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8e hausse consécutive du taux directeur: un autre tour de vis qui fait mal

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Hypothèques variables, marges de crédit personnelles, marge pour votre PME, prêts automobiles... La hausse du taux directeur aujourd’hui va vous frapper d’une façon ou d’une autre, et faire (encore) augmenter vos paiements. 

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La Banque du Canada (BdC) hausse de nouveau son taux directeur, d’un quart de point, à 4,50 %. 

  • Écoutez la rencontre Maréchal-Dumont diffusée chaque jour en direct 16 h 05 via QUB radio :

C’est la huitième hausse consécutive depuis mars 2022. 

« Je commence à trouver ça dur. Franchement, ça commence à coûter cher. Quand tu dis que tu payes plus d’intérêt que de capital sur une maison, ça va pas bien », dit Daniel Matte, qui digère mal cette nouvelle hausse. 

Daniel Matte, qui œuvre dans le domaine de la construction, affirme avoir de plus en plus de difficulté à vivre normalement.
Photo Francis Halin
Daniel Matte, qui œuvre dans le domaine de la construction, affirme avoir de plus en plus de difficulté à vivre normalement.

« Ça fait très mal au portefeuille et c’est plus compliqué. Même si on a des bons salaires, le coût de la vie est tellement rendu élevé, ça devient dur juste de vivre normalement », dit celui qui travaille en construction et qui paye une hypothèque à taux variable.

  • Écoutez le segment économique d'Yves Daoust diffusé chaque jour en direct 9 h 35 via QUB radio :

Enfin un répit ? 

« C’est 425 points de base, depuis janvier l’année passée. Sur une hypothèque de 300 000 $, ça fait 12 750 $ annualisés à prévoir dans le budget. C’est énorme. Je pense que ça confirme qu’il faut qu’on ait des mesures qui soient ciblées pour ne pas stimuler la période d’inflation », a réagi Frédéric Beauchemin, porte-parole du Parti libéral du Québec en matière de finances, en marge d’un caucus du parti à Lac-Beauport.

Toutefois, les gens auront un répit en 2023, croit l’économiste Sébastien McMahon chez iA Groupe financier. 

« La barre est haute pour procéder à une autre hausse. Je pense que c’est la dernière pour 2023 », dit-il.  

Le scénario de base de la BdC est le suivant, explique-t-il. « On passe toute l’année avec un taux à 4,5 %, et on recommence à baisser en 2024, quand on peut dire avec confiance : mission accomplie, l’inflation est maîtrisée. »  

Vers un retour à la normale

Mais ne vous faites pas d’illusions. On ne retournera pas à des taux planchers autour de 1 % avant longtemps, selon lui. 

« Pour la Banque du Canada, un taux neutre, c’est entre 2 % et 3 %. À ce taux, on ne crée pas trop d’inflation et on ne la combat pas non plus. C’est le but visé », dit-il. 

On commence d’ailleurs à voir les effets du resserrement monétaire, souligne l’économiste. Le prix des maisons baisse, l’appétit pour le crédit aussi et les gens dépensent moins, dit-il. « Mais l’effet total, et l’inflation qui chute, on devrait commencer à voir ça à l’automne. »

– Avec la collaboration de Francis Halin  

Le stress grimpe chez les emprunteurs en construction 

Une hausse de 4,25 % en un an, c’est du jamais-vu depuis très longtemps. Résultat : le stress commence sérieusement à grimper chez les emprunteurs. 

« Beaucoup de gens convertissent leur taux variable en taux fixe ces temps-ci », dit Stéphane Bruyère, courtier hypothécaire chez les Architectes hypothécaires, qui ajoute que la tension monte chez certains couples. « Parfois, la foire pogne dans la maison. Un des conjoints n’est pas content parce que l’autre a pris un taux variable, et le ton monte. ».

Les gens ont surtout besoin d’être rassurés en ce moment, dit-il. « Mes clients, ils veulent parler. Je fais de la psychologie ces temps-ci. Ils ont besoin d’être sécurisés. C’est quand même exceptionnel ce qui s’est passé en 2022 », dit-il.  

L’incertitude tue

« Ce dont les gens ont peur, ce n’est pas le taux d’intérêt comme tel, c’est la hausse. Le fait de ne pas savoir où ça va s’arrêter », dit Dominic St-Pierre, vice-président et directeur général, Québec, chez Royal LePage. « En ce sens, l’annonce d’aujourd’hui est en quelque sorte positive, puisqu’on sent qu’on arrive à la fin de ces hausses-là. » 

Mais pour les gens qui ont déjà des hypothèques, ce n’est pas facile, ajoute-t-il. « Ceux qui ont acheté au pic du marché, en avril 2021, et qui ont une hypothèque variable, ce n’est pas drôle pour ces gens-là. »

« Moi-même j’ai un immeuble à revenus avec hypothèque à taux variable. Mon paiement mensuel est de 1700 $ par mois. Il y a un an, je payais 300 $ d’intérêt et 1400 $ de capital. Ma banque m’a appelé en janvier pour me dire que mon paiement ne couvrait même plus les intérêts », raconte-t-il.

La patience est de mise

« Historiquement, ça a toujours été avantageux de prendre un taux variable », rappelle Francis Perreault-Varin, courtier hypothécaire. 

« En général, si vous êtes capable d’encaisser les hausses actuelles, il faut juste être patient. Le cycle de hausses est probablement terminé et les taux pourraient même baisser en 2024 », dit-il. 

DES CHIFFRES QUI CRÉENT DE L’ANXIÉTÉ 

ÉVOLUTION DU TAUX DIRECTEUR DEPUIS UN AN

2 mars 2022 : +0,25 | 0,50 %

13 avril 2022 : +0,50 | 1,00 %

1er juin 2022 : +0,50 | 1,50 %

13 juillet 2022 : +1,00 | 2,50 %

7 septembre 2022 : +0,75 | 3,25 %

26 octobre 2022 : +0,50 | 3,75 %

7 décembre 2022 : +0,50 | 4,25 %

25 janvier 2023 : +0,25 | 4,50 %

L’INFLATION EN 2022

Janvier 5,1 %

Avril 6,8 %

Août 7 %

Décembre 6,3 % 

PRÉVISION SUR L’INFLATION EN 2023

Baisse graduelle jusqu’à 3 %, selon la Banque du Canada 

LES TAUX HYPOTHÉCAIRES ACTUELS* 

Fixe 5 ans 4,59 %

Fixe 3 ans 4,99 %

Fixe 1 an 5,89 % 

* En vigueur mercredi 25 janvier
Source : Stéphane Bruyère, courtier hypothécaire

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