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Loi 21: Trudeau sème le trouble

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Je suis convaincu que si Justin Trudeau semble obsédé de s’attaquer au pouvoir des provinces de déroger à la Charte, c’est largement dû à la loi 21. Encadrer le port des signes religieux dans son monde multiculturaliste n’est tout simplement pas envisageable. Depuis ce jour, il prépare une contre-offensive.

La loi 96 sur la protection du français et le récent projet de Doug Ford pour restreindre le droit de grève lui ont servi de prétextes pour trouver son angle d’attaque.

Selon lui, les provinces abuseraient de la clause dérogatoire. Le grand sage fédéral, détenteur de vérité et gardien de la bonne morale, doit intervenir pour les chaperonner.

Justin Trudeau déteste la loi 21 pour des raisons idéologiques. Imposer des restrictions à la liberté religieuse ne lui conviendra jamais, même au nom de la laïcité de l’État. De surcroît, son offensive lui paraît politiquement rentable.

Un succès

Or si l’on met les idéologies de côté, la loi 21 doit être regardée comme un réel succès pour la société québécoise. 

Presque quatre ans après son adoption, la Loi sur la laïcité a établi un équilibre, une relative paix sociale sur cette question sensible.

Sans être parfaite, cette législation a tourné la page sur plus d’une décennie de divergences et de tensions.

Souvenez-vous du débat sur les accommodements déraisonnables, qui était en fait un constat que les accommodements déraisonnables étaient devenus la norme.

Dépassé par la situation, Jean Charest avait mandaté la Commission Bouchard-Taylor pour dégager des pistes de solution.

La Commission a fourni des précisions utiles sur la question des accommodements et a recommandé l’interdiction des signes religieux pour les employés de l’État en position d’autorité.

Série d’échecs

S’en est suivie une décennie de pirouettes et d’échecs politiques. Jean Charest a tenté de tabletter ce rapport qui divisait son parti. Puis le PQ a déposé sa Charte des valeurs, un effort mal mesuré qui n’a jamais abouti. 

Ensuite, le gouvernement Couillard a fait adopter une loi incomplète sur les services publics à visage découvert.

Lorsque François Legault a été élu, le dossier était devenu compliqué. La loi 21 sur la laïcité a réussi à offrir une réponse équilibrée, donnant suite, onze ans plus tard, au rapport Bouchard-Taylor.

La suite est positive. Il n’y a pas eu d’exode massif de futurs enseignants ou de futurs policiers.

Certains se sont adaptés à la loi, quelques-uns ont sans doute choisi une autre voie, refusant d’abandonner leurs vêtements religieux. Mais aucune des catastrophes annoncées n’est survenue.

Depuis l’adoption de la loi, les controverses entourant les signes religieux sont essentiellement disparues du quotidien politique.

La ligne est tracée en matière de port de signes religieux, elle est claire, et on ne parle plus de ça, sinon très peu.

C’est le genre de paix sociale que recherche un gouvernement.

La loi 21 a créé cet équilibre. Aujourd’hui, c’est Justin Trudeau qui veut remettre le trouble en rouvrant tout le débat.

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