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Tout ce cinéma pour des yeux fermés

Tremblay 3
Photo Julie Bertrand Hier, Artur Beterbiev et Anthony Yarde ont tour à tour monté dans le ring au Grand Hall de Wembley.

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LONDRES | Ces entraînements publics, c’est du show-business. Des images pour les télévisions et les blogues.

À Montréal, ça se passe souvent au gym de Marc Ramsay. Ou à Québec, dans les grands jours d’Adonis Stevenson ou de Lucian Bute, on pouvait se retrouver à Place Laurier.

À Wembley, c’est plus gros. C’est plus ouvert à tout le monde. Et surtout, même si le Grand Hall est ultramoderne, ça pue la boxe. Il y a des anciens promoteurs, des anciens boxeurs, des jeunes amateurs, des parents et des amis.

Et il y a une nuée de journalistes et de cameramans de la télévision. C’est capoté.

Marc Ramsay et Artur Beterbiev et toute l’équipe sont des habitués de ces spectacles pour la promotion.

C’est rare qu’il se passe quelque chose dans ces démonstrations. Mais Marc Ramsay a vécu à Sheffield un entraînement public qui a scié les jambes de son boxeur Kevin Bizier.

Kjell Brooks avait donné une formidable démonstration dans le ring et c’était clair que Bizier avait été impressionné, intimidé et qu’il savait déjà qu’il s’en allait à l’abattoir le samedi soir.

Ç’avait duré deux rounds.

LE PLEIN CONTRÔLE

Hier, Ramsay, Beterbiev et les boys n’ont même pas jeté un coup d’œil à Anthony Yarde.

« S’il est bon, il pourrait nous intimider. S’il est mauvais, ça pourrait nous tromper et nous donner un excès de confiance. J’ai plus rien à voir à ce stade », a juste dit Marc Ramsay.

Ce que moi, j’ai vu de Yarde ? Il m’a semblé un peu moins volumineux que lors de certains de ses combats. Très musclé, visiblement très explosif et fort et très découpé. D’ailleurs, tout le monde au Grand Hall était unanime. Artur Beterbiev devra sortir des cinq ou six premiers rounds relativement indemne s’il veut protéger ses titres mondiaux et achever Yarde avant la limite.

Anthony Yarde
Photo Julie Bertrand
Anthony Yarde

Yarde était à New York pour assister de près à la victoire d’Artur Beterbiev contre Joe Smith jr. Je lui ai demandé si d’avoir vu Beterbiev de près pouvait influencer sa stratégie.

« Non, parce que ce sont plusieurs combats de Beterbiev qu’il a fallu visionner pour se préparer.

– Et ta défaite contre Serguei Kovalev t’a-t-elle appris quelque chose d’utile pour Beterbiev ?

« Non plus. En tous les cas, pas spécifiquement pour Beterbiev. Mais j’ai profité de l’expérience de ce combat en Russie, chez lui, et ça m’a permis de progresser. »

Puis, c’est lui qui m’a posé une question :

« Vous venez du Canada ? N’allez pas croire que je vais me battre en stupide en oubliant les bases de la boxe pour passer le knock-out à Beterbiev. Je sais boxer, je suis rapide et je frappe dur. Ça va faire un bon combat. »

Je ne l’ai pas contredit.

LA PETITE BALLE À BETERBIEV

Yarde a souri et donné beaucoup d’entrevues. Il est fin comme une soie. En tous les cas, il l’était hier.

Puis, Artur Beterbiev, qui attendait près des portes d’un ascenseur, est entré dans le Grand Hall. Avec sa face de guerrier tchétchène, ses yeux épeurants et sa barbe de terroriste.

Il n’a pas souri malgré des questions un peu bébêtes de la télé british. Il a posé sérieusement pour les photographes et a rempli ses obligations de champion de trois associations mondiales.

Artur Beterbiev
Photo Julie Bertrand
Artur Beterbiev

Il est monté dans le ring avec Luc-Vincent Ouellet. Il a fait un peu de corde à danser. Puis, il a installé sa balle de tennis autour de sa tête et a frappé la balle comme Félix Auger-Aliassime.

L’air bête.

Il est descendu du ring. L’air bête.

Et tout le monde est parti.

L’air bête. 

Deux fois dans le coma 

Nick Blackwell
Photo Zachary Aubry
Nick Blackwell

LONDRES | L’histoire de Nick Blackwell est poignante. Plus encore, elle est incroyable pour ceux qui ont suivi les tourments d’Adonis Stevenson.

