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Le PLQ: histoire d’un reniement

Le chef intérimaire du Parti libéral du Québec, Marc Tanguay
Photo d'archives, Stevens Leblanc Le chef intérimaire du Parti libéral du Québec, Marc Tanguay

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L’attaque frontale de Justin Trudeau contre la clause nonobstant aurait dû susciter un consensus politique immédiat à l’Assemblée nationale.

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La question posée est celle de l’autonomie du Québec, de son droit à faire ses propres choix collectifs. Ce consensus n’aurait pas dû être difficile à obtenir. Il aurait dû relever du réflexe vital.

On peut être en désaccord avec la loi 21 ou la loi 96. Cela ne veut pas dire qu’on donne à une autre nation le droit de nous dire quoi faire et de limiter nos pouvoirs. Cela ne veut pas dire qu’on transforme Ottawa en protecteur des «droits individuels» au Québec, comme si les Québécois, eux-mêmes, étaient incapables de les garantir.

Fédéralisme

Mais le Parti libéral du Québec vient d’échouer à ce test de loyauté élémentaire à sa nation en se rangeant derrière à Ottawa. 

On ne s’en surprendra pas vraiment. 

Un peu d’histoire nous éclairera.

Le PLQ, depuis une trentaine d’années, a connu une transformation fondamentale. 

Avec la Révolution tranquille, il s’était donné pour mission de porter une vision québécoise du Canada. 

Il était fédéraliste, certes, mais son fédéralisme n’était pas inconditionnel. Le Canada devait reconnaître le Québec comme société distincte et lui transférer certains pouvoirs vitaux pour son identité. Sans cela, lui aussi envisagerait l’indépendance.

Il a tenu cette position jusqu’au tout début des années 1990. Mais avec l’échec de l’Accord du lac Meech, en 1990, il a dû réviser sa position. 

Le Canada ne changerait pas pour le Québec. Mais plus encore : il travaillerait désormais à dissoudre son identité grâce à l’idéologie multiculturaliste. L’identité québécoise serait désormais associée au nationalisme ethnique. 

Le PLQ a alors accepté de renier le Québec en décidant d’accepter le Canada tel qu’il est, et de mener une propagande constante pour l’enfoncer dans la gorge des Québécois. 

Il proposerait désormais une vision canadienne du Québec. Le PLQ s’est fait coloniser idéologiquement par le PLC. 

Le PLQ, désormais, se soumettrait au fédéralisme, quelles que soient ses évolutions. 

Le PLQ a accepté une constitution dont le Québec est exclu. 

Il a accepté le multiculturalisme et la logique des accommodements «raisonnables». 

Il a accepté l’immigration massive, et consent déjà aux seuils himalayesques fixés par Justin Trudeau, d’autant qu’il en tirera avantage électoralement et espère ainsi verrouiller démographiquement notre avenir politique.

Et aujourd’hui, il accepte la volonté d’Ottawa «d’encadrer» la clause nonobstant ce qui reviendrait concrètement à l’abolir.

Canada

Le PLQ se révèle pour ce qu’il est : l’institution politique à travers laquelle le régime canadien a pu détourner à son avantage une frange des élites québécoises. 

Le Canada récompense ceux qui sont prêts à renier leur identité et leur loyauté québécoises en les transformant en parvenus du régime fédéral. 

On les trouve dans les affaires, les médias, la magistrature, et bien d’autres milieux sociaux privilégiés. Ils chantent le Canada à tout prix et dédramatisent toujours les reculs du Québec. Notre appartenance au Canada est sacrée. Elle est plus importante que tout le reste.

Cela doit être ça, le fédéralisme rentable.

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