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Aller à la guerre en Angleterre

Beterbiev
Photo fournie par Julie Bertrand Le cutman Luc-Vincent Ouellet et Artur Beterbiev sont arrivés à Londres depuis quelques jours.

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LONDRES | Jean Pascal a livré une bataille fabuleuse contre Carl Froch. Il a perdu en douze rounds. Kevin Bizier a affronté Kell Brook à Sheffield, il s’est fait passer le knock-out. Lucian Bute a été démoli à Nottingham par Froch. Oscar Rivas a perdu contre Dillian Whyte à Greenwich et Marie-Ève Dicaire est venue perdre son titre à Manchester il y a quelques mois à peine. 

En fait, les victoires québécoises en sol british ont été très rares. Marshall Butler, le grand-père de Steven Butler, a réussi l’exploit il y a cinquante ans, en 1972, en battant une future légende dans l’histoire de la boxe, John Stracey. Ça se passait à Kensington, dans le cœur de Londres. C’était un des tout premiers combats de Butler et en plus, c’était Stracey, membre du temple de la renommée de la boxe.

Alain Bonnamie a gagné également un combat débile où l’adversaire l’avait mordu à un sein et Otis Grant a gagné un titre mondial WBO en battant Ryan Rhodes qui a fait une très brillante carrière. 

« On avait passé huit semaines à Londres en camp d’entraînement. On avait déniché une maison où tout le monde vivait, incluant les partenaires d’entraînement. Les sacrifices avaient valu la peine », se rappelle Russ Anber.

Le sacré Russ était samedi soir à Manchester dans le coin de Liam Smith qui affrontait Chris Eubank junior. Il a d’ailleurs gagné en quatre rounds. C’était dans les eaux de son 50e combat en Angleterre. Ce matin, il sera à Londres avec Artur Beterbiev.

L’ARMÉE DE MARC RAMSAY

Artur Beterbiev est déjà à Londres depuis quelques jours. Avec Luc-Vincent Ouellet, le lieutenant, son avocat Anthony Rudman, le préparateur, l’entraîneur John Scully, le physiothérapeute. Déjà, Samuel Décarie a effectué une partie du travail avant l’arrivée du commando. Il fallait trouver une boucherie halal pour Beterbiev, un gym de boxe dans les environs prêt à accueillir le champion du monde de 9 heures à 11 heures et demie le soir. Question que l’organisme d’Artur s’adapte à l’heure du combat.

Et Marc Ramsay, le général de la petite armée, arrive ce matin à Londres pour les derniers préparatifs. 

« Ce n’est pas juste l’Angleterre, c’est un combat sur la route qui demande une grosse préparation. L’Angleterre, c’est juste plus compliqué par la qualité des boxeurs britanniques. La boxe est immensément populaire, il se fait de l’argent et de nombreux athlètes choisissent la boxe. Ça donne un niveau très élevé », explique Ramsay.

TOUT PRÉVOIR

C’est simple. Le combat, c’est la guerre. « Et comme à la guerre, il faut évaluer ses forces, les forces de l’ennemi, avoir toute l’information disponible, préparer la logistique et connaître tout l’environnement de la bataille », note Ramsay. 

Ainsi, Vincent-Luc Ouellet a déjà mis en place tout ce qui est nécessaire pour le confort et la commodité de cette préparation. Plus tard cette semaine, Sam Décarie et Luc-Vincent vont se rendre à l’aréna pour tout examiner. Les vestiaires, les couloirs que va emprunter Beterbiev pour se rendre au ring, l’éclairage dans les vestiaires et dans le ring, l’ambiance. Tout ce qui est humainement contrôlable va être sous contrôle. 

Mais le général Ramsay ne va pas à la guerre avec un tire-pois. « Artur est un homme mature. Il a une très vaste expérience en boxe amateur. Je dirais que 80 % de ses combats et de ses grands tournois ont été à l’étranger. Dont plusieurs en Angleterre. De plus, depuis qu’il est à Montréal, Artur s’est battu sur la route presque tout le temps. Même qu’on pourrait être désorienté s’il se bat au Québec », explique Ramsay.

DEVANT 20 000 SPECTATEURS

Artur Beterbiev est une armée à lui seul. Parfait. Mais ça va se passer en Angleterre devant 20 000 spectateurs. On ne connaît pas l’arbitre et on me permettra d’être un peu paranoïaque, l’auguste British Boxing Bureau, la BBB, a très mauvaise réputation dans le reste du monde.

