/sports/opinion/columnists
Navigation

Les carnets secrets d’Artur

Tremblay conduite
Photo Julie Bertrand Artur Beterbiev mange avec son ami tchétchène Bek. La calotte est celle de l’humble chroniqueur.

Coup d'oeil sur cet article

Ce sont des centaines de carnets. Remplis de notes colligées après chaque entraînement, chaque traitement, après chaque combat. 

Si Artur veut savoir à quelle heure il s’était entraîné six jours avant un combat il y a quatre ans, il va dans ses carnets, trouve la bonne page et est prêt à répondre à une question. Encore plus, il a décrit ses sensations, comment il se sentait après tel exercice et comment il avait progressé ce jour-là.

« C’est une discipline que j’ai acquise en boxe amateur. On me demandait de noter mes progrès. Je suis allé plus loin et j’ai gardé l’habitude en devenant professionnel. Ça m’aide à aller plus loin et à devenir meilleur. J’y puise plein d’informations », répond Artur Beterbiev quand j’aborde le sujet avec lui.

« Je note tout ce que je fais et pourquoi je le fais. Je crois que ça m’aide à mieux me connaître. Et personnellement, je pense que je me connais mieux que personne ne peut le faire. J’aime travailler sur moi, améliorer mes faiblesses, apprendre et faire plus et mieux », d’ajouter le Montréalais négligé par la mairesse. 

Le champion du monde a mangé vers 17 heures et demie. Une bonne assiette de pâtes asiatiques et de légumes. Pas de viande parce que l’hôtel ne pouvait garantir que la viande provenait d’une boucherie halal. Artur ne badine pas avec la pratique de sa foi musulmane. 

UN FORMIDABLE LIVRE

Artur Beterbiev a commencé à tenir ce journal de boxeur quand il avait une quinzaine d’années.

« J’étais déjà un très bon boxeur à 14 ou 15 ans. Champion du monde chez les cadets. J’ai commencé à boxer à l’âge de neuf ans et je n’ai jamais cessé depuis. J’ai eu 38 ans avant-hier, ça fait 29 ans que je boxe », dit-il en se retournant vers son ami Bek, tchétchène comme lui. 

Les carnets d’Artur pèsent lourd dans l’approche de toute son équipe avec lui. Que ce soit Marc Ramsay, Luc-Vincent Ouellet ou Samuel Décarie, tous ceux qui travaillent avec lui soulignent que c’est le boxeur le plus exceptionnel qu’ils ont jamais connu.

« Quand on disait à Eleider Alvarez, tu fais ça, il le faisait tout de suite. Quand on demande à Artur de faire telle ou telle chose, il répond : pourquoi ? Il faut avoir de solides arguments et des raisons pour le convaincre. Mais une fois qu’il a réfléchi et qu’il a accepté la demande, il est d’une intensité et d’une concentration qui font peur. J’ai jamais vu ça. Artur Beterbiev est concentré à 100 pour cent sur l’objectif. Être prêt pour un combat. C’est fou », raconte Luc-Vincent Ouellet.

— Et ses carnets ? Ça ferait tout un livre ?

— Je sais pas s’il va vouloir partager un jour. Peut-être que ça pourrait être son legs à la boxe. 

Quand on pose la question à Beterbiev, il hausse les épaules.

« J’écris mes carnets pour moi. Un livre ? Je ne sais pas », dit-il en souriant.

SE PRÉPARER POUR 13 ROUNDS

Artur Beterbiev vient d’avoir 38 ans. Certains boxeurs sont de vieux 38 ans. Artur Beterbiev est encore jeune.

« Il a la maturité d’un homme de 38 ans, c’est certain. Mais physiquement, sa discipline de vie et le travail qu’il s’est imposé l’ont protégé. Il n’a pas perdu une fraction de seconde ou un gramme de force », répond Luc-Vincent Ouellet qui travaille souvent avec le champion.

Marc Ramsay qui est devenu un maître dans le coaching, admiré par ses pairs, reconnaît que Beterbiev l’a aidé à progresser dans son art.

« On ne peut pas répondre aux questions et aux exigences d’un Artur Beterbiev sans s’améliorer constamment », notait Marc Ramsay à son arrivée à Londres. 

Et Artur, lui, il n’est pas fatigué de se faire mourir au travail. De s’entraîner six gros jours par semaine, à un rythme d’enfer, et de dévouer sa vie à la boxe. Tout en étant un époux et un père de quatre enfants.

« C’est ainsi depuis mes débuts. Je me prépare pour 13 rounds, pas pour douze. Toujours à 100 pour cent. Je fais toujours plus que le normal. Je trouve ça dur et difficile. Mais le dimanche, le lendemain du combat, j’ai ma récompense », répond-il.

