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Des bourses d'études stagnent depuis 20 ans: il faut sortir la relève scientifique de la pauvreté

Le gouvernement n’a pas ajusté ses bourses aux études supérieures depuis 20 ans

Samy-Jane Tremblay, présidente de l’Union étudiante du Québec
Photo Agence QMI, Joël Lemay Samy-Jane Tremblay, présidente de l’Union étudiante du Québec

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Des acteurs du milieu scientifique et de l’éducation pressent Ottawa de hausser le montant des bourses aux études supérieures qui n’ont pas été indexées depuis 20 ans.

« Il s’agit d’une situation totalement inacceptable qui condamne les étudiantes et étudiants engagé.e.s vers des carrières scientifiques à la pauvreté pendant leur formation. Ils et elles doivent souvent occuper des emplois à temps partiel pour joindre les deux bouts, quand ils et elles n’abandonnent pas carrément leurs études », déplore Samy-Jane Tremblay, présidente de l’Union étudiante du Québec (UEQ).  

Les bourses de maîtrise et de doctorat octroyées par le gouvernement fédéral oscillent entre 17 500 $ et 21 000 $ respectivement par an depuis 2003. Elles n’ont pas été indexées en 20 ans, ce qui revient à dire qu’elles sont beaucoup moins généreuses, surtout dans le contexte économique actuel.  

La montée de l’inflation causée par la pandémie rend encore plus pressant cet ajustement du coût de la vie. « Les temps ne sont pas faciles pour personne, mais on ne se préoccupe pas suffisamment de la relève scientifique », lance Jean-Pierre Perreault, le président de l’Association francophone pour le savoir (ACFAS). 

Une façon de mesurer le retard est de regarder le seuil de la pauvreté qui était de 16 000 $ en 2003 et qui se trouve aujourd’hui à plus de 23 000 $.

Situation inacceptable 

L’UEQ, qui regroupe 91 000 membres, multiplie les rencontres avec les responsables politiques pour les sensibiliser à la cause. Malgré le consensus qui règne de part et d’autre de la barrière linguistique canadienne – le groupe Support Our Science (SOS) est également mobilisé –, les politiciens font la sourde oreille.  

Au ministère de l’Innovation, de la Science et du Développement économique (MISDE), on reconnaît que les étudiants des cycles supérieurs font face à des « pressions financières » et on ne conteste pas le manque à gagner. Mais la porte-parole souligne qu’un budget de 114 millions alloué au dernier budget (2019) a permis de créer 500 bourses supplémentaires au niveau de la maîtrise et 167 bourses supplémentaires au niveau du doctorat.  

« Cela ne règle pas le problème », reprend Mme Tremblay. Le gouvernement fédéral n’a pas rattrapé le retard accumulé depuis les compressions de l’administration Harper en 2010.  

Augmenter de 48 %

Pour les majorer au coût de la vie actuel, il faudrait augmenter les bourses de 48 %, calcule le professeur Jean-Pierre Perreault. Ces montants passeraient ainsi à 26 000 pour les maîtrises et à 31 000 pour les doctorats. 

Aussi vice-recteur à la recherche à l’Université de Sherbrooke, le biochimiste Perreault a fait de cette cause l’une de ses batailles pour l’année du centenaire de l’ACFAS, fondée en 1923. Sa crainte, c’est de voir les jeunes espoirs scientifiques se tourner vers d’autres carrières dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre.  

En mai dernier en commission parlementaire à Ottawa, il a donné l’exemple des étudiants en informatique tentés par le marché du travail. L’industrie leur offre un salaire de 80 000 $ pour des semaines de 40 heures. En recherche, ils doivent plutôt s’attendre à des semaines de 60 heures « sans réussir à franchir le seuil de la pauvreté ».

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