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Ukraine: la prochaine étape devrait nous inquiéter

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Photo d'archives, AFP

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La guerre d’Ukraine vient de franchir une étape, avec la volonté désormais affichée de livrer des chars occidentaux, des chars otaniens, autrement dit, à Volodymyr Zelensky, qui les réclame pour reprendre l’avantage contre la Russie. 

La doctrine occidentale était jusqu’à présent à peu près claire, du moins théoriquement : les pays qui le voulaient pouvaient fournir à l’Ukraine des armes défensives – même si, pratiquement, elles pouvaient devenir offensives. Ils y étaient même encouragés, comme si, au fil de la guerre, l’OTAN avait annexé symboliquement l’Ukraine, qui n’en était pourtant pas membre. 

Il n’en était pas de même pour les armes offensives comme des chars. L’Allemagne vient de rendre la chose possible.

OTAN

Une certaine inquiétude devrait nous animer. À un certain moment, que l’on ne peut identifier d’avance avec certitude, mais qui pourrait bien se présenter, la Russie jugera que les forces de l’OTAN sont désormais objectivement en conflit avec elle. 

Elles seront, pour reprendre un terme qui s’est imposé, dans une situation de cobelligérance qui pourrait conduire l’empire américain et l’empire russe face à face. L’Ukraine, alors, ne sera plus que le champ de bataille où s’affronteront ces deux puissances. 

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Assurément, les États-Unis seraient dans un rôle noble : ils viennent à la rescousse de l’indépendance ukrainienne contre l’agresseur russe. Il n’en demeure pas moins qu’une fois ce cap franchi, l’Europe deviendra potentiellement un champ de bataille entre deux puissances impériales. 

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Qu’on se comprenne bien. Qu’il faille être solidaire de l’Ukraine va de soi. 

Qu’il faille se jeter tête première dans un conflit qui, quoi qu’on en dise, pourrait passer le cap nucléaire ne devrait toutefois pas aller de soi. 

Étrangement, dans les chancelleries occidentales, on ne prend pas cette possibilité au sérieux. De grands stratèges se disent certains que Vladimir Poutine ne franchira pas ce cap. Cet optimisme n’est pas fondé sur une analyse sérieuse de la situation. 

Un autre facteur s’ajoute : un régime autoritaire qui s’effondre le fait rarement dans la douceur. 

Et si Vladimir Poutine tombait, demain, son remplaçant ne serait pas nécessairement un démocrate occidentalo-compatible. 

Étrangement, rappeler cela, en Amérique du Nord comme en Europe, peut vous valoir la réputation de pro-russe. Il y a dans ce refus de la moindre nuance géopolitique à propos de ce conflit quelque chose d’étonnant, et peut-être même, d’irresponsable. 

Poutine

Les va-t-en-guerre de l’Ouest, au nom de la vertu, annoncent qu’ils ne céderont jamais devant Poutine. Le Canada, en la matière, ne laisse pas sa place, comme si sa sécurité vitale était engagée par ce conflit. 

Soyons-en certains : si la Russie perdait la Crimée, elle basculera dans une crise de régime dont les conséquences seront catastrophiques. 

La paix sans condition, par capitulation totale de l’ennemi, héritée du XXe siècle, ne convient pas à ce conflit. Et il n’est pas certain que c’est en transformant de facto l’armée ukrainienne en armée otanienne qu’on pourra espérer le retour de la paix aux frontières de l’Europe. 

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