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«Je n’ai jamais craint de relever un défi» -Christian Blanchette

CHRONIQUE - Rodger Brulotte
Christian Blanchette, le recteur de l’Université du Québec à Trois-Rivières. Photo fournie par l’UQTR, Pascale Vallée


Homme de carrière universitaire de près de 30 ans, Christian Blanchette est le recteur de l’UQTR. Sa mère désirait qu’il apprenne à former ses propres idées et à ne pas se fier toujours à celles des autres. Cela lui a permis de développer sa propre confiance. Il n’a jamais craint de dire « oui » pour relever un défi qu’on lui proposait.

Tu as grandi sur le Plateau Mont-Royal.

Je tiens à préciser : avant qu’il ne devienne le Plateau Mont-Royal que nous connaissons aujourd’hui. Je demeurais rue Marquette, entre Laurier et Saint-Grégoire, et à l’époque, il y avait un abattoir dans ma rue. 


Ta mère était monoparentale.

Nous sommes au début des années 1960, j’avais deux ans lorsque mon père, Serge, et ma mère, Pauline, se sont séparés. Mon frère, Sylvain, et moi n’avons jamais senti le manque de la présence d’un père de famille à la maison. Cependant, à l’école, nous étions les premiers enfants d’une mère monoparentale.


Décris-moi ta mère.

Une mère attentionnée et très autoritaire qui a fait tellement de sacrifices pour améliorer notre qualité de vie. Mes amis disaient qu’ils n’auraient pas aimé avoir une mère comme elle. Pourtant, s’ils l’avaient connue, ils l’auraient aimée.


Ta mère était avant-gardiste.

Un de nos voisins était monoparental avec quatre filles. Ses horaires comme gardien de prison étaient compliqués pour lui. Alors, les quatre filles demeuraient chez nous durant la semaine. Une fois tout le monde à l’école, maman était la couturière de la rue. 


Un quartier de dépanneurs.

Dans la rue Marquette, où je demeurais, il y avait trois dépanneurs au beau milieu du pâté de maisons. D’ailleurs, j’ai appris à traverser la rue en allant au dépanneur pour me procurer des bonbons pour 2 cents et 5 cents. 


Tu as appris à nager au parc Laurier. 

J’avais à peine cinq ans, mais l’âge requis pour les cours de natation était de six ans. Les plus vieux ont menti pour moi. Après trois plongeons du tremplin, les plus vieux disaient : « S’il est capable de le faire, on y va. »


Vous formiez deux équipes de hockey et de baseball.

Dans ma rue, nous étions plusieurs enfants, alors nous formions des équipes composées de garçons et de filles pour jouer dans la rue et dans les ruelles. Je jouais aussi au baseball pour la paroisse Saint-Stanislas. 


Ton frère et toi étiez des camelots du Journal de Montréal.

Nous avions une distribution qui comptait plus de dix rues, qui s’amorçait à 5 h tous les matins. Par mesure de sécurité, nous alternions les rues, ce qui nous permettait de nous croiser continuellement. 


Ton oncle, Claude, était votre figure paternelle.

Il était chauffeur de taxi. Les trois adultes sur la banquette avant, avec ses quatre enfants, mon frère et moi sur la banquette arrière, en route vers la plage d’Oka.


Tu as découvert le vin portugais.

À 14 ans, j’étais emballeur à la caisse de l’épicière. Chaque samedi, je livrais quatre boîtes chez une famille portugaise. Après avoir déposé la quatrième boîte, il y avait un pourboire et un immense verre rempli de vin maison qui m’attendaient. Je revenais au travail un peu pompette.  


Tu as demandé à un collègue de t’aider.

J’attendais, impatient, son compte rendu. La famille lui avait déposé deux verres de vin qu’il a dû boire. 


Tu étais un habitué de la bibliothèque municipale de Montréal.

Quel merveilleux bâtiment architectural, situé à 30 minutes de marche de chez nous, rue Sherbrooke ! Chaque semaine, mon frère et moi revenions à la maison avec plusieurs livres. Je lisais au moins deux livres par semaine. 


Étais-tu discipliné à l’école ?  

Au primaire, j’étais très discipliné. Cependant, c’était le contraire au secondaire, car je trouvais que les cours n’avançaient pas assez rapidement.  


Tu aimais te faire expulser de la classe.

Oui, car le professeur me donnait le livre du cours en question, alors cela me permettait de le maîtriser plus rapidement. 


Les contrastes s’attirent. 

Guy Villeneuve, dont le sobriquet est Shanghai, et moi sommes toujours de grands amis. Shanghai portait des chemises de chasse et jouait de la guitare. Un jour, pour lui montrer qu’il n’était pas à part des autres, je suis allé à l’école en portant une chemise de chasse.


Vous avez découvert le jazz.

Nous allions continuellement à des spectacles de jazz. Il jouait de la guitare. Aussi, il excellait au ping-pong et au baseball. L’unique Guy Shanghai Villeneuve est cofondateur de Fair-Play, dont il est le producteur exécutif. Parmi ses émissions de télé, il y a Révolution


Vos anciennes écoles sont devenues des condos.

Shanghai et moi rions lorsque l’on s’imagine que les personnes qui vivent présentement dans ces condos sont dans notre classe de math ou couchent dans celle de chimie.


Tu as rencontré ta future épouse au Canadian Tire.

À l’âge de 17 ans, Annie et moi travaillions au Canadian Tire, rue D’Iberville. J’étais vendeur dans la section des sports et elle, caissière. Cependant, je vendais aussi des bouilloires, ce qui me permettait de la voir à la caisse. Plus de 40 ans plus tard, nous partageons toujours notre vie. Annie, mon épouse et mère de mes enfants, est une femme exceptionnelle. 


Vos enfants portent le nom de famille de votre femme. 

Nous ne voulions pas que Patrice et Audrey aient un nom composé. Toutefois, Blanchette fait partie de leurs noms. 


Le français était la langue parlée à la maison.

Nous demeurions à Toronto et nous parlions seulement en français, même si à l’occasion notre fils tentait de nous parler en anglais.


Une petite anecdote.

Nous avions des Torontois à la maison. Mon fils, âgé de trois ans, s’approche de nous et nous demande s’il peut parler en anglais, car c’était interdit de parler anglais à la maison. C’était la première fois que nous entendions notre fils parler en anglais.  







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