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La grossièreté est payante au Québec

Dans le deuxième épisode de l'émission «LOL: Qui rira le dernier», sur la plateforme numérique Amazon Prime, l'humoriste Christine Morency a pété au visage de son confrère Arnaud Soly dans le but de le faire rire.
Capture d'écran, «LOL: Qui rira le dernier» Dans le deuxième épisode de l'émission «LOL: Qui rira le dernier», sur la plateforme numérique Amazon Prime, l'humoriste Christine Morency a pété au visage de son confrère Arnaud Soly dans le but de le faire rire.

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Je voudrais d’abord remercier le lecteur qui, en réaction à ma chronique de lundi matin, me trouve courageuse d’avoir dénoncé la grossièreté triomphante de l’humour au Québec.

Quelques humoristes, friands de ce genre d’humour qui descend sous la ceinture en raffolant des organes génitaux et du «pipi caca», sont devenus rapidement prospères et ils s’en vantent. Heureusement, d’autres humoristes, devenus eux aussi millionnaires en quelques décennies, se refusent de descendre dans les bas-fonds pour engranger des recettes faramineuses.

Je me fiche donc de ceux qui me traitent de ringarde et qui considèrent que mon âge est une tare qui m’empêche d’apprécier leur «génie».

J’avais 10 ans et la grossièreté me heurtait. Elle me faisait peur, à vrai dire, parce que je ne vivais pas dans les beaux quartiers. Or, grâce à ma mère, j’ai accédé au monde de la politesse. J’ai découvert la fierté de s’exprimer bien. Je vivais avec l’espoir que l’éducation allait me sauver de ma propre famille, car l’alcool transformait les adultes qui m’entouraient en grossiers personnages.

Honte

J’ai souffert de la honte de l’ignorance tout en étant déchirée moi-même, car j’aimais mes tantes, que j’ai d’ailleurs éternisées dans mes livres et qui étaient enragées d’être de la basse classe, comme elles le disaient elles-mêmes.

Lundi, un autre lecteur a envoyé le commentaire suivant: «Désolé que notre langage ne soit plus réglementaire à vos yeux. Mais disons que bien parler est peu utile quand on a l’estomac vide ou qu’on vit dans une région au climat précaire.»

Ainsi donc, selon ce monsieur, la pauvreté et la géographie expliqueraient la grossièreté du langage. Le Québec a réussi à sortir de la pauvreté et de l’ignorance sous l’influence des communautés religieuses enseignantes. Puis la Révolution tranquille a fait sauter les verrous en démocratisant l’éducation.

Mais la grossièreté telle qu’on la constate depuis quelques décennies ne semble plus avoir de limites. Autrement dit, elle impose sa loi et rejoint un public pour qui la qualité de la langue appartient au passé et doit être mise à la poubelle.

Contraintes

La société québécoise s’accommode mal de tout ce qui ressemble à des contraintes langagières et comportementales. Paradoxalement, les wokes mènent le combat pour exclure des mots pouvant blesser une personne ou dénoncer des gestes autrefois considérés comme banals, mais ressentis maintenant comme une agression.

Pour certains humoristes, la grossièreté devient le seul critère pour juger de la qualité de leur humour. Les spectateurs se laisseraient ainsi délivrer de tous les interdits que la société leur a transmis. Cette manière d’entrer en relation avec l’Autre deviendrait alors libératrice. Quelle bêtise!

Quant au vouvoiement, on l’a condamné lorsque, vibrant de nouvelles pédagogies, on a obligé les élèves à tutoyer leurs profs et d’autres adultes à l’école. Voilà une niaiserie instaurée avec démagogie comme si le rapport maître-élèves reposait sur le copinage.

Tous les changements en éducation qui ont réussi à briser la relation d’autorité ont renvoyé l’enfant à lui-même. Seul, démuni et manipulé par les adultes, eux-mêmes infantilisés par la peur de vieillir.

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