour en arriver à tuer, il suffit d’une raison et d’une mauvaise journée», a laissé tomber Mathieu Boulianne.

«La plupart du temps, c’est complètement dénué de sens», a ajouté le commandant Caron. 

Il donne en exemple le récent cas d’une chicane au travail qui a viré au drame dans l’arrondissement Saint-Laurent, à Montréal.

Fait inquiétant : près de 30 % des meurtres ont été commis par un membre de la famille, que ce soit un conjoint, un parent, un enfant, une sœur ou un neveu.

«C’est un drame toutes les fois. Ce sont des gens normaux dans bien des cas», a ajouté le capitaine Marc Lépine, de la SQ.

Pas toujours de réponse

Par ailleurs, si plusieurs mesures ont été créées pour éviter la violence faite aux femmes, presque autant sont mortes des mains de leur conjoint ou ex que l’an dernier (voir plus bas).

Les enquêteurs travaillent toujours d’arrache-pied pour donner le maximum de réponses aux proches, mais parfois, ils ne parviennent pas à bien saisir ce qui a pu se passer dans la tête d’un tueur au moment de passer à l’acte.

«Même parfois après l’enquête, on n’a pas toujours certaines réponses, ça reste difficile de mettre une étiquette, il subsiste quelquefois des zones grises», a expliqué le policier Boulianne.


♦ D’autres meurtres ont aussi été commis à Québec, à Gatineau ainsi que dans le Nord-du-Québec. On compte huit homicides dans cette dernière région, ce qui en fait l’endroit le plus meurtrier par habitant de la province.

110 victimes

  • 70 hommes
  • 26 femmes
  • 14 mineurs 

84 Accusés

  • 66 hommes
  • 11 femmes
  • 7 mineurs  

Tués par 

Arme à feu : 32

Arme blanche : 31

Force : 14

Incendie : 7

Noyade : 4

Objet contondant : 3

Explosion : 2

Autre/Inconnu : 17

Des vies enlevées qui frappent l’imaginaire

ENCORE BEAUCOUP DE FÉMINICIDES 

Même si le nombre de femmes assassinées par un conjoint ou un ex-conjoint a diminué, le problème de la violence conjugale ne semble pas réglé au Québec. En effet, en 2022, pas moins de 14 femmes ont perdu la vie dans un tel contexte. La majorité des victimes ont péri alors qu’elles se trouvaient à leur domicile. La dépouille de Karine Bélanger a pour sa part été découverte dans une voiture calcinée, en Beauce. La plus jeune victime était Gisèle Itale Betondi, 29 ans. En septembre, elle a été violemment attaquée dans le stationnement de son logement par son ex-conjoint, et ce, devant ses trois enfants. Annie Di Lauro, 90 ans, a pour sa part été battue à mort par son conjoint dans sa résidence pour personnes âgées de Vaudreuil-Dorion en octobre. L’année précédente, 17 féminicides seraient survenus au Québec. 


TUÉS À LA VUE DE TOUS 

L’intérieur du restaurant La perle vietnamienne où a été abattu Bernard Cherfan à Laval le 1er juin.
Capture d'écran, TVA Nouvelles
L’intérieur du restaurant La perle vietnamienne où a été abattu Bernard Cherfan à Laval le 1er juin.

​Les criminels ont de moins en moins de scrupules et ne se gênent pas pour faire feu en public, sans égard à la sécurité d’autrui. À au moins sept reprises à Montréal et à Laval, des victimes sont tombées sous les balles alors qu’elles étaient attablées dans un restaurant, qu’elles sortaient d’un commerce ou qu’elles étaient en voiture dans un quartier achalandé. La majorité de ces homicides seraient liés au crime organisé. Seulement deux d’entre eux ont été élucidés. 

«C’est sûr que ça touche l’imaginaire de monsieur et madame Tout-le-Monde. Quand tu vas au Centre Rockland, au restaurant, la dernière chose que tu veux voir, c’est quelqu’un qui se fait tirer [dessus]», a lancé Jean-Sébastien Caron, du SPVM. 