Autrement dit, tous les tricheurs ne sont pas dans les casinos de Las Vegas...

Parlez-en à Oscar Rivas qui s’est battu contre un dopé sans le savoir à Greenwich. Alors que le BBB, lui, était au courant. 

Des super, mega, hyper Régis Lévesque 

LONDRES | Russ Anber était à Manchester samedi soir. Deux locaux s’affrontaient. Liam Smith et Chris Eubank junior. Smith a gagné et Russ était dans son coin.

« C’était sold-out. Deux bons boxeurs, mais pas des champions du monde. Mais c’était deux Anglais et ça faisait quatre ou cinq ans qu’ils se picossaient. L’intérêt était malade », racontait Anber la veille à Manchester.

Dans le fond, c’est la vieille recette de Régis Lévesque. Sauf qu’Eddie Hearn est presque milliardaire, Frank Warren est une légende et les autres promoteurs anglais peuvent compter sur une multitude de bons boxeurs qui gagnent admirablement leur vie en se battant à Londres, Manchester, Liverpool, Nottingham ou Sheffield. Ça donne des locaux de très bon niveau. 

Rudes et aguerris

Dans ce lot de bons boxeurs, il finit par émerger un Carl Froch, un Anthony Joshua, un Tyson Fury, un Billy Joe Saunders, un Kell Brook ou un Liam Smith.

En plus, ces British sont rudes, aguerris et sont de féroces combattants.

Ne vous trompez pas, et on va en parler abondamment cette semaine, Anthony Yarde émerge du lot. Pour lui, Artur Beterbiev est la clé pour la gloire, la célébrité et la richesse.

Ça s’appelle aussi « grosse motivation ». 

Conduite à gauche 

COMME UN ROI ! 

LONDRES | Et qui donc prenait une tasse de thé à 8 heures le matin dans le coffee shop de l’hôtel à Wembley ? Qui donc semblait attendre l’humble chroniqueur assommé par un vol de six heures entre Dorval et Heathrow ? Le champion du monde lui-même, Artur Beterbiev. Seul avec Bek, son ami tchétchène, et Luc-Vincent Ouellet qui arrivait en même temps que moi. Beterbiev était habillé chaudement avec son hoodie. Prêt à aller faire sa course. Et se taper son entraînement régulier à 10 heures. Souriant, presque prêt pour son combat contre Anthony Yarde samedi soir, il a pris le temps de poser pour une couple de photos et est sorti avec Luc-Vincent dans la fraîcheur d’un matin humide et froid. Il faisait -4 à Wembley. La veille, il avait « célébré » son 38e anniversaire de naissance. Canelo Alvarez va donc attendre encore trois ans avant de l’affronter.


LE WEMBLEY STADIUM 

Le Wembley Stadium se trouve dans un quartier animé.
Photo fournie par Julie Bertrand
Le Wembley Stadium se trouve dans un quartier animé.

Wembley est une banlieue savoureuse. En tous les cas, le célèbre stade a donné naissance à un quartier animé où on sert toutes les bouffes du monde. Sauf la poutine québécoise. 

Lors de son inauguration pour les Jeux olympiques de Londres en 1948, il s’appelait l’Empire Stadium. Évidemment, le vieux stade désuet a été démoli et on a reconstruit le Wembley dans le même secteur. 

Maurice Vachon (à gauche)  et Frank Saxon, un de ses entraîneurs, aux Jeux de l’Empire britannique en 1950.
Photo fournie par Linda Boucher
Maurice Vachon (à gauche) et Frank Saxon, un de ses entraîneurs, aux Jeux de l’Empire britannique en 1950.

François Lafortune m’apprend que Maurice Vachon (à gauche sur la photo) a tenté d’y gagner une médaille en lutte. Il a échoué, mais il gagnait sa médaille d’or deux ans plus tard aux Jeux du Commonwealth quand c’est devenu gênant de se vanter de son empire


À ÉVITER : HARRODS

Beterbiev
Photo Réjean Tremblay

Il y a un édifice qu’il faut éviter à tout prix à Londres. Le célèbre magasin Harrods. Dix étages gorgés d’articles plus chers les uns que les autres. Mais on peut y aller pour voir le mausolée consacré à Lady Di... Ou les stylos Montegrappa à 60 000 $. Et surtout se rappeler qu’un café à 8 livres, ben, ça fait 16 $ canadiens. 

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