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Nous sommes le cœur battant de l’Université Laval

Quebec
Photo Stevens LeBlanc Louis-Philippe Lampron

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Nous sommes professeurs et chercheurs à l’Université Laval actuellement en négociation pour le renouvellement de notre convention collective. Nous sommes en grève parce que nos conditions de travail ne nous permettent plus d’assurer nos fonctions fondamentales d’enseignement et de recherche. Un changement s’impose. 

Alors que le nombre d’étudiants inscrits n’a cessé d’augmenter, le nombre de professeurs continue de diminuer. Durant les 20 dernières années, le corps professoral de l’Université Laval a été réduit de 11 %, alors que la population étudiante a augmenté de 26 %. À titre de comparaison, au cours de la même période, les autres universités du Québec ont vu leur effectif de professeurs croître, en moyenne, de 21 %. 

Nous demandons que la tendance observée à l’Université Laval soit inversée par l’embauche de collègues en nombre suffisant. Le manque de professeurs se traduit très concrètement par une surcharge de travail qui mine notre capacité à mener nos projets de recherche tout en offrant un enseignement de qualité. Entre autres effets, nous enseignons à des groupes de plus en plus grands, ce qui limite considérablement nos options pédagogiques. Nous supervisons également de plus en plus d’étudiants de maîtrise et de doctorat, ce qui affecte notre capacité à les encadrer adéquatement, car cela exige du temps et une attention soutenue. Nous ne voulons pas que nos conditions de travail nous contraignent à négliger la qualité de la formation des professionnels de demain.

  • Écoutez l'entrevue avec Louis-Philippe Lampron, président du Syndicat des professeurs et des professeures de l'Université Laval sur QUB radio :    

Tâches supplémentaires

En plus d’enseigner, les professeurs d’université jouent un rôle central dans le développement des connaissances et contribuent à la vitalité scientifique de notre société. En tant que chercheurs, nous menons et publions des recherches novatrices, évaluons les articles de nos collègues et guidons les travaux de la relève scientifique. Nous diffusons aussi les connaissances et résultats issus de ces recherches à travers des interventions multiples, dont celles auprès des milieux concernés et dans les médias. Notre capacité à effectuer ces activités est lourdement affectée par la surcharge générale de travail que nous subissons, parce que nous sommes trop peu, et parce que le soutien administratif dont nous avons besoin fait défaut.

De plus en plus, la haute direction de l’Université Laval exige que nous accomplissions des tâches connexes et administratives qui constituent pourtant le champ de compétences du personnel de soutien travaillant à nos côtés, de manière exemplaire et dévouée, bien qu’en nombre insuffisant. La multiplication des contraintes bureaucratiques gruge le temps de travail qui devrait plutôt être investi dans l’accomplissement direct de la mission de l’Université : la recherche de pointe et l’enseignement de haut niveau aux futurs scientifiques, créateurs et créatrices, innovateurs et innovatrices que sont nos étudiants.

Gestion de la masse salariale

Pour réaliser sa mission, l’Université Laval a besoin de professeurs compétents, engagés, à la fine pointe des connaissances dans leur discipline. Or, les conditions d’emploi à l’Université Laval sont loin d’être compétitives par rapport aux emplois disponibles dans de nombreux domaines. Alors que la haute direction de l’université aime comparer les performances de ses chercheurs à celles des meilleures universités canadiennes (6e meilleure université selon un palmarès récent), l’Université Laval fait piètre figure sur le plan des salaires, arrivant loin au dernier rang du prestigieux club des quinze grandes universités de recherche au Canada (U15). Ce retard nous semble proprement injustifiable, d’autant plus lorsqu’on le situe dans un contexte où la masse salariale des dirigeants de l’Université Laval a cru de 96 % entre 2008 et 2019 (comparativement à 37 % pour la masse salariale du corps professoral pour la même période).

Le poids de la gestion dans la masse salariale n’est sans doute pas étranger à l’orientation qu’a prise l’Université Laval en matière de « gouvernance ». Depuis les dernières années, celle-ci s’oriente de plus en plus selon des principes de gestion empruntés aux entreprises privées destinées à générer des profits, et donc axés sur une logique de rentabilité. Cela s’observe notamment dans les processus d’attribution des postes aux différents départements. Cependant, les bénéfices de notre activité universitaire ne peuvent être calculés à court terme, car ils concernent le devenir de notre société, les enjeux complexes de notre époque et la capacité de la saisir avec intelligence. Pour que l’Université Laval puisse accomplir sa mission d’intérêt public, au bénéfice de chacune de ses composantes et de la société en général, sa structure de direction doit reposer sur les principes de collégialité et de transparence. Pour que les choix administratifs soient conséquents, les professeurs doivent être activement impliqués, et non marginalisés, dans les instances décisionnelles de l’Université. De même, nous demandons que soient respectées la liberté académique et l’autonomie des professeurs en matière d’enseignement et de recherche.

Nous travaillons pour l’avenir : l’expertise, les découvertes et les innovations qui constituent notre raison d’être au cœur de l’université. Nous travaillons aussi avec l’avenir : la jeunesse talentueuse et curieuse qui anime nos classes et nos centres de recherche. Nous estimons que, dans cette négociation, la haute direction de l’Université Laval refuse de prendre ses responsabilités envers l’avenir. C’est pourquoi nous ferons la grève tant que nos revendications, légitimes et raisonnables, ne seront pas considérées avec sérieux, respect et collégialité. L’Université, ce n’est pas son équipe de direction, ce sont celles et ceux qui mettent en œuvre, chaque jour, avec passion et rigueur, sa mission sociale, scientifique et culturelle. À la population qui investit largement dans l’Université, nous voulons dire que nous ne laisserons pas sa mission être bafouée.

Les membres du comité de grève du SPUL :

Pascale Bédard, professeure, Département de sociologie

Bruno Courbon, professeur, Département de langues, linguistique et traduction

Nolywé Delannon, professeure, Département de management

Julie Desrosiers, professeure, Faculté de droit

Charles Fleury, professeur, Département des relations industrielles

Jean-Noël Grenier, professeur, Département des relations industrielles

Simon Rainville, Département de physique, génie physique et d'optique

Les membres du comité exécutif du SPUL :

Claire Bilodeau, professeure, École d'actuariat

Chantale Jeanrie, professeure, Département des fondements et pratiques en éducation

Louis-Philippe Lampron, professeur, Faculté de droit

Madeleine Pastinelli, professeure, Département de sociologie

Simon Viviers, professeur, École de counseling et d'orientation

Et un collectif de plus de 700 professeurs de l’Université Laval 

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