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Victime d’actes criminels: son agresseur en semi-liberté avait été transféré près de chez elle

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Une victime de crimes sexuels violents affirme avoir été plongée dans une détresse invivable pendant des jours parce que son agresseur en semi-liberté a été transféré sur la Rive-Sud de Québec, où elle demeure, avant que les services correctionnels corrigent le tir mardi.

La dame, dont l’identité fait l’objet d’une ordonnance de non-publication, a vécu l’horreur dans un contexte conjugal il y a une quarantaine d’années.

Après des décennies à essayer d’oublier, elle a dénoncé son agresseur et est parvenue à le faire condamner.

En 2021, il était reconnu coupable de viol et d’agression sexuelle, notamment, et condamné à une peine d’emprisonnement de quatre ans et neuf mois.

La victime a subi des sévices particulièrement violents et dégradants : «claques, coups de poing, masturbations involontaires allant jusqu’à des viols avec des outils et sous la menace d’un couteau», précise un document de la Commission des libérations conditionnelles du Canada.

En semi-liberté

Cela n’a pas empêché le criminel, aujourd’hui âgé de 80 ans, d’obtenir une semi-liberté dans une maison de transition l’été dernier, en raison d’un risque de récidive jugé « faible ».

La vie de la victime a été complètement chamboulée le 13 janvier dernier. Une intervenante de Service correctionnel Canada (SCC) lui a annoncé que son agresseur serait transféré dans sa région, car il avait besoin de soins médicaux, soutient-elle.

Photo Stevens LeBlanc

«C’est impensable, c’est aberrant, c’est un manque de jugement incroyable», dénonce la femme, qui souffre encore aujourd’hui d’un choc post-traumatique sévère.

Anxiété, hypervigilance, insomnie... tous ses pires souvenirs ont été ravivés. Elle n’osait plus sortir de chez elle pour une simple marche, de peur de tomber sur son agresseur.

«La panique totale, je n’ai plus de repères» résume-t-elle.

«Je pensais d’avoir la paix, j’ai encore à me battre», laisse-t-elle tomber.

Finalement transféré à Montréal

En réponse à nos questions, lundi, un porte-parole du SCC a indiqué ne pas pouvoir commenter ce dossier spécifique pour des raisons de confidentialité tout en assurant que l’organisme fédéral «prend en considération les préoccupations des victimes».

Toutefois, dès mardi au lendemain de l’appel du Journal, le dossier a bougé en faveur de la victime.

«On m’a appelée tout à l’heure pour me dire qu’on avait trouvé une place à Montréal au délinquant et qu’on le transférait aujourd’hui [...] et qu’on s’excuse pour l’erreur qui s’était produite», a-t-elle relaté.

Photo Stevens LeBlanc

Soulagée, elle reste avec l’impression que le système a failli à son devoir de la protéger.

«On me disait qu’il n’y avait rien à faire [...] puis tout d’un coup, les journalistes appellent, font des démarches [et] là tout à coup ce matin on lui a trouvé une place», lance-t-elle.

Elle dit avoir fait l’erreur de croire que le système allait «d’office» assurer sa sécurité, en se contentant de demander verbalement à ce que son agresseur ne se retrouve pas dans sa région, plutôt que de le faire par écrit.

«Je veux qu’on lève un drapeau, qu’on protège plus les victimes» implore-t-elle.

Bracelet anti-rapprochement

Elle souhaite aussi que le gouvernement fédéral emboîte le pas au Québec et implante le bracelet anti-rapprochement pour les peines qui tombent dans sa juridiction.

«Parce que là, les victimes veulent que les agresseurs aient des peines plus fortes, mais quand elles sont fédérales, ils ressortent et on ne peut pas exiger le bracelet. C’est un non-sens!»

Finalement, elle croit que les victimes doivent continuer à dénoncer leurs agresseurs, malgré les embûches qui peuvent parfois se dresser sur leur chemin.

«Je ne veux pas décourager les victimes à porter plainte. Au contraire, si elles savaient le bien que ça peut leur faire d’aller jusqu’au bout. Ça a beau être difficile, ce n’est pas vrai que tous les délinquants ne sont pas punis», conclut la courageuse femme.

De son côté, SCC a réagi en assurant que «les considérations relatives aux victimes sont d’une grande importance dans le système correctionnel et de mise en liberté sous condition» et qu’il «s’efforce de traiter chaque victime avec compassion, justice et respect».

Le délinquant dans cette affaire

  • 80 ans
  • Condamné en février 2021 à quatre ans et neuf mois d’emprisonnement pour des délits à l’égard de deux victimes entre 1977 et 1984
  • Coupable de viol, agression sexuelle, actes de grossières indécences et attentat à la pudeur
  • Une semi-liberté «pré-libératoire» d’une durée de six mois, avec privilèges de sortie «recommandés», lui a été accordée en août 2022

Source : Décision de la Commission des libérations conditionnelles du Canada

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