PLUS D’ENFANTS ASSASSINÉS 

L’embarcation des plongeurs venus chercher un poupon dans la rivière des Mille-Îles à Laval.
Photo d'archives, Agence QMI
L’embarcation des plongeurs venus chercher un poupon dans la rivière des Mille-Îles à Laval.

Depuis 10 ans, jamais autant d’enfants n’ont été assassinés. Dix petits âgés de 1 mois à 13 ans ont été tués, dans sept événements distincts. Janvier a particulièrement été funeste : il y a d’abord eu un enfant de 11 ans tué par un adolescent de 12 ans à Akulivik, dans le Nord-du-Québec. Puis un beau-père de Mont-Laurier accusé d’homicide involontaire. Le lendemain, un papa a provoqué volontairement l’explosion de sa maison au Saguenay, emportant avec lui ses deux enfants. 

En septembre, une maman se serait volontairement jetée d’une falaise dans un parc à Rivière-du-Loup, avec son bébé de six mois dans les bras.

Une semaine après, un père de Brossard a été accusé d’avoir poignardé sa conjointe et enlevé la vie de leurs deux enfants. Un autre père fait aussi face à la justice pour avoir tué ses adolescents de 11 et 13 ans à Laval. Le triste palmarès se termine avec une mère qui s’est jetée dans la rivière des Mille-Îles en voiture, tuant son poupon d’un mois. Elle est décédée plus tard, mais sa fille aînée a survécu.


DES CORPS INCENDIÉS 

Un policier scrutait les décombres d’un incendie dans lesquels un bras avait été découvert à Sainte-Agathe-des-Monts en mars dernier.
Photo d'archives, Agence QMI
Un policier scrutait les décombres d’un incendie dans lesquels un bras avait été découvert à Sainte-Agathe-des-Monts en mars dernier.

Des meurtriers ont pris des mesures extrêmes pour tenter d’éliminer des traces de leur crime : les corps de huit victimes ont été découverts après l’incendie d’une résidence ou d’un véhicule dans les 12 derniers mois. 

À Montréal, deux individus ont été retrouvés sans vie dans des coffres de voitures calcinées, dont Hugues Leblanc, un trafiquant de drogue lié aux Hells Angels. 

Les corps de trois femmes, qui auraient été victimes de leur conjoint ou ex-conjoint, ont également été retrouvés dans des décombres. C’est notamment le cas de Louise Avon qui a été retrouvée lors d’une inspection de routine après l’incendie de sa maison de Sainte-Agathe-des-Monts, dans les Laurentides. Une autre a aussi été retrouvée dans son logement incendié à Sorel et une autre encore dans un véhicule calciné en Beauce. 

Une neuvième victime serait décédée au début du mois lorsque son véhicule a pris feu après une violente collision.


PARENTS TUÉS PAR LEURS ENFANTS 

Un policier surveillant l’appartement d’un homme de 75 ans poignardé à mort le 19 avril à Montréal.
Photo d'archives, Agence QMI
Un policier surveillant l’appartement d’un homme de 75 ans poignardé à mort le 19 avril à Montréal.

Sept hommes, dont six dans la vingtaine, ont enlevé la vie à leur père, leur beau-père, ou même, dans un cas, à leurs deux parents. Tous ont perdu la vie dans leur résidence. La majorité des victimes ont été tuées par arme blanche, mais deux ont été battues à mort. Plusieurs des accusés ont dû subir une évaluation psychiatrique pour savoir s’ils étaient aptes à être jugés.


DES MEURTRES AU HASARD 

Au moins cinq personnes en 2022 semblent avoir perdu la vie parce qu’elles ont eu le malheur de croiser la route d’individus visiblement troublés. Le cas le plus frappant concerne les trois hommes abattus froidement par un pur inconnu. L’homme de 26 ans a sévi pendant un peu moins de 24 heures, avant d’être tiré par des policiers venus l’arrêter. Plus tôt en juin, Jocelyne Lessard aurait été étranglée par un inconnu qui tentait de rentrer chez elle. Une aînée de Montréal aurait aussi été tuée par une étrangère, dans sa résidence pour personnes âgées du quartier Rosemont.

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