Jusqu’à maintenant, il a toujours gagné. 

Changement de gym 

Tout est censé être prévu. Sauf les problèmes de chauffage. 

Le premier soir, lors de son arrivée, la bande à Artur s’est dirigée vers le gymnase réservé pour l’entraînement du champion en fin de soirée. Question qu’il s’acclimate le plus rapidement possible au décalage horaire et à l’heure du combat à Wembley.

« Mais il faisait moins cinq dans le gym. Il a fallu modifier l’entraînement, insister davantage sur les exercices à répétitions rapides pour qu’Artur reste chaud et ne se blesse pas. Une vraie emmerde », raconte Luc-Vincent Ouellet.

Mieux chauffé

Fallait donc trouver une solution durable.

Ouellet a finalement trouvé un autre gym... mieux chauffé et depuis, tout est au beau fixe.

Dimanche, jour de repos pour Beterbiev, le Russe voulait un sauna pour se détendre. Heureusement, on est à Londres. Et c’est au Banias, un sauna russe, que Beterbiev est allé reposer son corps... fatigué.

DANS LE CALEPIN - J’ai écrit hier que Me Anthony Rudman, l’avocat de Beterbiev, était déjà à Londres. Il arrive plutôt jeudi.

« Quand on négocie avec deux promoteurs qui font de vraies affaires ensemble, c’est beaucoup plus simple », dit-il.

Les deux promoteurs sont Bob Arum et Frank Warren. À deux, ils font plus de 160 ans. 

Conduite à gauche 

LE TOUR DU MONDE EN 25 PLATS

Tremblay conduite
Photo Julie Bertrand

Ça s’appelle le BoxPark. Une grande bâtisse qui abrite au premier plancher au moins 25 cantines qui servent une bouffe multinationale. Le Thaï Express est à côté des Grillades argentines et le japonais côtoie l’italien alors que le malaisien est coincé entre le grec et l’indien. C’est un tour du monde en 25 cantines. Et je trouve que ça décrit un peu le Londres d’aujourd’hui. On dirait que la planète entière s’est donné rendez-vous autour de Wembley et dans les autres quartiers de Londres. Les visages sont souvent foncés, les vêtements exotiques et de toute évidence, quand on écoute parler, on note des accents qui ne sont guère british.

Mais ce qui frappe, c’est l’harmonie qui semble régner dans les rues et les places du quartier. Et la réponse est vite évidente. On peut parler toutes les langues à la maison mais pour se retrouver au coin d’une rue, on passe à l’anglais.

À Montréal, on ne passe pas au français. C’est ça le drame.

POURQUOI LA CONDUITE À GAUCHE ?

Look Right... le touriste qui se prépare à traverser la rue à droite a ce rappel à tous les passages piétonniers. Et honnêtement, on a tous frôlé le gros accident au moins une fois en gardant son réflexe québécois de regarder à gauche pour voir si une auto s’en venait.

La conduite à gauche serait un reliquat des combats de chevaleries quand le héros tenait sa lance dans la main droite. Et quand les cochers, plus tard, tenaient leur fouet dans la main droite. 

J’en conclus donc que les Français, les Allemands, les Italiens, les Espagnols et les autres avaient des chevaliers et des cochers gauchers.

UN MODÈLE POUR LE STADE OLYMPIQUE

Tremblay conduite
Photo Julie Bertrand

Le maire Jean Drapeau rêvait que la présence du Stade olympique provoquerait un formidable boom dans l’Est de la ville. Que des quartiers fleuriraient tout autour du Parc olympique.

Le bon maire doit se retourner dans sa tombe quand il voit à quoi ressemble sa ville qu’il a tant aimée et vendue au monde entier.

En tous les cas, les Anglais ont su quoi faire avec leur stade. Même de l’art pop dans les escaliers qui mènent aux sections populaires.

PERDRE LA GUERRE AUX OUTLETS

Tremblay conduite
Photo Julie Bertrand

J’ai gagné la bataille du Harrods. Mais j’ai perdu celle des Designers Outlets tout près du Wembley Stadium. Vous avez sans doute compris qu’avec un stade moderne de 90 000 sièges et un aréna de 20 000 places tout juste à côté, là où le Canadien a affronté deux fois les Blackhawks de Chicago en 1991-92, vous avez compris qu’une clientèle abondante a envie de dépenser après une victoire de ses favoris.

Comme sur la rue St-Antoine après un match du Canadien.

Commentaires

Vous devez être connecté pour commenter. Se connecter

Bienvenue dans la section commentaires! Notre objectif est de créer un espace pour un discours réfléchi et productif. En publiant un commentaire, vous acceptez de vous conformer aux Conditions d'utilisation.