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Vie de mensonges: sauriez-vous reconnaître un imposteur?

L'élu républicain à la Chambre des représentants, George Santos
Photo Getty Images via AFP L'élu républicain à la Chambre des représentants, George Santos

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L’humanité est obsédée par le succès depuis toujours. Ce désir de se démarquer a incité plusieurs personnes à mentir pour espérer acquérir le respect et l’admiration des autres.

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Il ne faut donc pas se surprendre lorsqu’on constate que la vie inventée de l’élu républicain George Santos a réussi à séduire des milliers d’électeurs américains. 

Les frasques de ce politicien remettent au goût du jour le phénomène des imposteurs. Ces personnages fascinants nous forcent à remettre en question notre rapport aux figures que l’on adule.

Voici trois personnes qui ont marqué l’imaginaire avec leurs mensonges.

1. Janet Cooke: la grande fabrication

En 1981, Janet Cooke était au sommet du monde. La journaliste du Washington Post, âgée de 25 ans, avait travaillé pendant des semaines sur un reportage qui illustrait l’épidémie d’héroïne qui affligeait la ville de Washington. Son récit, bâti autour du petit «Jimmy», un garçon de huit ans dépendant à la drogue, est rapidement devenu un succès. L’indignation suscitée par la situation de l’enfant a fait le tour du monde. L’histoire a remporté un Prix Pulitzer, la récompense la plus prestigieuse du monde du journalisme.

Or, rapidement, plusieurs trous ont commencé à apparaître dans l’histoire de Janet Cooke. D’abord, les policiers et la Ville, harcelés par plusieurs lecteurs, ont lancé une enquête afin de retrouver le garçon. Même après plusieurs semaines de recherche, les autorités n’ont pas réussi à trouver l’enfant.

«Le monde de Jimmy», le reportage écrit par Janet Cooke, est précédé par un message d'avertissement au lecteur: «Attention, le contenu de cet article est une fabrication de son auteure».
Capture d'écran (Washington Post)
«Le monde de Jimmy», le reportage écrit par Janet Cooke, est précédé par un message d'avertissement au lecteur: «Attention, le contenu de cet article est une fabrication de son auteure».

L’Associated Press, une agence de presse, a publié une courte biographie de Cooke dans son résumé de la cérémonie des prix Pulitzer. Or, le journal The Toledo Blade, l’ancien employeur de la jeune femme, a notifié les éditeurs de l’AP qu’il y avait plusieurs incohérences dans le curriculum vitae présenté publiquement. Janet aurait menti sur plusieurs aspects de sa scolarité. Cette dernière avait affirmé qu’elle avait étudié à Paris, qu’elle parlait plusieurs langues et qu’elle avait remporté de nombreux prix dans le domaine du journalisme.

Les responsables du Washington Post ont organisé une rencontre d’urgence avec Janet Cooke afin de faire la lumière sur la situation. 

Au bout de quelques heures, la journaliste a fini par avouer qu’elle avait inventé cette histoire de toute pièce. Cette révélation a forcé le Washington Post à remettre le Prix Pulitzer. Les mensonges de Janet Cooke ont eu un impact majeur et durable sur la confiance du public à l'endroit des médias.

Le scandale a suivi Janet Cooke toute sa vie. Elle a tenté de publier un livre sur son histoire dans les années qui ont suivi. Netflix serait également en train de préparer un film sur sa vie, selon plusieurs médias.

2. Ferdinand Waldo Demara: «Le grand imposteur»

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Image tirée de Twitter (@Ambroute)

Professeur, médecin, avocat, moine: l’Américain Ferdinand Waldo Demara a porté de nombreux chapeaux durant sa longue carrière. Le hic, c’est qu’il n’a jamais achevé les formations nécessaires pour pratiquer les professions qu’il a exercées.

Après avoir tenté sa chance auprès de plusieurs organisations religieuses dans les années 1930, Demara s’est enrôlé dans l’armée. En réalisant que la vie de militaire n’était pas faite pour lui, il a volé l’identité d’un ami pour s’enfuir. Quelque temps plus tard, il a retenté sa chance en rejoignant la marine.

Demara rêvait de suivre une formation médicale, mais son manque d’éducation lui empêchait de poursuivre ses ambitions. Cette situation l’a donc poussé à créer ses premiers faux documents qui lui ont permis de s’inscrire dans le programme de médecine de la marine américaine. Lorsque la supercherie a été découverte, Demara a simulé sa propre mort pour fuir la situation.

Tel un Phœnix, l’homme a su renaître de ses cendres à travers les traits du Dr Robert Linton French, un ancien officier de la marine et un psychologue. Cette identité lui a permis d’enseigner à une université jusqu’en 1945, l’année où il s’est fait prendre. Les autorités militaires l’ont alors accusé de désertion et Demara a dû purger 18 mois de prison.

À sa libération, il a adopté une nouvelle identité: celle de Cecil Hamann. Il s’est ensuite créé un doctorat en Droit pour enseigner dans un autre établissement. 

Il y fait la rencontre du médecin canadien Joseph Cyr. En lui offrant son aide pour ses documents d’immigration, l’imposteur lui a volé des papiers d’identité avant de s’installer au Canada. 

Puisqu’il se fait passer pour le Dr Cyr, Damara est embauché par l’armée canadienne qui l’envoie en Corée pour soigner les soldats blessés lors de la guerre. 

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AFP

En 1951, le faux médecin a réussi à sauver les vies de trois personnes en plus de réaliser une amputation. Il a affirmé qu’il s’est basé sur les notes qu’il a prises lors de son passage dans l’armée américaine pour réaliser ces exploits. La médiatisation de l’affaire fait réagir la mère du vrai Joseph Cyr qui a immédiatement alerté les autorités. Embarrassé, le Canada a renvoyé Demara aux États-Unis.

Demara a décidé de vendre son histoire au magazine Life en 1952. Après avoir travaillé dans une prison américaine et purgé une courte peine de prison pour ses impostures, l’homme a décidé de prendre sa retraite. Il est mort en 1981. 

3. Tania Head: la femme qui n’était pas là

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Photo tirée de Twitter (@Maybell_N)

L’histoire de résilience portée par Tania Head dans la foulée de la tragédie du 11 septembre 2001 a ému l’Amérique. 

La femme, qui était très impliquée auprès des associations de survivants, affirmait avoir été grièvement blessée au bras lors de l’événement. Une impressionnante cicatrice semblait confirmer ses dires. Head a aussi parlé de la mort de son fiancé, décédé lors de l’effondrement de la tour nord du World Trade Center.

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AFP

Plusieurs personnes ont cependant commencé à noter des incohérences dans son histoire. Ces remises en question ont attiré l’attention du New York Times en 2006.

L’enquête a révélé que la famille du conjoint de Tania Head n’avait jamais entendu parler d’elle. On y a également appris que Tania ne se trouvait pas aux États-Unis au moment de la tragédie, mais bien en Espagne, son pays natal, où elle y vivait sous son vrai nom, Alicia. Sa grande cicatrice au bras serait le résultat d’un accident de voiture, selon un média espagnol.

Bien qu’elle n’ait jamais touché d’argent pour son implication, Tania Head a décidé de disparaître complètement de l’œil du public.

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