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«Ce qu’elles disent»: le choc des mots

«Ce qu’elles disent»: le choc des mots
Capture d'écran Youtube

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Sarah Polley livre un scénario remarquable et une réalisation impeccable, le tout soutenu par une distribution éblouissante. 

«Women talking», c'est-à-dire «Des femmes parlent», est le roman de Miriam Toews que la cinéaste canadienne a choisi d’adapter au grand écran, passant le plus clair de la pandémie à écrire – brillamment – les dialogues des personnages, tous des Mennonites, une communauté chrétienne extrémiste.

Le fait que ces femmes parlent est, en soi, un acte subversif. Dans cette communauté, tout est fait pour qu’elles se taisent. Les femmes ne savent pas lire, les filles ne peuvent aller à école et toutes sont soigneusement cantonnées dans des tâches domestiques et maternelles.

Réunies dans une grange, elles parlent donc. De ce qui leur est arrivé. Des agressions dont elles ont été victimes la nuit, après avoir été endormies avec un tranquillisant pour le bétail. Des viols sordides dont leurs corps portent encore les marques. Leurs paroles les libèrent, rendent réelles les agressions et leur donnent un pouvoir: celui de choisir. Rester? Partir? Ne rien faire?

Ona (Rooney Mara), Salome (Claire Foy), Mariche (Jessie Buckley), Greta (Sheila McCarthy), Agata (Judith Ivey) et Scarface Janz (Frances McDormand) parlent. De ce pouvoir qu’elles découvrent. De morale, de pardon, d’oubli, de leurs enfants. D’espoir aussi. Elles parlent des hommes. Et elles parlent à August (Ben Wishaw), le professeur qui tient les minutes de leur réunion puisqu’elles ne savent pas écrire.

On assiste, hypnotisé, à leurs discussions, à leurs plaisanteries, à leurs interrogations, à leurs digressions maternelles. On regarde, médusé, les émotions transformer leurs visages. Ona, enceinte, radieuse, Salome en colère, Mariche hantée par ses souvenirs... et Janz murée dans son silence. Pas de doute, Sarah Polley a choisi toutes ses actrices – et son acteur – avec brio, leurs traits reflétant l’âme de leur personnage. La mise en scène de Sarah Polley est remarquablement poétique, son souci du détail et de la précision devenant une forme d’épure grâce à la direction de la photographie de Luc Montpellier, le tout étant magnifié par la trame sonore de Hildur Guðnadóttir.

Oui, ces femmes parlent. Écoutons-les.

  • Note: 4,5 sur 5
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