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Quand le Bye Bye fait la morale

ART-BYE-BYE-CRITIQUE
Photo fournie par Radio-Canada

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J’ai longtemps été un enthousiaste du Bye bye.

À 23 h, le 31 décembre, tout le Québec s’arrêtait pour faire le bilan d’une année traversée ensemble.

Tradition

C’était un véritable vecteur de cohésion collective, une tradition formidable.

Certaines éditions sont devenues de véritables classiques.

Mais la formule s’est grippée.

On me répondra que le débat sur le Bye bye est une autre tradition. Ce n’est pas faux.

Mais quelque chose de plus profond se joue aussi. On l’a vu samedi dernier.

  • Écoutez la rencontre Mathieu Bock-Côté et Richard Martineau diffusée chaque jour en direct 10 h via QUB radio :

Disons-le simplement : peu à peu, le Bye bye a cessé de s’intéresser avec humour à l’année de la société québécoise. Il parle moins de la société québécoise et du monde que de la télévision québécoise, devenue autoréférentielle. Il suffit de ne pas être à jour sur nos séries télé pour ne plus comprendre grand-chose à la revue de fin d’année. Le milieu artistique croit parler à la société québécoise, mais se parle d’abord à lui-même. Il fonctionne à coup d’inside jokes.

Mais plus encore, ce petit milieu se sent de plus en plus investi d’une mission moralisatrice. D’une année à l’autre, il semble vouloir reprendre la fonction des curés d’antan, en nous disant quoi penser, et quoi ne pas penser.

On connaît la chanson : le Québec serait raciste, les minorités seraient dominées, les conservateurs seraient imbéciles, et ainsi de suite.

Naturellement, il y a la concession annuelle au politiquement incorrect, pour tenir compte, aussi, de la sensibilité populaire. C’était cette année le sketch portant sur la censure d’un vieil épisode des Filles de Caleb par Netflix. Toute la bêtise de l’époque s’y trouvait, et était brillamment dénoncée. Comme si d’un coup, nos artistes sortaient du catéchisme politiquement correct pour blaguer, en se moquant de ce qu’ils adorent publiquement sinon à temps plein.

Écoutez Les idées mènent le monde, une série balado qui cherche a éclairer, à travers le travail des intellectuels, les grands enjeux de sociétés.

Mais c’était l’exception, pas la règle.

J’ai une hypothèse.

Les artistes, au fond d’eux-mêmes, sont écartelés.

D’un côté, ils savent ce qu’ils doivent répéter comme slogans pour fonctionner dans leur milieu, pour obtenir des subventions, pour pouvoir travailler, tout simplement. Leur milieu, ne l’oublions pas, est le plus conformiste qui soit.

Je n’exclus toutefois pas que certains comédiens ou humoristes adhèrent réellement aux niaiseries wokes. Peut-être qu’à force de donner des gages au système, ils s’y convertissent, et font alors du zèle pour le faire savoir médiatiquement.

Conformisme

De l’autre côté, plusieurs artistes étouffent.

Qui fréquente notre colonie artistique en dehors des heures de travail entendra plusieurs de ses éminentes figures dire à quel point elles n’en peuvent plus de leur milieu.

Tel cinéaste chuchotera à quel point il en a marre d’être exclu d’un nombre considérable de subventions parce qu’il a le mauvais goût d’être blanc.

Telle romancière confessera son exaspération du soupçon généralisé jeté sur les relations entre hommes et femmes, comme si le désir entre les sexes était irréductiblement lié à la « culture du viol ».

Mais l’essentiel demeure : le 31 décembre, les Québécois rassemblés devant leur télévision ont eu droit à un cours de morale même pas drôle.

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