Le beau jeune monsieur était debout à l’entrée Grand Hall avec un petit garçon et discutait en souriant avec une vedette du journalisme anglais de la boxe. Il a entendu mon accent Falardeau et s’est tourné vers moi en tendant la main : « Bonjour, je suis Nick Blackwell et mon histoire est vraiment spéciale. J’ai été plongé deux fois dans le coma et pourtant, je suis là aujourd’hui ». Comme ça. De but en blanc.

Il m’a raconté. J’ai tout vérifié par la suite. C’était la vérité. Blackwell est cliniquement mort dans l’ambulance après avoir été mis hors de combat en dix rounds par Chris Eubank jr. Il a sombré dans le coma pendant une semaine. Puis, il s’est miraculeusement réveillé et personne n’a trop compris comment, il a retrouvé ses moyens. Pas de séquelles. Rien.

Il n’était plus question de boxer mais Blackwell, comme bien des boxeurs, a la boxe dans le sang. Il n’avait pas le droit de se battre officiellement, mais il s’est offert pour faire douze rounds de sparring contre Hassm Kakkardi. Il est arrivé quoi, pensez-vous ?

Il est replongé dans le coma. Et cette fois, les séquelles ont été épouvantables. Ce n’est qu’après trois ans d’efforts inouïs qu’il a recommencé à marcher et à parler.

C’était il y a quatre ans. Et hier, il était avec sa femme et son fils à l’entraînement public d’Anthony Yarde et d’Artur Beterbiev.

Fallait le voir pour comprendre qu’il a encore la boxe dans le sang. 

Conduite à gauche 

LA FIBRE D’ARTUR

Martin Brissette
Photo Julie Bertrand
Martin Brissette

Martin Brissette est le massothérapeute à Londres. Il compte 25 années comme professionnel avec les athlètes. Il est fascinant à écouter quand il parle de la fibre musculaire de Bruny Surin à son meilleur, de celle de Jean Pascal, d’une qualité exceptionnelle, ou celle d’Artur Beterbiev, toute en nervures.

En fait, Martin n’a pas employé cette expression, mais c’est ce que j’ai trouvé de mieux pour résumer sa pensée. Beterbiev, comme aurait dit mon grand-père à Falardeau, est un homme « ben nerfé ».

En fait, Brissette pourrait presque dire, les yeux bandés, s’il masse un athlète noir ou un athlète blanc, tellement ses mains sont sensibles.

Peut-être pourrait-il deviner dans mon cas la présence de deux genoux et d’une hanche en métal...

En tous les cas, les détecteurs de l’aéroport ne les ratent pas. 


TROUVÉ DANS UNE FRIPERIE

Raoul Godbout
Photo Julie Bertrand
Raoul Godbout

Celle-là, elle est incroyable. Une dame qui travaille dans une friperie a reçu un lot de vêtements usagés. Et dans les boîtes, il y avait des dizaines et des dizaines de photos. Laurent Poulin de Boxingtown, fervent historien de la petite histoire de la boxe, a pu mettre la main sur quelques-unes de ces photos.

Celle qui m’a allumé le plus est la photo du promoteur Raoul Godboult, avec le chapeau à droite sur la photo. Godboult était le prête-nom et l’homme à tout faire du vrai promoteur, le légendaire Eddy Quinn. Mais qui diable est le boxeur entre les deux hommes ? Laurent Dauthuille, Armand Savoie ?

Jean-Paul Chartrand devrait pouvoir nous aider.


LUC-VINCENT... JAMES BOND

Luc-Vincent Ouellet
Photo Julie Bertrand
Luc-Vincent Ouellet

Quand on dit que Marc Ramsay a un côté « commando » digne d’un film...

Luc-Vincent Ouellet, une heure avant l’arrivée d’Artur Beterbiev pour l’entraînement public, était déjà en avant-poste au Grand Hall at The Drum dans le très moderne Brent Civic Centre. Il était là pour s’assurer que personne ne pourrait embêter le champion du monde à son arrivée.


ENFIN DES CÔNES ORANGE

Tremblay 3
Photo Julie Bertrand

C’était notre quatrième journée à Wembley et à Londres. On n’en avait pas vu. Pas un seul. Je devais avoir une graine orange quelconque dans mes semelles parce que la nuit dernière, ils ont poussé. Ils sont apparus hier avant-midi et quand est venu le temps de se rendre à l’entraînement public, ils entravaient la circulation.

J’ai eu un serrement au cœur et j’ai pensé à Montréal.

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