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Des locataires menacés d'être évincés de leur logement à prix abordable après la vente de leur immeuble

Il sera difficile, voire impossible pour eux de rester dans leur quartier

GEN - LOCATAIRES EVINCÉS MILE-END
Photo Martin Alarie Les douze locataires de la rue Jeanne-Mance, dont certains sont dans leur logement depuis plusieurs décennies, ont reçu un avis d’éviction ou de reprise de logement pendant les Fêtes de leur nouveau propriétaire.

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Une dizaine de locataires du Mile-End menacés d’éviction après la vente de leur immeuble qu’ils occupent pour certains depuis près de 30 ans craignent de ne jamais se retrouver un logement à prix abordable à Montréal.​ 

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«Où va-t-on pouvoir partir vivre? On a des familles dans l’immeuble qui sont là depuis des années avec des enfants. On va les obliger à changer d’école, perdre leurs repères, leurs amis», s’indigne Jodie Prévost, une locataire de 34 ans qui a reçu un avis d’éviction pour son logement situé rue Jeanne-Mance, dans l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal.

Entre le 22 et le 28 décembre dernier, elle et ses voisins ont tous reçu, ou presque, des avis d’éviction en raison d’«agrandissements substantiels». Deux locataires ont reçu des avis de reprise de logement, pour que le propriétaire s’y loge ou y loge des membres de sa famille.

«À peine un mois après qu’ils ont acheté les immeubles, on a reçu des avis amenés par un huissier. On se doutait que c’est ce qui allait se passer, mais on ne pensait pas que ce serait aussi rapide», souffle Shantal Allard, une résidente de 65 ans.

«J’ai eu un cancer, j’ai des douleurs chroniques, et maintenant je vis avec la crainte de perdre mon logement et mon quartier dans lequel je vis depuis 28 ans», ajoute-t-elle.

Déracinement

Pour l’ensemble des habitants, l’annonce est tombée comme un coup de massue pendant les Fêtes. Car pour la plupart d’entre eux, se reloger dans le quartier relève presque de l’impossible.

«On le sait que si on doit partir, on ne pourra jamais rester dans le quartier, les prix ont beaucoup trop augmenté», laisse tomber Mme Allard.

Cette dernière paie 535 $ pour son 5 1/2. Sa sœur, Suzanne Allard, débourse de son côté 662 $ pour 4 1/2. Jodie Prévost, elle, paie 740 $ pour le 4 1/2 qu’elle occupe depuis quatre ans.

Dans le quartier, les 5 1/2 sont introuvables en dessous de 1800 $. Même chose pour les 4 1/2 qui s’élèvent dorénavant à plus de 1400 $.

«Ça brise des vies, ça brise des quartiers. C’est une catastrophe», ajoute Mme Allard qui envisage de quitter Montréal, ayant peu d’espoir de retrouver un logement similaire et à moindre coût.

GEN - LOCATAIRES EVINCÉS MILE-END
Photo Martin Alarie

Résistance

Depuis, le groupe de locataires tente de démêler la loi et a décidé de se serrer les coudes et de se battre pour garder leur toit.

Sur Le Plateau-Mont-Royal, un règlement instauré en septembre 2020 interdit notamment la subdivision ou les agrandissements de logements. Toutefois, des exceptions sont prévues.

«Il y a des failles dans les lois et réglementations qui font qu’ils [les propriétaires] finissent toujours par trouver une exception qui leur permet d’arriver à leurs fins», estime Shantal Allard.

Pour elle, il faut que les différents gouvernements mettent en place des règles beaucoup plus fermes.

«Je ne sais pas comment ils imaginent l’avenir à Montréal parce que ce n’est pas viable! On fonce dans un mur, en ce moment ce sont juste les riches qui peuvent y vivre», déplore Jodie Prévost.

Manque d’options

Ces pratiques ont un impact majeur sur le logement montréalais qui devient de moins en moins abordable, mais aussi sur les ménages qui se font évincer.

«Avec la crise du logement, les gens étaient stressés et avaient peur de ne pas être capables de se reloger sur le Plateau. Maintenant, les gens se demandent même s’ils vont être capables de se reloger à Montréal ou dans les alentours parce que les logements sont inabordables», déplore Vicky Langevin, organisatrice communautaire au Comité logement du Plateau-Mont-Royal.

Cela met aussi en lumière le manque flagrant d’options pour ceux qui paient des loyers très bas, ajoute Catherine Lussier, du Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU).

«Ce sont des gens qui souvent devraient se retrouver dans des logements sociaux, mais qui ne pourront pas forcément en trouver dans les délais à cause des longues listes d’attente et du fait que les projets ne sortent pas de terre», affirme-t-elle.

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