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«Le fils»: parler du suicide chez les adolescents

«Le fils»: parler du suicide chez les adolescents
Capture d'écran Youtube

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Après Le père, pour lequel Florian Zeller a remporté l’Oscar du meilleur scénario adapté et Anthony Hopkins celui du meilleur acteur, le cinéaste et dramaturge revient avec Le fils. Entretien... 

Le sujet est grave. Nicholas (Zen McGrath) ne va pas bien. L’adolescent est en pleine dépression et ne va plus à l’école depuis plusieurs mois. Désespérée, sa mère Kate (Laura Dern) accède à sa demande d’aller vivre chez Peter (Hugh Jackman), son père, remarié à Beth (Vanessa Kirby) et tous deux parents d’un bébé. Mais l’adolescent ne va pas mieux...

La santé mentale des jeunes est au cœur de ce long métrage et Florian Zeller n’a pas succombé à la tentation de donner des réponses lors de l’adaptation de sa pièce, coécrite avec Christopher Hampton.

«Je tenais énormément à ne pas donner d’explication simpliste, a indiqué le réalisateur lors d’une entrevue avec l’Agence QMI. Pourquoi un être, à un moment, est-il en souffrance? Les personnages évoquent le divorce des parents, bien sûr, il y a sans doute des raisons traumatiques et psychologiques, mais dans la réalité, la souffrance est un grand mystère. On connaît tous des gens qui, sur le papier, auraient tout pour être heureux et qui, pourtant, sont en grande difficulté. Il y a quelque chose qui n’est pas facile à comprendre ou à résumer à une seule dimension.»

Le mal de vivre est difficilement explicable. «Il y a une dimension psychologique, bien sûr, mais aussi une dimension biochimique et parfois purement chimique. On ne sait pas forcément pourquoi, parfois, on n’a plus envie de vivre. Et je voulais justement regarder en face ce mystère, ce trou noir, et tout ce que ça déstabilise dans un écosystème familial.»

«L’histoire est surtout racontée du point de vue des parents, qui sont des parents aimants, qui sont des parents attentifs, qui tentent, même s’ils n’ont pas toujours les bonnes clés, d’ouvrir les portes et qui sont animés des meilleures intentions», a-t-il précisé.

Éviter le pire

Rappelant qu’en France, un tiers des jeunes ont des problèmes de santé mentale et que ce chiffre alarmant est sans doute le même dans d’autres pays incluant le Québec, Florian Zeller ne laisse aucun doute sur ses convictions.

«Quand il s’agit de santé physique, les choses sont beaucoup plus simples. Quand quelqu’un nous annonce qu’il a un cancer, on lui dit qu’on est là pour lui et on ne se sent pas mal de ne pas savoir comment réagir, de ne pas savoir comment ça fonctionne. On ne se demande pas ce qu’on a fait pour que cette maladie apparaisse. Dès lors qu’il s’agit de la santé mentale, les pensées de culpabilité et de responsabilité nous brouillent la vue.»

Selon l’auteur et réalisateur, la tragédie peut être évitée. «Dans ce cas particulier, la tragédie aurait pu être évitée. Elle aurait pu être évitée si les bons mots avaient été employés, si une conversation avait été engagée. Je crois que c’est ce qu’il y a d’urgent et de nécessaire. J’ai toujours été frappé par l’ignorance, par la culpabilité, par la honte concernant les sujets de santé mentale.»

«Je crois qu’il est fondamental qu’on se sente à l’aise d’avoir toutes ces conversations-là, qu’on se sente à l’aise d’aborder frontalement, sans détourner les yeux, cette souffrance pour tenter d’aider des gens qui sont en difficulté sans avoir honte. Dans Le fils, c’est un père qui, malgré toutes ses bonnes intentions, n’arrive pas à admettre qu’il n’est pas équipé pour gérer cette situation et qui ne parvient pas à demander de l’aide, qui ne parvient pas à entendre les médecins parce qu’il a l’impression qu’il doit, en tant que parent, trouver les solutions.»

Le fils: un tournage sous le signe de l’émotion pour Hugh Jackman

Hugh Jackman et Florian Zeller avaient déjà communiqué il y a des années, pour un autre projet. Mais, après les Oscars remportés par Le père, Hugh Jackman a lu la pièce Le fils. Les deux hommes ont raconté la suite lors de la conférence de presse de présentation du long métrage à la Biennale de Venise.

«Lorsque j’ai lu Le fils, j’ai ressenti un feu jusque dans mon ventre. C’était une compulsion. C’est un sentiment très effrayant, très beau, et que l’on éprouve rarement en tant qu’acteur que celui de sentir que le rôle est fait pour vous. Ce qui fait peur est qu’il est possible qu’on n’obtienne pas le rôle», a ainsi dit Hugh Jackman.

«J’ai envoyé un courriel à Florian en lui disant que s’il n’avait personne en tête, j’étais intéressé. Nous nous sommes parlé peu de temps après. Oui, je suis parti à la chasse du rôle et je suis ravi de l’avoir obtenu.»

Le réalisateur a reçu son courriel et a été touché par l’humilité et l’honnêteté de l’acteur. «J’ai senti qu’il y avait quelque chose de spécial dans son approche. Nous nous sommes rencontrés via Zoom – c’était il y a deux ans et c’était la seule manière d’entrer en contact. Ce devait être une première rencontre, je n’avais pas l’intention de prendre une décision», s’est souvenu le cinéaste.

«Et, au bout de huit minutes, je lui ai offert le rôle. J’ai ressenti quelque chose de très fort sur les raisons pour lesquelles il était connecté à cette histoire. Et j’avais l’impression qu’il pourrait explorer tous ces territoires émotifs honnêtement et humblement. Ça a été la meilleure décision de toutes, le cheminement a été joyeux, honnête et intense.»

Un tournage cathartique

En plein tournage de Le fils, Hugh Jackman a perdu son père, décédé de la COVID-19. «Je me souviens de m’être dit qu’il fallait que je m’appuie sur tout le monde. Dans le passé, lorsque je devais tourner une scène particulièrement émotive, je me retranchais dans mon propre monde. Et là, je me disais que j’avais besoin de guérir, que j’avais besoin de l’équipe, de la caméra, du son, des gens, de tout le monde. J’avais besoin de m’appuyer sur eux. Et j’ai senti la présence de mon père», a-t-il ainsi confié sur les ondes du réseau CBS.

Le fils a eu un impact durable sur le père qu’est l’acteur. Avec des enfants âgés de 22 et de 17 ans, Hugh Jackman a changé son approche parentale.

«J’ai appris que c’était normal de ne pas savoir, que c’était normal de montrer sa vulnérabilité. Maintenant, en tant que parent, je vais dire à mes enfants que je ne sais pas, que je ne suis pas certain.»

«Le film va démarrer des conversations, va permettre de dire qu’on peut ne pas savoir, qu’on peut s’appuyer sur d’autres, qu’on peut prendre du temps et qu’il faut réaliser qu’on a besoin d’un village pour élever un enfant.»

  • Le fils a pris l’affiche à travers la province le 20 janvier.
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